lundi 01 juin 2020 18:31:08

Le ministre de l’industrie et des mines, au forum d’El Moudjahid : «La révision des lois régissant l’investissement industriel doit être finalisée en avril prochain»

Le ministre de l’Industrie et des Mine, Ferhat Aït Ali Braham, entend assainir son secteur afin de corriger des dérives et d’insuffler une dynamique nouvelle dans ce secteur stratégique pour l’économie nationale.

PUBLIE LE : 19-02-2020 | 0:00
Ph. : Billal

Le ministre de l’Industrie et des Mine, Ferhat Aït Ali Braham, entend assainir son secteur afin de corriger des dérives et d’insuffler  une dynamique nouvelle dans ce secteur stratégique pour l’économie nationale.

Invité hier du Forum d’El Moudjahid pour exposer les grands axes de sa politique de relance d’un secteur où tout est à reconstruire, le ministre annonce la tenue, à la fin du mois de mars, des assises nationales sur l’industrie dans l’objectif de tracer une stratégie consensuelle qui devrait impulser une véritable relance de l’industrie.
Cette stratégie sera basée, selon M. Aït Ali, sur «une politique simple qui encourage l’investissement réel et rentable, permettant d’atteindre de réels gains de productivité». Le ministre est conscient que tout, ou presque, est à revoir si l’on veut relancer un secteur qui ne sait pas produire de la croissance. La première mesure, jugée urgente et déterminante pour les autres réformes, consiste en la révision des textes législatifs qui ne répondent plus aux impératifs de l’heure. «Nous travaillons actuellement sur la révision des textes législatifs et réglementaires régissant l’investissement local et étranger afin de lever toute opacité dans les textes qui ont donné lieux à des failles exploitées par certains et, en même temps, donner des garanties aux investisseurs, les protéger et réduire l’intervention de l’Administration dans l’acte d’investissement», dit le ministre. Pour lui, il est «impératif d’arriver à élaborer des textes transparents, écartant l’implication des administrations de l’acte économique et assurant l’égalité des opérateurs devant la loi, qu’ils soient nationaux ou étrangers». Le ministre a précisé que la révision des lois régissant l’investissement industriel était devenue «une nécessité», indiquant que l’investissement requérait la stabilité des textes juridiques et la transparence totale.

Vers la suppression des exonérations  fiscales et douanières

Pour M. Ferhat Aït Ali, le premier texte concerné est le code de l’investissement, qui «est truffé de pièges». «Ce code, soutient-il, est un vrai champ de mines, à cause de la panoplie d’avenants apportés depuis 2001. Des avenants qui ont aménagé des vides juridiques pour permettre les opérations douteuses que nous connaissons tous maintenant». «Le code de l’investissement souffrait, avant 2009, de flou et d’instabilité, notamment dans le chapitre ‘‘Obligations et avantages’’ accordés aux opérateurs nationaux et étrangers. Après 2009, et avec la loi de finances complémentaire, le code de l’investissement est soumis aux improvisations des uns et des autres, qui se sont donné le droit de changer ses dispositions à leur guise», estime l’invité du Forum. Dans cet ordre d’idées, il annonce la suppression de ces avantages à certains opérateurs qui n’ont rien d’industriels et qui n’étaient, finalement, même pas des partenaires, mais de simples fournisseurs. Le ministre révèle, dans ce sens, que pas moins de 108 entreprises de montage dans l’électroménager, par exemple, faisaient concurrence aux entreprises publiques, telles que l’ENIEM et l’ENIE.
«Depuis 20 ans, il a été permis à une centaine d’opérateurs d’entrer dans ce domaine, sans aucune expertise, pour une production fictive. Alors que le secteur public avait acquis, depuis les années 1970, des taux d’intégration appréciables», relève l’invité d’El Moudjahid, notant que si tout l’argent qui avait été déboursé pour lancer ces entreprises de montage fictif avait servi à aider des entreprises comme Eniem et ENIE, elles seraient aujourd’hui à la pointe de la technologie actuelle.

«L’État sauvera l’ENIE,  l’ENIEM et la SNVI.»

Interrogé sur les difficultés financières dont souffre l’Eniem, le ministre précise que la banque a débloqué un prêt de 1 milliard de dinars pour aider cette entreprise à remonter la pente. Une somme jugée «modeste» par M. Aït Ali, qui affirme que l’État continuera à soutenir ces entreprises publiques, à condition qu’elles s’engagent à créer un label. «L’Eniem a été victime de beaucoup de facteurs, comme d’autres entreprises du domaine de l’électroménager et de l’électronique, telles que l’ENIE. Ces dernières ont été déstructurées de manière à casser l’industrie algérienne et à recourir à l’importation», estime le premier responsable du secteur de l’Industrie et des Mines. En réponse à une autre question sur l’éventualité de privatiser ces entreprises, le ministre affirme qu’il n’était «pas contre la privatisation, mais pas celle qui s’est faite jusqu'à maintenant et qui n’était, ni plus ni moins, qu’un hold-up». «Maintenant, souligne-t-il, si des opérateurs sont intéressés et veulent reprendre des actifs d’une de ces entreprises, qu’ils le fassent, mais avec leur propre argent. Nous n’avons jamais empêché le partenariat public-privé», dit-il. Pour ce qui est de la Société nationale des véhicules industriels (SNVI ex-SONACOME), elle sera bientôt rattachée à la Direction des industries militaires relevant du ministère de la Défense nationale (MDN)
Le ministre annonce, par ailleurs, la préparation de nouveaux textes juridiques destinés à assainir et à rationaliser la gestion du foncier industriel, qui constitue un véritable frein à l’investissement.
«Ces textes permettront de définir les modalités d'octroi et de gestion des assiettes foncières», explique M. Aït Ali, qui affirme que toute assiette foncière industrielle attribuée dans le cadre de la concession et non exploitée «sera récupérée par les services de chaque wilaya, afin de pouvoir les attribuer aux investisseurs capables de réaliser des projets sur le terrain».
«La non- exploitation de ces fonciers nous a fait perdre beaucoup de temps», indique le ministre. Que compte faire le secteur de l’Industrie avec les usines de production de ciment qui ont poussé comme des champignons, à tel point que l’on se retrouve aujourd’hui avec une surproduction de 100% ?
«Cette surproduction de ciment est un réel problème», soutient le ministre qui affirme que la seule solution est d’aller vers l’exportation, «ce qui n’est pas évident ». M Aït Ali propose à ces opérateurs de s’adresser aux banques pour un éventuel rééchelonnement afin de ne pas fermer boutique. Il a, par ailleurs, appelé à déployer davantage d'efforts pour valoriser les ressources minières et relancer les activités de prospection dans ce domaine.   
    Farida Larbi
 

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