lundi 01 juin 2020 18:26:07

Entrevue du Président de la République avec des médias nationaux : « Le Hirak est un phénomène salutaire »

Le Président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a affirmé jeudi que le Hirak, dont le premier anniversaire sera célébré vendredi par les Algériens, était un "phénomène salutaire", mettant en garde contre "toute tentative d'infiltration quelle soit de l'intérieur ou de l'extérieur".

PUBLIE LE : 20-02-2020 | 21:20
D.R

 

Lors de sa rencontre périodique avec les médias nationaux, le Président  Tebboune a indiqué avoir signé «un décret consacrant le 22 février Journée  nationale, sous la dénomination de +Journée nationale de la fraternité et  de la cohésion entre le peuple et son armée pour la démocratie+», précisant  que «cette Journée nationale, dont le décret présidentiel sera publié au 

Journal officiel, sera célébrée tous les ans». Réaffirmant que «le Hirak béni a préservé le pays d'un effondrement  total», M. Tebboune a déclaré que «l'Etat national a failli s'effondrer  totalement comme ce fut le cas dans certains pays, aujourd'hui, en quête de  médiations pour le règlement de leurs problèmes». «L'effondrement de l'Etat national est synonyme de l'effondrement de  toutes ses institutions, et toutes les données laissaient présager un tel  scénario», a fait savoir le président de la République, ajoutant que «Dieu  merci, le peuple a, grâce à sa maturité, déjoué le complot tout en  réussissant à réaliser plusieurs de ses revendications».

Pour le reste des revendications du Hirak, «nous nous y attelons, car, je  me suis engagé personnellement à réaliser l'ensemble des revendications», a  poursuivi le président Tebboune.

«Certaines revendications exprimées auparavant ne pouvaient être  satisfaites par quelqu'un de non élu et n'ayant pas le pouvoir et la  légitimité requises» a-t-il expliqué, assurant qu'«aujourd'hui, nous  œuvrons à leur concrétisation, à commencer par la Constitution, la loi  électorale et la réorganisation des institutions que nous nous efforçons de  rendre de proximité, permettant au citoyen d'y participé en tant que partie  prenante à la réflexion, à la solution, à la gestion et au contrôle»,  a-t-il dit.

Evoquant des «prémices» dans ce sens, M. Tebboune a rappelé l'impératif  souligné, lors de la rencontre Gouvernement-walis, d'«un changement du mode  de gestion et de l'amélioration de la relation avec le citoyen, pour qu'il  n'ait plus la piteuse image qu'il avait de l'Etat, qui en fait était très  loin de ses préoccupations».

A une question sur les citoyens qui continuent de participer chaque  semaine au Hirak, le Président de la République a soutenu que «c'est leur  droit, et c'est là le fondement même de la démocratie, a fortiori lorsqu'il  s'agit de personnes manifestant de manière organisée, sans destruction ni  troubles».

«Le Hirak est un phénomène salutaire, et je n'ai rien à lui reprocher»,  a-t-il réitéré, ajoutant que ce mouvement populaire «a épargné au pays une  catastrophe». «Sans lui, a-t-il dit, des offices seraient, aujourd'hui, en  cours pour régler la crise en Algérie comme c'est le cas en Libye».     

A ce propos, le président de la République a ajouté «j'appelle mes  enfants, qui manifestent le vendredi, à la vigilance contre l'infiltration  de leur mouvement, car il y a des signes d'infiltration tant de l'intérieur  que de l'extérieur».

A une question sur la coïncidence du premier anniversaire du Hirak  populaire avec des mouvements de protestation dans certains secteurs, le  Président de la République a affirmé que «la succession de grèves dans des  secteurs importants à un timing précis n'est ni un phénomène sain, ni une  pratique syndicale».

Pour ce qui est de la grève dans le secteur de l'Education, M. Tebboune a  dit: «je n'ai eu de cesse d'exprimer ma considération et mon respect pour  les enseignants, notamment durant ma campagne électorale», rappelant, à ce  propos, avoir «demandé la révision de tout ce qui a trait aux enseignants  pour leur accorder la place qui leur sied dans la société».

Cependant, a-t-il estimé, «l'annonce d'une grève nationale, alors que le  gouvernement n'était même pas installé et n'avait pas encore le feu vert du  Parlement n'est pas la solution au problème, qui exige du temps et des  moyens matériels, financiers et organisationnels».

