vendredi 03 avril 2020 21:15:33

Pr Bengounia,épidémiologiste et chercheur en sciences médicales, au forum d’El Moudjahid

«Seul un institut de veille sanitaire peut circonscrire l’épidémie du coronavirus»

PUBLIE LE : 03-02-2020 | 13:00
D.R
Invité hier du Forum d’El Moudjahid, pour apporter un éclairage sur l’évolution du coronavirus, une pandémie qui a motivé des réactions en chaîne de par le monde, le Pr Abdelouahab Bengounia, chercheur en sciences médicales et responsable au service épidémiologie du Centre hospitalier universitaire Mustapha-Bacha, se dit prudent mais pas alarmiste. Car, dit-il,  cette épidémie n’est pas plus dangereuse que toutes les autres ni moins méchante non plus. Faisant un large exposé technique et scientifique de la question, avec vidéo-projection, chiffres et graphiques à l’appui, le Pr Bengounia a expliqué que ce nouveau virus à la forme de couronne qu’ont les protéines qui l’enrobe. Il est mortel et est d’origine animal. Il indique que les symptômes évoquent principalement une infection respiratoire aiguë avec fièvre et toux. Des difficultés respiratoires et des anomalies pulmonaires détectables radiologiquement sont également constatées, ainsi que des formes plus sévères. 
Dans ce cas, le patient peut présenter une détresse respiratoire aiguë. L’invité du Forum explique que, comme pour beaucoup de maladies infectieuses, les personnes présentant des maladies chroniques préexistantes (hypertension, maladies cardiovasculaires, diabète, maladies hépatiques, maladies respiratoires...) semblent plus susceptibles de développer des formes sévères de même que les personnes âgées et immunodéprimées. 
 
La prévention est le tendon d’Achille du système sanitaire
 
Décrété par l’OMS comme urgence internationale de santé public et comme une pandémie qui va se répandre dans le monde entier, qu’en est-il de l’Algérie ? Le dispositif activé est-il à même de circonscrire ce virus efficacement ? Le Pr Bengounia reconnaît d’un côté que les «mesures prises dans l’immédiat sont calquées sur toutes celles prises par la communauté internationale, à savoir la mise en quarantaine et le travail de prévention. Toutefois, explique-t-il, «c’est cette prévention qui  fait défaut et on ne sait pas exactement si notre politique de santé aujourd’hui est préventive ou curative», s’interroge le spécialiste qui a dressé un tableau sur notre système de santé. Il se dit «conscient que la priorité est de redéfinir la politique nationale de la santé publique», et il appelle à la création d’un Institut national de veille sanitaire. Pour M. Bengounia, cet institut aura pour rôle de détecter à temps tout risque pour la santé publique et d’alerter les pouvoirs publics et leur préconiser les mesures à prendre. 
Pour le professeur, la création de cet institut n’a que trop tardé, devant les innombrables manques perpétuellement signalés dans toutes les structures et autres organismes relevant du secteur au niveau national. 
«Aurait-on hésité à trouver un endroit de confinement pour les personnes rapatriées de Chine, comme c’est le cas actuellement, si on avait un institut de veille qui aurait décidé de toutes les mesures à prendre et à prévoir des jours avant ce rapatriement ? », s’interroge-t-il. Il relève que la création d’un institut de veille sanitaire qui regroupe des sommités dans diverses disciplines existe dans les pays avancés. Cela doit devenir une priorité.
 Un État d’institutions, une politique sanitaire nationale, un plan d’alerte et de riposte à toute menace sanitaire potentielle épidémiologique, voilà ce qu’il nous faut», affirme l’invité du Forum. Cela veut-il dire qu’il existe des failles dans notre système de prévention qui ne permettraient pas de faire face à ce virus efficacement ? «Oui», répond le Pr Bengouina, sans hésitation . Selon lui, «on enregistre un relâchement flagrant de la prévention dans notre système de santé en dépit d’un énorme risque frontalier». Il regrette le fait que les décideurs ne tirent jamais de leçons de leurs échecs comme pour le choléra, par exemple. «On oublie tout et on recommence, voilà notre politique de santé», dit-il. 
 
Aucun pays ne peut maîtriser l’entrée d’un virus sur son territoire
 
A la question de savoir s’il faut s’attendre à l’apparition de quelques cas de coronavirus en Algérie dans les jours ou semaines à venir, l’invité du Forum affirme «qu’aucun pays au monde ne peut maîtriser l’entrée d’un virus sur son territoire».  Le Pr Bengounia soutient que si l’Algérie possédait un institut de veille, qui ferait partie du système de la sécurité nationale pour surveiller et prévenir toutes sortes de maladies et de fléaux, on gérerait plus efficacement cette épidémie dans le cas où le virus se répandrait. 
Il reconnaît que les mesures prises sont acceptables, comme le contrôle sanitaire aux frontières constituant une sorte de filtre de surveillance assuré au niveau des ports et aéroports pour détecter les personnes qui arrivent des zones infectées. 
Le Pr Bengounia reconnaît aussi que l’Algérie a les moyens humains pour faire face à cette menace.
«Si l’épidémie s’installe, il faudra prévoir des centres d’isolement, ce qui n’est pas du tout prévu dans notre système car l’application sur le terrain du référentiel de prévention standardisé est inexistante ou déviante», estime l’invité  du Forum qui conseille à toute personne qui tousse ou qui a de la fièvre de se diriger vers une structure de santé.
Farida Larbi 

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