vendredi 29 mai 2020 22:09:41

Des experts se prononcent sur le hirak : La suspension des marches est incontournable

Djemai Hadjam : « Une occasion pour évaluer les réalisations.»

PUBLIE LE : 17-03-2020 | 0:00

La propagation du coronavirus a induit plusieurs  appels à la suspension des marches des vendredis et mardis. Pour Nabil Ababsia, professeur de philosophie à l’université de Tébessa, qui assure avoir suivi de près le Hirak, «la poursuite des manifestations, pendant plus d’une année, illustre l’engagement, la détermination et l’espoir des Algériens de voir le changement et la rupture se concrétiser». Il relève  «la prolongation des marches», en dépit de la diminution du nombre des manifestants, et des clivages idéologiques apparents. Pour le professeur, «la suspension des marches est une obligation et une nécessité en ce moment», car la propagation du virus fait craindre une flambée du nombre des cas enregistrés, voire la progression de cette épidémie vers d’autres wilayas. «Les risques sont irréfutables, le danger est probablement plus élevé dans les rassemblements. Il serait sage de suspendre les manifestations et penser d’abord à se protéger afin de circonscrire cette maladie», soutient-il.  «L’indifférence face à cette épidémie ne ferait qu’aggraver la situation», estime le professeur, qui opère un distinguo entre ce qu’il appelle «l’esprit du Hirak» et «les marches et manifestations comme expression physique de la contestation».  Pour lui, « l’esprit du Hirak ne se résume pas uniquement dans l’acte de marcher et de scander des slogans, même si les manifestations hebdomadaires sont l’illustration parfaite de l’esprit de lutte qui anime les citoyens exprimant  leur ras-le-bol». Pour M. Ababsia, la suspension des manifestations ne peut être interprétée que comme «une halte». Il indique que le Hirak   «est sujet aux surenchères politiques et d’autres tentatives d’instrumentalisation».  Le professeur soutient, toutefois, que le Hirak constituera dans l’avenir «le germe d’une nouvelle culture politique, car on a vu naître, durant des mois, une nouvelle conscience politique qui fait de l’idée de changement, l’axe fondamental de mobilisation». «Militants et citoyens sont imprégnés d’une éthique politique et le pouvoir aura à faire face à la réémergence des mouvements sociaux en cas de non-satisfaction des exigences et des revendications, à savoir les réformes politiques, économiques et sociales pour la refondation de l’État de droit», conclut le professeur.

Djemai Hadjam : « Une occasion pour évaluer les réalisations.»

Abondant dans le même sens, le sociologue des médias à l’université d’Oum El-Bouaghi, Djemai Hadjam, estime que «la sagesse et la raison doivent être prises en considération en ce moment difficile». Néanmoins, dit-il, «il est urgent de ne pas céder à l’émotion et à l’agitation face au traitement médiatique de cette maladie».
Analysant le discours du «Hirakface» au coronavirus, le sociologue estime que «le pathos prime les logos, et cela donnerait lieu à des élans émotifs et à l’impulsivité». «C’est ainsi que les discours seraient toujours plus polarisés et empêcheraient la recherche de solutions dans le cadre de la concertation et le dialogue», relève-t-il.
M. Hadjam affirme qu’«il semble nécessaire de lancer un appel au respect et au calme, et de faire entendre la voix de la raison et de suspendre provisoirement les manifestations dans le but de préserver la santé des gens».
Le sociologue estime que «la crainte d’une inertie politique» des manifestants après la suspension des marches est «une analyse peu pertinente».
Pour lui, «le sursaut populaire a réveillé le peuple que l’on croyait jusque-là passif et peu intéressé à la chose politique».
M. Hadjam souligne que «le Hirak a imposé le devoir de réexaminer les modes de gestion politique et a mis les dirigeants face à leur responsabilité, pour répondre favorablement aux revendications de liberté d’expression, de libération de l’espace public des verrous autoritaires et de révision des rapports gouvernants-gouvernés».
 Il ajoute que la suspension des marches est également «l’opportunité pour les manifestants d'évaluer ce qui a été concrétisé jusque-là, de revoir les mécanismes et moyens de lutte à adopter pour préserver l’élan citoyen».
M. Hadjam considère que «le vrai Hirak est celui qui a pour objectif la prise de conscience individuelle et collective de la nécessité de concilier les droits de l'individu et ses devoirs et responsabilités envers la société pour la refondation de l’État et de la société ouverte».
Kaidi Tahar

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