dimanche 05 avril 2020 02:42:41

Les essais nucléaires français de Reggane en débat au Forum de la Mémoire : Un crime imprescriptible

Le Forum de la mémoire d’El Moudjahid, en collaboration avec l’association Machaâl Echahid, a abrité une conférence sur le 60e anniversaire des explosions nucléaires de Reggane, animée par l’avocate et la spécialiste en droit, Fatma-Zohra Benbraham.

PUBLIE LE : 12-02-2020 | 18:54
D.R
l Expiration du délai de conservation des archives secrètes.
l création de l’organisme national pour la protection, la sensibilisation et la défense des victimes. 
 
 
L’oratrice a précisé que ce «dossier extrêmement important est toujours d’actualité», c’est pourquoi «la France cherche à tout prix à cacher ce dossier, en recourant à  une politique de propagande».
En présence de la directrice du Centre national français de la recherche scientifique (CNRS), Sylvie Thénault, et de moudjahidine, Benbraham, qui maîtrise aussi le  droit international, a fait savoir que «demain (aujourd’hui : ndlr) à 7h04, la loi qui maintenait le secret-défense, pour 60 ans, expire». «Si l’on respecter la loi, dit-elle, nous  serons en mesure de demander les archives militaires et la levée de ce secret sur un dossier qui n’a pas encore livré tous ses secrets.». Selon Me Benbraham,  «la mission n’est pas aisée. Elle est même extrêmement difficile si on parle de loi et de son application». Elle soutient que vu les circonstances historiques, il y a beaucoup de choses qui se sont passées. «L’ancien président français, Nicolas Sarkozy, par un texte de loi, a rendu incommunicables les archives concernant les essais nucléaires», dit-elle, indiquant que cela «pose un grand point d’interrogation qu’il  va falloir résoudre». «Doit-on supprimer le premier texte qui parlait de la durée du secret-défense, et le remplacer par une autre décision ou doit-on considérer que la décision prise par Sarkozy est illégale et illégitime ? Cela peut, sur le plan international, nous ouvrir des horizons pour des réclamations nouvelles», ajoute la juriste. Dans ce contexte, Mme Benbraham a réitéré qu’«à partir de demain (aujourd’hui, ndlr), l’expiration du délai de conservation des archives secrètes sera effective, et, à l’avenir, nous pourrons savoir ce que nous devons faire et comment procéder».  
 
«Les hauts responsables de l’État français ne se sont pas bien informés sur les conséquences des explosions.»
 
Lors de son allocution, la juriste a affirmé qu’«après l’animation des conférences, en France, sur les explosions de Reggane, j’ai constaté que les hauts responsables de l’État français ne se sont pas bien informés sur la gravité des conséquences de ces explosions qui sont plus dangereuses que les bombes atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, lors de la Seconde Guerre mondiale». Elle ajoute : «Il y a une mauvaise interprétation des accords algéro-français sur les essais nucléaires dans le sud de l’Algérie. De plus, la France gaullienne  n’avait pas respecté les mesures requises  concernant ces essais, tout en adoptant une politique de propagande pour camoufler les réactions, à propos des droits de l’homme.» Après avoir souligné qu’elle parle, «preuves à l’appui, de ce génocide contre des innocents civils et continue à collecter des informations fiables sur ce crime contre l’humanité», Me Benbraham a tenu à préciser qu’«au fil des années, la France essaye de mettre ce dossier dans un tiroir dans le but de tourner le dos aux dégâts catastrophiques causés par ces explosions qui ont encore des répercussions sur la  santé des habitants de la région».     
 
