lundi 06 avril 2020 00:57:54

Bombardement de Sakiet Sidi Youssef: Un carnage imprescriptible

Le village de Sakiet Sidi Youssef, situé à la frontière algéro-tunisienne, sur la route menant de Souk Ahras à la ville d’El Kef en Tunisie constituait une zone stratégique pour les unités de l’Armée de libération nationale basées aux frontières Est et une base arrière pour accueillir et soigner les mutilés de guerre.

PUBLIE LE : 07-02-2020 | 15:00
D.R

En cette matinée du   samedi 8 février 1958, Sakiet Sidi Youssef, une paisible petite bourgade, vaquait à ses occupations. Il aura suffi  de quelques instants pour que tout  bascule dans le drame. La zone a été mitraillée sauvagement par une escadrille de chasseurs français  volant en rase-mottes. L'opération impliquait  25 avions : onze bombardiers B-26, six chasseurs-bombardiers Corsair et huit chasseurs Mistral. Le bilan est de  79 morts, dont 20 écoliers, et de 130  blessés. Des corps complètement calcinés, d’autres déchiquetés par des tirs de mitrailleuses. Ce fut l’horreur. Des sources historiques rapportent aujourd’hui que ceux qui ont décidé du bombardement de Sakiet Sidi Yousef ont disposé de la complaisance  du cabinet du ministre de la défense français de l’époque, Jacques Chaban Delmas, grand partisan du général de Gaulle. L’armée française voulait  faire sa guerre comme elle l’entendait. Avec brutalité. Ce même jour, des délégués de la Croix Rouge internationale étaient présents. Ils apportaient  des vivres et dispensaient  des soins aux réfugiés. Ils ont été  les témoins du massacre. Robert Lacoste et Jacques Chaban Delmas couvrent l’horreur et invoquent la légitime défense. Les extrémistes de la minorité européenne d’Algérie applaudissent et expriment bruyamment leur satisfaction. Le président du Conseil, Félix Gaillard, couvre lui aussi. Les délégations étrangères constatent les représailles. Des journalistes du monde entier et des diplomates viennent à Sakiet Sidi Youssef où ils découvrent des cadavres d’enfants de l’école du village qui a été rasée. Les services d’information militaire français s’empêtrent dans leurs explications. Ils démentent les faits. Dans une ferme, on rassemble les 79 cadavres avant leur inhumation. De petits corps disloqués portant les tabliers d’écoliers. Loin de briser par la terreur les liens de fraternité des deux peuples voisins, ce  bombardement a cimenté davantage leur solidarité, confirmée par la motion historique signée par le Front de libération nationale, le parti de l’indépendance marocain et le parti constitutionnel tunisien, affirmant le soutien de la Tunisie et du Maroc à la Révolution algérienne au terme de la conférence tenue du 27 au 29 avril 1958 à Tanger.

Des liens indissociables

Chaque 8 février, la Tunisie et l'Algérie commémorent  cet événement historique  qui a cimenté une excellente relation de confiance et de solidarité entre les deux peuples  et leurs gouvernements  . Aujourd’hui, le peuple tunisien est reconnaissant du soutien  que lui témoignent le peuple et le gouvernement algériens. En ce jour tragique,  Algériens et  Tunisiens s’étaient unis dans la douleur et avaient pris conscience de leur sort commun. Les commémorations des événements historiques nous enseignent que la mémoire d'un peuple ne s'efface pas, elle demeure à jamais avec lui pour aller de l’avant. La visite que vient d’effectuer récemment à Alger le président tunisien Kais Saïed est une autre confirmation des liens indissociables  qui unissent les deux pays ainsi que de l’excellence des relations économiques et de la coopération très dense appelées à se consolider plus que jamais.     

                                                              Mohamed Bouraib

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