jeudi 04 juin 2020 23:10:26

Une place à Paris porte son nom : Cheikha Rimitti, l’étoile bédouine

La diva du gallal, Cheikha Rimitti, a depuis début novembre dernier le droit à une place qui porte son nom à Paris, dans le 18e arrondissement.

PUBLIE LE : 18-01-2020 | 0:00
D.R
La diva du gallal, Cheikha Rimitti, a depuis début novembre dernier le droit à une place qui porte son nom à Paris, dans le 18e arrondissement. Ainsi, la capitale française a rendu hommage à cette célèbre chanteuse de raï, en lui dédiant une place. Née en 1923 à Sidi Bel Abbès et décédée à Paris en 2006, Cheikha Rimitti est l’un des grands noms du raï. Son penchant pour une parole libérée et l’introduction de nouvelles sonorités inspire jusqu’à ce jour nombre de chanteurs de la nouvelle génération. Qui n’a d’entre nous n’a pas aimé et chanté la célèbre chanson «Nouar» «N'ta Goudami» «Sidi Mansour» … Avec un style propre à elle, cette ancienne paysanne analphabète, instruite par la pauvreté, a chanté pendant un demi-siècle un rai hérité de l’art poétique des Bédouins.Une longue carrière dans la musique, regroupant plus de 200 singles en abordant divers sujets parfois considérés «tabous et interdits» notamment la femme, l’amour et la sexualité.  Par un acte volontaire ou non, tous les Algériens ont écouté Cheikha Rimitti, y compris ceux qui l’ignorent superbement parce qu’en mesure de leur rappeler des origines peu reluisantes que même les raccourcis empruntés à la faveur du régionalisme et du clientélisme ne sauraient faire oublier. De son vrai nom, Saadia Bediaf, Cheikha Rimitti, a toujours préservé ses traditions paysannes, et a immergé dans le chant rural. Orpheline très jeune, elle a toujours été obligé de travailler pour gagner sa vie. Elle a été élevée par des «patron « qu'elle a quittés à l'adolescence pour suivre une troupe de musiciens nomades. La jeune Saida vit la misère, avant de se lancer dans la chanson dans les années 1940, à Relizane, Oran et Alger. Après l'indépendance, ses chansons lui valent d'être censurée. Rimitti provoqua à la fois en effet les censeurs et les conservateurs. Chantant l'amour, la femme, l'alcool, les corps emmêlés, la liberté, le féminisme… et présidant à des fêtes arrosées à la bière, elle a très vite été boudée par l'Algérie officielle, mais pas par le peuple. Ce dernier se réjouissait d’écouter cette ouverture et cette liberté dans ses chansons, notamment appréciant le courage qu’elle avait à casser les tabous. Elle s'attire une réputation sulfureuse dès son premier succès, en 1954, avec «Charrak gattaâ», dans lequel certains y voient une attaque contre le tabou de la virginité.  Elle gagne son surnom dans les bars où elle ordonnait au patron de lui remettre un verre ou d'offrir la tournée aux clients : « Remettez, remettez» (une tournée) «remitti «, avec l'accent. D’ailleurs, elle a toujours été à l’aise lorsqu’elle faisait référence à son passé qu’elle ne reniait pas du tout, même si elle en parlait non sans une certaine frénésie. Cheikha Rimitti arrive à Paris en 1979, où elle anime des soirées dans des cafés communautaires. Bien que mise à l'écart par les siens, elle devient l’ambassadrice d’une chanson bédouine gagnée dangereusement par des emprunts à des modes d’expression urbanisés et d’une thématique reflétant fidèlement la quotidienneté et les aspirations à l’honneur là où se pratiquait le plus vieux métier du monde Elle atteint même un nouveau public à la fin des années 1990 composé d'Algériens de France, leurs enfants et même des Européens et des spécialistes de musique. Elle a par ailleurs eu l’occasion de collaborer avec des stars internationales à l’instar de Red Hot Chili Peppers et Dead Kennedys. Elle s'est éteinte le 15 mai, deux jours après son concert au Zénith (Paris) où elle chantait avec les «Chebs». Ceux-là même qui, l'ayant beaucoup admirée, l'auront souvent copiée et parfois pillée sans vergogne. Leur succès contribuera cependant à relancer la carrière de Ramitai et à la faire connaître bien au-delà de l'Algérie et de son Oranie natale. Cheikha Rimitti, «l'étoile bédouine , chantait tout ce qui l'inspirait, avec des mots qui piquaient comme des abeilles. Elle a enfanté le raï, elle en est la doyenne. Cette musique a toujours fait partie d’elle, collée à son corps, sa tête, son cœur et son âme. Bien qu’elle soit partie, sa musique et ses chants font le succès d’un grand nombre de chanteurs encore.
K. A. A.
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