  Le poids de la société civile 
 
Dans ce cadre, le président de l’association Machaâl Echahid, Mohamed Abbad, a annoncé la création d’un organisme national pour la protection, la sensibilisation et la défense des victimes des explosions nucléaires, dans le but de traiter ce dossier dans ses différentes approches, y compris dans les domaines médical, scientifique, juridique et social, précisant que «ce dossier a été déjà déposé à la Cour internationale de justice de La Haye». Pour M. Abbad, la société civile doit jouer un rôle important dans le traitement du dossier des essais nucléaires, afin d’interpeller les deux gouvernements. M. Abbad soutient qu’en Algérie, elle «se distingue par ses initiatives et activités sans contrepartie. C’est pourquoi certains activistes de ces associations sont considérés comme des militants». Dans cet ordre d’idées, Mohamed Tahar Dilmi a tenu à préciser que «la société civile doit être une force de proposition, car la mémoire historique est un miroir du peuple».
Hichem Hamza
Reggane
des prisonniers algériens utilisés comme Cobayes
 
Le 13 février 1960,  la France colonial a perpétré à Reggane le plus grand et le plus dangereux essai nucléaire, équivalent à  trois  bombes larguées par l’armée américaine à  Hiroshima. Des milliers d’Algériens   subissent encore les funestes  conséquences de cet acte criminel. 
Une date douloureuse à inscrire sur le sombre registre des crimes du colonialisme français en Algérie. Le  13 février 1960, la France réalise son premier essai nucléaire dans l’atmosphère, au-dessus du polygone de tir de Hammoudia. «Gerboise bleue», une appellation qui n’a rien de bucolique, nom de code de cet essai atomique, a eu  lieu à 7h04. Un  gigantesque éclair illumine le ciel et le sol, le sable se vitrifie sous l’effet de la chaleur. 
 
Le général de Gaulle jubile. «Hourrah pour la France, s’exclame t-il,  dans un télégraphe  adressé à un ministre. Du fond du cœur, merci à vous et à ceux qui ont remporté ce succès magnifique.» Les expériences et les explosions nucléaires au Sahara algérien, car il y en eu d’autres, sont un véritable    crime contre l’humanité. Aucun scrupule n’a secoué les consciences des responsables de cet acte, malgré qu’ils étaient conscients des risques et des traumatismes majeurs encourus par une population proche de l’épicentre. 
 
Un  aréopage de dignitaires coloniaux, qui, comble de mépris et d’inconséquence, avaient certainement une idée de ce qui est advenu du sort tragique des  centaines de milliers de victimes d’Hiroshima et de Nagasaki. Pis, les autorités françaises ont délibérément enterré les gros engins dans le sable, pour dissimuler leur forfaiture, sans le moindre respect de conditions et de critères requis dans ce genre d’activités, et, plus grave, sans même laisser la cartographie.
 
Quant à certains équipements légers abandonnés sur place, ils ont été récupérés par les habitants, ignorant la dangerosité de ce matériel contaminé et radioactif. Un vrai drame. L’aspect odieux de cette action, entrant dans le cadre de la course à l’armement atomique du colonisateur, constitue une inadmissible violation des droits de l’homme et des exigences de la préservation de la l’environnement. On en constate les séquelles. De hideuses malformations congénitales sont visibles sur les visages et les corps de nos citoyens habitant dans ces zones. 
 
À Reggane, où les essais atmosphériques ont couvert une vaste zone non protégée, selon les médecins, l’exposition aux radiations ionisantes provoque plusieurs types de cancer (du sein, de la thyroïde, du poumon, du foie, du côlon, des os, etc.), notamment les leucémies qui  dépassent de manière sensible la moyenne nationale et des malformations aussi bien chez les adultes, les enfants que les fœtus. 
L’une des choses qui frappent  à Reggane, selon certains témoignages, c’est aussi  le nombre de malades mentaux. Des familles entières sont affectées. Cela  sans parler des lésions de la peau, des stigmates physiques et des paralysies partielles, ainsi que d’autres pathologies que les médecins n’arrivent pas à diagnostiquer.
 