L'école «souffre déjà et n'a pas encore réglé les problèmes de  restauration, de transport scolaire et de chauffage», a dit le président  Tebboune, affirmant que ces grèves «ne sont pas innocentes».

Evoquant des grèves qui «ternissent l'image du pays, nuisent aux citoyens  et entravent leurs affaires», en allusion à la grève du personnel naviguant  de la Compagnie aérienne nationale Air Algérie, le Président de la  République a critiqué «ceux qui déclenchent des grèves par SMS une demie  heure à l'avance», rappelant que la loi exige un préavis et la précision  des motifs afin de favoriser l'ouverture de négociations pour trouver des  solutions.

A cet effet, M. Tebboune a appelé à «la non dilution du rôle syndical»,  réaffirmant que «le timing de ces grèves n'est pas innocent. J'ai 50 ans  d'expérience dans la gestion et on ne peut pas me convaincre du contraire»,  a-t-il souligné. «Celui qui veut régler les, doit prendre l'initiative de trouver les  solutions définitives. La grève anarchique est interdite dans certaines  infrastructures publiques», a-t-il lancé, précisant que «la grève doit être  annoncée au préalable pour permettre aux compagnies aériennes ou aux  aéroports de prendre leurs précautions comme informer les voyageurs».

 Le président Tebboune a déploré une situation «qui amène les citoyens,  particulièrement les malades, à dormir à même le sol dans les aéroports  suite à l'annulation de leurs vols». 

A la question de savoir quel est, pour lui, le mode de gouvernance idéal,  M. Tebboune a indiqué qu'il avait une préférence pour un mode alliant  régime présidentiel et régime parlementaire, «un régime accordant de larges  prérogatives aux élus et consacrant le contrôle», précisant toutefois,  qu'il sera pour le régime choisi par le peuple dans le cadre du prochain  amendement de la Constitution.

Evoquant les contraintes à la performance du régime parlementaire, le  président Tebboune a expliqué «je sais personnellement que le régime  parlementaire exige des fondements et des partis forts, ainsi qu'une solide  organisation politique», en sus «d'une expérience ancrée en matière de  démocratie». 

Après avoir considéré que l'Algérie était à «ses premiers pas» sur la voie  de la démocratie et que les partis n'avaient pas «l'envergure d'encadrer la  société, tout entière», M. Tebboune a ajouté que la démocratie «exige des  partis fondés sur un programme d'Etat», relevant que «beaucoup de nos  partis sont fondés sur la personne».

«Plus l'Etat est fort démocratiquement, plus le nombre de partis est  réduit», a-t-il fait remarquer, expliquant que la règle est la convergence  de vues contre une divergence sur les aspects.

Dans le même sens, M. Tebboune a souligné que le régime parlementaire «n'a  pas réussi dans les pays arabes et d'Amérique latine mais plutôt dans les  pays anglo-saxons, qui ont des traditions démocratiques comme la Grande  Bretagne», rappelant que «jadis, nous avions une sorte démocratie, à  travers la concertation mais nous l'avons pas pris en considération».

Il s'est interrogé, en outre, si l'Algérie était prête à faire face aux  risques potentiels de ce genre de régime, citant à cet effet, l'accession  de l'extrême droite au pouvoir dans plusieurs pays démocratiques ou ceux  «se prétendant démocratique».

Quant au régime présidentiel, le président Tebboune a cité les expériences  ayant déjà démontré l'inefficacité de ce mode de gouvernance consacrant  «autocratie», et de ce fait, a-t-il poursuivi, «je préfère allier les deux  régimes pour sortir avec un régime que certains appellent semi-présidentiel  ou semi-parlementaire» mais le plus important, a-t-il dit, «est de sortir  avec une Constitution consensuelle aux yeux de tous les Algériens».

Par ailleurs, et concernant l'Algérie toujours, M. Tebboune a estimé que  «la propension générale est au régime présidentiel au vu de notre +culture  du Président+, néanmoins, a-t-i- ajouté, «ce dernier doit être entouré de  personnes aptes au conseil et à la consultation». 

M. Tebboune a tenu, dans ce contexte, à réaffirmer que la révision  constitutionnelle ne portera pas sur les constantes, soulignant que «tout  le reste, c'est des variables qui peuvent être révisées» pour sortir, au  finale, avec une Constitution qui mette un terme à « toutes les expériences  amères et toutes les dérives que nous avons vécues».

