mercredi 08 avril 2020 23:06:18

Prise en charge des cancéreux: Une nouvelle stratégie pour la période 2021-2025

Le ministre de la Santé, de la population et de la réforme hospitalière, Abderrahmane Benbouzid a révélé Mardi , le lancement d’une nouvelle stratégie s’étalant de 2021 jusqu'à 2025, pour la prévention contre le cancer et l’amélioration de la prise en charge médicale des cancéreux.

PUBLIE LE : 04-02-2020 | 18:00
D.R
«Suite à l’évaluation du plan de lutte anticancéreux 2015-2019, il a été décidé de lancer une deuxième stratégie pour la période 2021/2025, et qui portera principalement sur l'amélioration des compétences médicales et paramédicales, ainsi que sur la réorganisation du réseau de prise en charge médicale des patients, selon le plan de santé et les moyens disponibles», a affirmé le ministre, qui a procédé à l’ouverture du 4e Salon d’information sur le cancer, organisé, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre cette pathologie, célébrée le 4 février de chaque année.
 
Cette stratégie sera également basée, selon le ministre, sur «le soutien et la promotion de l'industrie pharmaceutique, destinés au traitement des malades atteints du cancer», néanmoins le ministre estime que «le travail d'équipe coordonné demeure le moyen le plus efficace pour réduire la propagation du cancer». Évoquant le précédent plan anticancéreux, le ministre a affirmé qu'une étude réalisée par un groupe de chercheurs a donné des «résultats plus ou moins satisfaisants». En ce qui concerne les mesures préventives prises dans le cadre du même programme et en application des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le ministère de la Santé, en coopération avec d’autres secteurs, a tracé un vaste programme de lutte contre les facteurs de risque non transmissibles. Le secteur a procédé, selon le Pr Benbouzid, à la généralisation des moyens de dépistage, outre la mise en œuvre du plan de prévention des facteurs de risque causant le cancer, notamment la lutte contre le tabagisme, à travers l'organisation de campagnes de sensibilisation et de prévention, ainsi que la création de 53 unités de sevrage.
 
Par ailleurs, le ministère veille à fournir les moyens et conditions appropriés pour améliorer le traitement, que ce soit par chimiothérapie ou par radiothérapie, et ce par l’ouverture de 41 services et 77 unités de chimiothérapie, ainsi que 20 centres anticancéreux, dont 6 relèvent du secteur privé. Dans le domaine des médicaments, le ministre a affirmé qu’un budget a été alloué à la Pharmacie centrale des hôpitaux pour l’ensemble des traitements anti- cancéreux. «L’État  n’a point  lésiné sur la qualité de ces traitements, qui se sont multipliés par  cinq depuis 2008», affirme-t-il. Il convient de noter que le budget alloué à l'acquisition de ces médicaments a dépassé 64 milliards de dinars en 2018, ce qui représente 60% des ventes totales des hôpitaux de la Pharmacie centrale.
 
Le quatrième Salon national de lutte contre le cancer, qui regroupe des acteurs dans ce domaine, relevant des secteurs public et privé, se poursuivra, au palais des Expositions des Pins-Maritimes, jusqu'à demain jeudi. Il convient aussi de souligner que 50.000 nouveaux cas de cancer sont annuellement enregistrés dans le pays, avec une incidence grandissante pour le cancer du sein chez les femmes et de prostate chez les hommes. Les causes de la hausse des tumeurs cancéreuses, d’une année à l’autre, sont dues, selon les spécialistes, au changement du mode d’alimentation, d’où le taux élevé de cancer du côlon et du rectum après 40 ans, qui se classe en deuxième position après le cancer du sein, chez la femme, et avant le cancer du poumon, chez l'homme. On déplore, également, le décès de 20.000 personnes atteintes de cette maladie grave, chaque année. «Un chiffre inquiétant et susceptible d’augmenter», ont averti les spécialistes qui relèvent toute l’importance du recours, en toute urgence, aux médicaments qui peuvent améliorer la qualité de vie des patients atteints de cancer.       
 
