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Nasser Hideur, Directeur général d'Al Salam Bank Algérie : «La finance islamique contribue à la mobilisation de l'épargne»

"On constate un grand enthousiasme chez les banques de la place pour lancer le plus rapidement possible leurs activités chari’a compatibles"

PUBLIE LE : 27-02-2020 | 0:00
D.R

Entretien réalisé par Sarah Benali Cherif

El Moudjahid : Le Conseil de la monnaie et du crédit a examiné et approuvé, en novembre 2018, le règlement relatif aux conditions d’exercice par les banques et les établissements financiers des opérations bancaires relevant de la finance participative, dite islamique. Néanmoins, on a l'impression que les banques sont peu enthousiastes. Pourquoi cette réticence ?
Nasser Hideur : En fait, il n'y a pas de réticence. Bien au contraire, on constate un grand enthousiasme chez les banques de la place pour lancer le plus rapidement possible leurs activités chari’a compatibles. Du côté des autorités monétaires, les services compétents travaillent d'arrache-pied pour mettre en place le dispositif adéquat de supervision et de validation de ces nouveaux produits et attachent une grande importance à leur démarrage effectif et efficient dans les meilleurs délais. Lors du colloque international sur la finance islamique, organisé la semaine dernière par l'université de Tipasa, le ministre délégué à la prospective et aux statistiques, le docteur Bachir Messaitfa, avait réaffirmé l'intérêt des pouvoirs publics de voir ces activités financières se développer et contribuer de manière plus importante à l'effort de mobilisation de l'épargne nationale, de financement de l'économie et de bancarisation de la société.    

Vous avez relevé, à maintes reprises, la nécessité d'apporter un amendement au Code du Commerce pour l'émission de «sukuk». Selon vous, quel sera l'apport de cette mesure sur le développement économique ?
Les sukuk sont des titres financiers négociables représentatifs d'un droit de propriété sur des actifs réels. Contrairement aux obligations classiques qui, de par leur nature de titres de créance, soulèvent des problématiques de conformité «chariatiques» tant au niveau de leur rémunération que de leur négociabilité. Les sukuk étant adossés à des actifs tangibles peuvent constituer une alternative pour toute entité de droit public ou privé désirant lever des fonds à travers des mécanismes de marché dans le respect des principes de la chari'a. Si l'émission de sukuk souverains est possible et n'étant pas soumise aux contraintes imposées par le code du commerce, les émissions privées doivent obtenir, préalablement, le visa de la COSOB, ce qui requiert un ancrage légal au niveau des dispositions régissant les valeurs mobilières dans le code du commerce. D'où la nécessité d'introduire un léger amendement qui a été, au demeurant, proposé aux autorités compétentes dans le cadre de la révision en cours de ce code régissant les activités commerciales. Je pense que les pouvoirs publics ont pris conscience de l'importance de la diversification des instruments financiers pour redynamiser la bourse d'Alger, d'une part, et mobiliser davantage l'épargne nationale, d'autre part.

Pouvez-vous expliquer aux lecteurs quels sont les produits proposés par la finance islamique ?
La finance islamique propose une panoplie de produits d'épargne, de crédit, de marché et d'assurances (takaful) conformes aux principes de la chari'a. Il s’agit des instruments de financement basés sur les contrats de vente à crédit, tels que la mourabaha, la vente à terme (baiajil), la vente à tempérament (bai bitakssit), l'achat à terme adossé à une vente par procuration (salam - bai bilwakala). Il y a aussi les contrats de bail (Ijara) assortis ou non d'une option d'achat, y compris la sous-location, les contrats d'entreprise (istisn’a), les contrats participatifs aux résultats des entreprises (moucharaka, moudharaba) ou aux récoltes agricoles (mouzaraâ, moussakat, mougharassa). On peut citer également les instruments d'épargne tels les livrets, les dépôts à terme et les bons d'investissement qui participent aux résultats des opérations de financement.

Un nouveau produit sera lancé par votre Banque. Pouvez-vous nous éclairer sur ce sujet ?
Nous avons constaté un grand engouement du public pour notre produit d'épargne participative «Hadiyati» et nous lancerons bientôt un autre produit, en l’occurrence «omrati» qui permet à l'épargnant de bénéficier auprès d'agences de voyage conventionnées de facilités de paiement. En matière de crédit, la formule de vente par tempérament de véhicules préalablement acquis par la banque a suscité un immense intérêt auprès des citoyens.  
S. B. C.

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