Abordant la séparation des Pouvoirs, le Président de la République a  relevé qu'elle est consacrée dans la Constitution actuelle, mais « pas  respectée», notant, à ce propos, que le Conseil constitutionnel actuel «est  limité dans son action car désigné, d'où la réflexion d'instituer une Cour  constitutionnelle élue et de mettre en place des mécanismes lui assurant la  liberté de statuer dans les conflits entre pouvoirs.

S'agissant de la loi sur le régime électoral, devant être  révisée, le Président Tebboune a précisé  que «l’ambition est l'émergence  d’une génération nouvelle, probe et intègre (... ) à travers laquelle nous  pourrons asseoir une nouvelle scène politique». 

Il s’est engagé, à ce titre, à apporter son appui aux jeunes  universitaires souhaitant participer aux élections par le financement de  leurs campagnes électorales «afin de les préserver de l'emprise de  l’argent». 

Le Président a rappelé, à cet effet, que la première mouture de la  révision constitutionnelle sera distribuée, dès la fin de son élaboration  par le Comité d’experts, à quelque 700 syndicats, partis et associations»,  lesquels apporteront, tout au long d’un mois, leurs propositions en vue  d’enrichir le document qui sera de nouveau soumis au Comité de rédaction  avant sa présentation au Parlement. 

A l'interrogation de certains sur «la pertinence» de voter une nouvelle  Constitution qui posera les jalons d’une Algérie nouvelle, par un ancien  Parlement», le Président a expliqué que la démarche décidée obéit à des  considérations «pédagogiques» afin de «tenir informés tout un chacun de la  dimension des articles de la Constitution, en soumettant ce texte, pour la  première fois, à la rue qui a prouvé sa culture, comme en témoigne le  civisme du Hirak populaire dans l'expression des revendications». 

En ce qui concerne ses orientations lors de la rencontre  Gouvernement-walis, le Président de la République a affirmé qu'elles «sont  données en connaissance de cause», rappelant avoir passé l'essentiel de sa  vie professionnelle dans les Collectivités locales, «c'est à dire du côté  exposé aux problèmes des citoyens dans les villages et les bourgs». «Il y a  un arbre qui cache la forêt, à savoir un développement de façade qui  occulte la réalité d'autres citoyens», a-t-il déclaré dans ce sens. 

Estimant que face à cette situation «il faut traiter les problèmes dont  souffre les citoyens dans les zones d'ombre, car autrement ces populations  continueraient à se déplacer vers les villes, qui souffrent assez»,  soulignant que «65% des Algériens vivent dans les villes contre 35% dans  les villages, alors qu'au lendemain de l'indépendance, plus de 65% des  Algériens étaient concentrés dans les villages».

«L'expansion des villes qui requiert, aujourd'hui, demain et après-demain,  des investissements et des ressources financières énormes, s'accompagne  inexorablement de la colère des citoyens», a-t-il estimé, citant, à titre  d'exemple, «la capitale qui comptait, au lendemain de l'indépendance,  455.000 habitants et qui a vu sa population décuplée, ce qui exige de  multiplier par dix les écoles, les logements, les canalisations, les  routes...

«Si ce nombre ne cesse d'accroitre, il y aura une autre catastrophe, telle  que l'apparition de constructions en périphérie, l'instar du Brésil»,  a-t-il soutenu.    

Et d'ajouter que «la solution c'est le développement de toutes les régions  du pays afin de permettre au citoyen de recouvrer sa dignité dans son  village et de ne pas être séduit par la ville, car il aura des avantages  qui n'existent pas en ville». 

Plaidant pour la décentralisation, en tant qu'idéologie et stratégie, le  Président Tebboune a rappelé avoir proposé en 1992 (du temps de feu  Président Chadli Bendjedid) «la révision de l'organisation des  Collectivités locales, y compris le recours à la décentralisation de  décision, et non pas la décentralisation de la région», précisant, à ce  propos, qu'il existe une différence entre l'organisation régionale et  l'organisation décentralisée». 

Affirmant que la décentralisation «est à même de solutionner plusieurs  problèmes», il a évoqué «les délibérations sur un problème local qui se  font au niveau de Communes, puis renvoyées à la Daïra et à la wilaya, voire  même au ministère de l'Intérieur». A ce titre, le président de la  République a estimé que «les 1541 communes mériteraient un autre découpage,  pour en finir avec les situations de cumul».