Salima Ettouahria 
Plan cancer 2015-2019
Des résultats en deçà des espérances
 
«Le Plan anticancéreux n’a pas répondu aux résultats escomptés, en raison de l'absence d’une bonne coordination entre les divers secteurs de la santé et autres, ainsi que différents spécialistes.» Tel est le constat établi la professeure Esmaa Kerboua, cheffe d’une unité d’oncologie du Centre Pierre-et-Marie- Curie à Alger. S’exprimant, hier, lors de l’émission «L’Invité de la rédaction», de la Chaîne III de la radio nationale, elle a tout de même concédé que beaucoup de progrès ont été enregistrés dans le domaine de la lutte contre le cancer. «Il faut dire qu’il y a des points positifs et d’autres qu’il faut améliorer, tandis que d’autres volets n’ont pas été du tout abordés», a-t-elle indiqué. Évoquant les points positifs, la spécialiste a mis en exergue l’organisation de réunions de coordination pluridisciplinaires, lors desquelles ont été discutées, de manière collégiale, les thérapies à appliquer à chaque patient, en tenant compte, particulièrement,  de son état de santé. «Nul ne détient la science infuse, ces réunions ont permis de mieux prendre en charge les malade», a-t-elle noté. En ce qui concerne les points noirs, le Pr Kerboua a cité l’indisponibilité de traitements. «L’objectif essentiel de ce plan est l’équité des soins pour tous les Algériens, cela n’a pas été réalisé», a-t-elle souligné.
 
L’intervenante a fait également état de prescriptions mal exécutées et d’une «mauvaise cohésion» entre des praticiens et entre les unités de soins. «Il ya une réelle absence de coordination entre les thérapeutes des 22 centres anti-cancéreux établis en divers endroits du pays, les malades, qu’ils soient issus de Djanet, de Tamanrasset ou d’Alger, ne bénéficient pas de la même prise en charge de leur état», déplore l’hôte de la radio. L’autre grand problème concerne le lourd budget que nécessite le processus de lutte contre le cancer. «La santé a un prix. Il ya un problème au niveau du budget alloué à cette lutte», a signalé la cheffe d’unité d’oncologie, appelant les autres secteurs à participer à améliorer la situation. «La lutte contre le cancer n’est pas du seul ressort du ministère de la Santé, mais aussi de celui du Travail et de la Sécurité sociale, il faut  jouer le jeu», a-t-elle soutenu.
 
Évaluant le volet des remboursements, la spécialiste a fait savoir que seuls les malades traités au niveau des  hôpitaux de l’État bénéficient d’un remboursement, notant tout de même que les chiffres ne reflètent pas les taux réels. «Il faut dire que 80% des analyses et imageries médicales sont réalisées par des cabinets privés», précise le Pr Kerboua. Le manque d’équipements de pointe et la formation continue des  auxiliaires médicaux ont été également mis en relief par la spécialiste. «Nous sommes confrontés à un sérieux manque de manipulateurs des appareils de radiothérapie, mais également d’infirmiers», a-t-elle dit. Par ailleurs, le Pr Esmaa Kerboua a appelé à la création, en urgence, d’un centre pour les traitements dispensés aux enfants cancéreux. «Le CPMC d’Alger est le seul, à ce jour, à leur prodiguer des soins», a-t-elle conclu.
Sarah Benali Cherif 
L’association Al Hayat de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus a tenu à commémorer la Journée mondiale du cancer, en mettant l’accent, à l’occasion d’une journée d’information et de sensibilisation qui s’est tenue au Centre régional de lutte contre le cancer de Béchar et à laquelle auront pris part des médecins spécialistes et des malades, sur l’importance du diagnostic précoce et de la valeur de son dépistage, ainsi que des symptômes qui l’accompagnent. Hormis les différents actes préventifs que la femme doit prendre en matière d’alimentation équilibrée, d’activités sportives et de grossesses, les intervenants (oncologues, radiothérapeutes, psychologues… ) se sont longuement attardés sur le cursus thérapeutique des patients admis au centre anticancéreux, allant de l’état des lieux (diagnostic) du malade, à la cure de radiothérapie, en passant par un circuit et une prise en charge psychologique, notamment dans les cas du cancer du col utérin et de l’ovaire, et lorsque l’on sait qu’une femme sur 8, au cours de sa vie, sera touchée par ce cancer. Une rencontre qui aura également été l’occasion de rappeler que conjointement à l’hospitalisation de certains patients pour des cures de chimiothérapie au niveau du centre de lutte contre le cancer de Béchar, l’association Al Hayat garantit aussi la prise en charge totale des malades venant des wilayas limitrophes, au sein de Dar Al Hayat, dont les portes viennent d’ouvrir, grâce aux efforts des membres de cette association, de sa présidente et des bienfaiteurs qui la soutiennent. 
Une manière d’accueillir ces patients, souvent accompagnés de leurs proches durant toute la période de leur cure qui, très souvent, s’étale sur plus d’un mois. 
Une initiative saluée aussi bien par les malades que par les citoyens, qui y voient un véritable élan de soutien et de solidarité à encourager. 
Ramdane Bezza