Impact sur l’environnement
 
Les effets dévastateurs de ces essais résident également dans la radioactivité et la pollution qui ont ravagé tout l’écosystème de la région et même des pays voisins. Il est reconnu que les essais, atmosphériques en particulier, se sont avérés très polluants en irradiant le sol algérien, tout en causant un grave préjudice écologique et un appauvrissement de la faune et de la flore, avec la disparition de nombreux reptiles et oiseaux, y compris migrateurs, comme en témoignent encore les roches noires et les terres brûlées où aucune végétation ne pousse. Ces essais nucléaires ont, en outre, révélé des faits gravissimes. Des prisonniers algériens y auraient été exposés volontairement, lors d’un essai aérien à Hamoudia. 
Un  légionnaire d’origine allemande affirme,  dans un témoignage recueilli par le cinéaste René Vautier, avoir reçu instruction, juste avant l’explosion, d’aller récupérer, dans des prisons et des camps de concentration, 150 Algériens qui devaient être utilisés comme cobayes. 
L’étude iconographique de certaines photos a  permis de constater que la position des soi-disant mannequins ressemblait étrangement à des corps humains enveloppés de vêtements. Certains condamnés à mort n’ont pas été exécutés dans les geôles, mais utilisés lors des essais. Idem pour d’autres personnes ayant été internées. Un groupe de médecins et de médecins légistes n’a pas manqué de relever que les pseudos mannequins exposés sont de véritables corps humains.
Les autorités françaises ont d’abord soutenu, en 2005, qu’il s’agissait uniquement de mannequins, pour tester les habillements face aux essais, pour ensuite avouer que s’il y avait des humains, il s’agissait de cadavres. 
M. Bouraib

Association 
13 février 1960 «Un crime cruel commis contre l’homme et l’environnement» 
 
L’association «13 février 1960» de Reggane (wilaya d’Adrar) a réitéré son appel pour la qualification des explosions nucléaires, menées par la France coloniale, il y a soixante ans dans la région de Hamoudia, comme étant les «plus atroces crimes contre l’humanité» aux effets dévastateurs également sur l’environnement.
Le président de l’association, Sid Ameur El-Hamel, a renouvelé, dans une déclaration à l’APS, à la veille de la commémoration du 60e anniversaire des explosions nucléaires de Reggane, la revendication de la société civile locale appelant à qualifier de «crime contre l’humanité», les explosions nucléaires menées dans le Sahara algérien par le colonisateur français, rejetant toutes sortes de tergiversation de la France envers cette question l’appelant à reconnaître ce «crime nucléaire cruel commis contre l’homme et l’environnement».
«Il appartient de situer à leur véritable valeur historique, ces explosions ennemies, par leur intégration au programme pédagogique comme partie importante de la mémoire historique du pays», a suggéré M. El-Hamel, ajoutant que «les séquelles radioactives engendrées par les explosions de Reggane restent un cauchemar horrible pesant lourdement sur le quotidien de la population locale».
 
Le président de l’association a insisté pour que les indemnisations soient proportionnelles aux souffrances sociales induites par ce crime, et ce par la création de structures publiques de qualité contribuant à la lutte contre les maladies provoquées par les radiations ionisantes de la région de Reggane. «Reconnaître son forfait abominable et nettoyer la région de Hamoudia des radiations constituent un facteur primordial pour protéger l’environnement et dissiper la nosophobie manifestée quotidiennement par la population locale, en exploitant les technologies susceptibles de prendre en charge ces effets», a préconisé Sid Ameur El-Hamel.
 
Mohamed Boussaïd, enseignant d’histoire à l’université d’Adrar, a, de son côté, souligné que «les explosions nucléaires françaises dans la région de Hamoudia et celles expérimentées intentionnellement dans d’autres régions du Sahara sont des crimes imprescriptibles».
«La France, qui rêvait de posséder l’arme nucléaire, à l’instar des pays du club nucléaire, a fait fi des lois, des valeurs humanitaires et des chartes garantissant les droits de l’homme à une vie paisible et stable», a soutenu l’universitaire, ajoutant que l’université poursuivra ses efforts académiques visant à «traiter le dossier de manière scientifique, d’inscrire ce crime à l’ordre du jour et contraindre ses auteurs à assumer leur responsabilité juridique et historique». 
 
M. Boussaïd a relevé que la bibliothèque académique algérienne a été enrichie, dans le cadre d’accompagnement de ce dossier, d’un ouvrage du chercheur spécialisé dans l’histoire de la région, Abderrahmane Lemharzi, intitulé Reggane, lutte entre la vie et la mort, crimes nucléaires français. Édité en 202 pages par la maison d’édition et de distribution El-Mouthakaf, l’ouvrage offre de riches informations sur les divers volets liés aux essais nucléaires, à la satisfaction des chercheurs et académiciens.
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