Tous ces facteurs nous amène aujourd'hui à parler de zones d'ombre, a-t-il  expliqué, admettant que la vitesse du développement peut laisser des  citoyens sur le côté. Les statistiques du développement global donnent une  image générale et ne reflètent pas la réalité des régions internes. C'est  comme un corps humain qui d'apparence est sain alors que ses organes  internes sont atteints. Voilà la différence entre les deux situations,  l'idéal c'est de travailler sur les deux, a-t-il expliqué.

Soulignant que «dans certains pays développés, aux économies des plus  fortes dans le monde, près de 50 millions d'habitants souffrent de pauvreté  et sont privés de soins, de scolarité et de commodités de vie digne», il a  estimé que l'on ne peut qualifier cela de développement.  Dans le même contexte, le président Tebboune a mis l'accent sur la  nécessité de «restructurer l'administration et de réhabiliter les  Collectivités locales», rappelant que «les collectivités locales englobent  des communes rurales et d'autres urbaines». «Hydra par exemple n'est pas  Tamantit, Bouhmar ou Yabous... partant, il faut revoir la découpage  administratif», a-t-il insisté.

 «Il est temps pour prendre des décisions concernant la réorganisation des  communes pauvres. Sur 1541 communes, 850 communes sont très pauvres et ne  disposent même pas des moyens de recruter ne serait ce qu'un facteur, par  contre, il existe des communes riches à l'instar de Hassi Messaoud, Bab  Ezzouar et Arzew, jouissant de ressources importantes grâce à leurs  activités industrielles et aux recettes fiscales», a soutenu le Président  relevant que «la Caisse de solidarité et de garantie des collectivités  locales ne suffit plus».

 Par ailleurs, et à une question sur la manière de rassurer les  gestionnaires et sur la non criminalisation de l'acte de gestion, le  président de la République a indiqué que la gestion n'est pas un acte  simple et tout responsable est exposé à l'erreur, néanmoins, a-t-il relevé,  «l'erreur peut être spontanée, par incompétence professionnelle ou  volontaire, et là, il faut faire la différence entre ces cas. Il y a des  responsables qui prennent plus de 30 décisions par jour et dans ce cas la  probabilité d'une mauvaise décision est fort possible. Dans de tel cas, le  gestionnaire ne doit pas être criminalisé mais plutôt sanctionné  administrativement. Par contre, celui qui commet une faute volontaire,  notamment en matière de marchés publics, là, il faut criminaliser».

«Tout ce qui s'est passé dans le pays et tous les fonds colossaux du  Trésor public détournés au profit de certaines personnes l'ont été de façon  légale», a déploré le Président, soulignant que «les lois actuelles ne sont  pas efficaces en matière de contrôle, d'où l'impératif d'asseoir un autre  contrôle. 

«Tous les marchés, qui ont couté au pays des pertes par  des milliers de  milliards sont passés par le contrôle financier et les commissions de  marchés publics, mais le résultat est là», a-t-il rappelé.

Prônant «une reconsidération des modes de contrôle», le Président Tebboune  a expliqué que «l'Algérie se distingue par le fait que tous les programmes  de développement sont réalisés par l'administration et l'argent public». 

«Alors que le secteur privé représente 80% dans notre économie, 85% des  fonds en circulation proviennent du Trésor car il n'existe pas de banques  privées et d'autres modalités de financement», ce qui contribue, a-t-il  dit, à «la propagation de la corruption dans tous les secteurs».

Dans les pays occidentaux, a-t-il précisé, «le privé est un secteur à part  entière avec des banques privées, des caisses privées et des échanges entre  les privés, voire même des conventions entre les privés». «Il n'existe pas  de corruption à l'exception de certains cas de détournement», a-t-il  ajouté.

 «L'Algérie est un chantier ouvert et tous les secteurs doivent être  disséqués au vu des situation de cumul», a réaffirmé M. Tebboune, citant  «certains textes réglementaires élaborés dans la précipitation et d'autre  ayant mené des personnes innocentes à assumer des fautes de certains  corrompus à travers la généralisation d'une loi qui nuit aux intègres plus  qu'aux corrompus».

Faisant savoir que les Communes avaient le droit d'obtenir des crédits  auprès des banques, le président de la République s'est interrogé sur «le  nombre de Présidents ou de Secrétaires généraux d'Assemblés populaires  communaux (APC)  ayant la capacité de traiter avec les banques et réaliser  des projets fructueux leur permettant de rembourser les crédits et  recouvrer des intérêts au profit de l'APC», déplorant que «ces choses  restent en théorie seulement».