Oms
81% de la population mondiale touchée par  la maladie en 2040 
 
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que les cas de cancer augmenteront de 81% d'ici à 2040 dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, en raison de l'insuffisance des ressources consacrées à la prévention.
Dans un rapport, l'agence spécialisée des Nations unies avertit que si les tendances actuelles se poursuivent, le monde connaîtra globalement une augmentation de 60% des cas de cancer au cours des deux prochaines décennies.
En 2018, l'OMS a enregistré dans le monde 18,1 millions de nouveaux cas de cancer, et l'organisation s'attend à ce que le chiffre atteigne, d'ici à 2040, une fourchette allant de 29 à 37 millions. C'est dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, qui enregistrent actuellement les plus faibles taux de survie, que le nombre de nouveaux cas augmentera le plus fortement (+81%, selon les estimations). Selon l'OMS, cette situation s'explique en grande partie par le fait que ces pays ont dû consacrer des ressources sanitaires limitées à la lutte contre les maladies infectieuses, et à l'amélioration de la santé de la mère et de l'enfant, et que les services de santé ne sont pas équipés pour prévenir, diagnostiquer et traiter les cancers. «C'est un coup de semonce qui nous appelle tous à nous attaquer aux inégalités inacceptables qui existent entre pays riches et pays pauvres concernant les services de lutte contre le cancer», a souligné le Dr Ren Minghui, sous-directeur général de l'OMS, cité dans un communiqué. «Lorsque les individus ont accès aux soins primaires et aux systèmes d'orientation, il est possible de détecter le cancer à un stade précoce, de le traiter efficacement et de le guérir», a-t-il affirmé. L'OMS présente un éventail d'interventions permettant de prévenir les nouveaux cas de cancer, comme la lutte contre le tabagisme (responsable de 25% des décès par cancer), la vaccination contre l'hépatite B pour prévenir le cancer du foie, l'élimination du cancer du col de l'utérus par la vaccination contre le papillomavirus humain. «Si nous mobilisions les différentes parties prenantes pour qu'elles travaillent ensemble, nous pourrions sauver au moins 7 millions de vies au cours de la prochaine décennie», a affirmé le directeur de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, cité dans le communiqué.
Le rapport montre que la recherche a permis de faire reculer le nombre de décès dus au cancer, mais ce recul a été plus marqué dans les pays riches. «Les pays à revenu élevé ont adopté des programmes de prévention, de diagnostic précoce et de dépistage qui, associés à des traitements améliorés, ont contribué à réduire le taux de mortalité prématurée de 20%, selon les estimations, entre 2000 et 2015. Dans les pays à faible revenu, la réduction n'a été que de 5%», a estimé la directrice du Centre international de recherche sur le cancer, Elisabete Weiderpass.
 
 
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