Dans ce sens, le Président a mis l'accent sur l'impérative  «restructuration de l'administration et révision de tous les textes»,  plaidant pour une liberté de décision aux responsables locaux avec un  renforcement du rôle du contrôle.

Sur un autre registre, et concernant les bénéficiaires de  contrats d'insertion, le Président Tebboune a déclaré «nous avons hérité ce  dossier et nous devons honorer le serment. Le dossier sera résolu avant la  fin de l'année en cours, car cela est une promesse de l'Etat».

Répondant à une question relative à la réduction de la facture  d'importation et aux phénomènes de surfacturation et de corruption, le  Président Tebboune a déclaré que «la corruption est un cancer qui, en dépit  des traitements, peut cacher plus qu'il n'en apparait», estimant que «la  petite corruption nuit davantage au citoyen que la grande corruption  n'affecte le Trésor public car la première touche directement la poche du  citoyen, qui souffre déjà de la baisse de son pouvoir d'achat, et qui se  trouve contraint de payer pour obtenir ses droits».

Quant à la surfacturation, le président de la République a admis que ce  phénomène existe également dans d'autres pays ayant ouvert leur économie,  «mais pas avec la même ampleur qu'en l'Algérie», soulignant que ce  phénomène «a été entretenu durant plus de dix (10) ans sans que les moyens  de contrôle ne soient utilisés».

Le Président Tebboune a fait état, dans ce sens, de «l'existence de  sociétés d'assurances et de bureaux d'études agréés par les Nations unis,  auxquels la loi leur permet de contrôler les prix à la source», soulignant  avoir voulu appliquer cela en 2017. «C'était là, la décision la plus  dangereuse que j'ai eu à prendre car elle avait déplu à des milieux qui  savaient que j'allait découvrir les choses».

Concernant la surfacturation toujours, le président Tebboune a déclaré  qu'il ne voulait pas «choquer le citoyen» en dévoilant le pourcentage  «effarant» de la surfacturation et les montants valeur des fonds  «exorbitants» transférés à l'étranger.

«Nous pouvons nous protéger de la surfacturation en sanctionnant  immédiatement les importateurs qui surfacturent pour crime économique et  non pas les laisser exercer pendant des années avant d'être inquiétés»,  a-t-il poursuivi.

Pour le Président de la République, la maitrise de la surfacturation peut  faire gagner au pays «entre 20 et 25% de devises fortes (...) sans parler,  a-t-il dit de la qualité des marchandises importées.

Rappelant une situation qu'il avait vécu lorsqu'il était ministre du  commerce avec l'apparition de la crise dite de l'ail, il a expliqué que vu  les factures «astronomiques» de son importation, il avait demandé à  l'ambassadeur de Chine de se renseigner auprès des autorités de son pays  sur les prix réels de ce produit, pour découvrir qu'il existait 7 variétés  d'ail, ajoutant que toutes les factures concernant l'Algérie étaient pour  la meilleure variété, alors que c'était en fait le dernier choix.

Il a affirmé à ce propos que la maitriser de la facturation des  importations «nécessaires» pouvait nous faire économiser un tiers de nos  recettes en devises.

Evoquant par ailleurs la promotion de l'investissement, le président  Tebboune a fait savoir qu'il avait proposé en 2001 le «guichet unique»,  mettant l'accent sur «l'obligation d'assurer les moyens de recours, car le  capital est lâche par nature». L'investisseur ne peut risquer des milliards  de dollars face à une administration hégémonique, a-t-il poursuivi.

Après avoir indiqué qu'il avait sa propre idée de l'investissement qui  «doit passer à une nouvelle étape», il a affirmé que l'investissement qui  pourrait nous lier à l'étranger éternellement doit être évité car ses  risques sont plus grands que ses avantages. 

D'autre part, le Président de la République a averti contre toute entrave  à un investisseur quelconque dans le domaine de la transformation du  produit national, précisant que «des sanctions sévères seront appliquées  dans ce sens, car l'objectif actuel est de créer une industrie nationale  avec nos propres moyens pour réduire l'importation.

Tous les pays importent mais de façon rationnelle et leur intérêt national  est primordial en matière d'investissement, a-t-il assuré ajoutant que  l'Algérie qui ne permettra pas l'importation de produits fabriqués  localement, car cela reviendrait à une mise à mort de sa production  nationale, favorise une importation complémentaire à la production  nationale».

Il a souligné que l'importation «est une opération purement commerciale  sans effet sur le développement national, tandis que le développement des  ressources locales crée la richesse et l'emploi et favorise l'exportation».

Le Président Tebboune a mis l'accent sur l'impérative «reconsidération» de  toutes ces questions relatives à l'économie nationale, considérant,  néanmoins, que «la priorité pour l'heure est d'ordre politique et  organisationnel pour l'édification d'un Etat nouveau, avant les réformes  dans le restant des domaines».

Il a proposé, à ce propos, le retour à l'expérience des chambres de  Commerce qui n'a pas réussi en raison de «graves dérives», d'où l'impératif  d'une expérience judicieuse avec la participation des spécialistes du  domaine.

Nombreux sont les investisseurs algériens honnêtes, qui ont été empêchés  de travailler. Aujourd'hui ils sont les bienvenus, a-t-il soutenu.

Evoquant les questions internationales, et notamment la crise libyenne, le  Président Tebboune a exprimé son optimisme quant au règlement de cette  crise. «Personnellement, je suis optimiste quant au règlement de la crise  libyenne, et cela pour les raisons invoquées par les Libyens eux-mêmes qui  ont exprimé leur confiance à l'Algérie», a-t-il déclaré expliquant que  «notre implication dans le règlement de la crise en Libye est une démarche  sincère et désintéressée, sans aucune arrière pensée expansionniste,  économique ou commerciale».

«Le plus important pour l'Algérie est de rendre la pareille au peuple  libyen qui a aidé les Algériens durant la Guerre de libération nationale  (...), de protéger nos frontières de graves dérapages et de renouer ensuite  avec l'édification du Maghreb arabe», a-t-il ajouté.

Les protagonistes libyens «sont tous favorables» à l'implication de  l'Algérie dans la démarche de règlement de la crise en Libye, a soutenu M.  Tebboune, révélant que «certains d'entre eux, et dans les deux camps, ont  affirmé qu'hormis l'Algérie, ils ne font confiance à personne d'autre».

Estimant qu'il est difficile, aujourd'hui, de stopper une guerre «par  procuration», le président de la République a fait état de causes  sous-jacentes «complexes» en ce sens que «le problème n'est pas tant entre  Libyens mais bien la présence étrangère en Libye».

Le Président Tebboune a expliqué en outre son optimisme par le fait que  tous les intervenants en Libye «sont des frères ou des amis», affirmant que  l'Algérie entretient de bonnes relations avec l'Egypte, les Emirats Arabes  Unis,  la Russie et la Turquie et est, par conséquent, capable de réunir  toutes les parties et d'être un arbitre «impartial».

Pour le Président Tebboune, le troisième éléments dans notre démarche pour  le règlement de cette crise «est la volonté de l'Algérie de faire profiter  les Libyens de notre amère expérience de division, de tragédie et de sang à  un certain moment de notre histoire», soulignant qu'il «n'y a pas solution  en dehors du dialogue, de la tolérance et de la concorde entre  belligérants».

«Aujourd'hui, une opportunité précieuse est offerte après que toutes les  tribus fortes en Libye -prêtes à venir en Algérie- aient accepté  l'intervention et la contribution de l'Algérie au règlement de la crise»  dans ce pays, a précisé le président Tebboune, ajoutant «nous voulons  rééditer l'expérience du Mali en Libye à travers l'encouragement de la  création d'un Conseil national de transition en Libye et d'institutions de  transition à même d'aboutir à des élections législatives réelles permettant  la désignation d'un gouvernement par le Parlement...».

«L'important est de mettre fin aux tueries des Libyens par des armes  sophistiquées provenant de l'étranger et non plus celles laissées par de  l'ancien régime et distribués au Sahel», a-t-il dit, ajoutant que «la Libye  est aujourd'hui le théâtre d'un conflit idéologique, expansionniste et  d'intérêts», a soutenu le Président Tebboune, ajoutant que «les Libyens  souhaitent, à présent, vivre libres dans leur pays et profiter de ses  richesses». 

A la fin de cette entrevue, le président de la République a réitéré son  engagement à accorder périodiquement des entrevues aux médias nationaux en  fonction des circonstances et des nouveautés, d'autant que «l'information  juste permet d'éviter les fausses interprétations et les rumeurs», invitant  les journalistes à accomplir leur devoir d'informer et à privilégier  l'information au commentaire. «La liberté d'expression est l'un des  fondements de la démocratie», a-t-il souligné. APS

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