dimanche 12 juillet 2020 17:46:05

Réactions à l’instruction du Président : Prémunir le pays de la division et sauvegarder l’unité nationale

La décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’élaborer un projet de loi criminalisant les discours incitant à la haine, au racisme et au régionalisme, a été fortement saluée, hier, par des citoyens, des juristes et des imams.

PUBLIE LE : 14-01-2020 | 0:00
D.R

 La décision du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, d’élaborer un projet de loi criminalisant les discours incitant à la haine, au racisme et au régionalisme, a été fortement saluée, hier, par des citoyens, des juristes et des imams. Une recrudescence du discours de haine et d’incitation à la fitna (discorde), notamment à travers les réseaux sociaux, a été constatée, a souligné la présidence de la République. Cette décision intervient aussi dans le but «de faire face à ceux qui exploitent la liberté et le caractère pacifique du Hirak (mouvement populaire) pour brandir des slogans portant atteinte à la cohésion nationale». Le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, a été chargé par le Président d’élaborer ce projet.
En effet, une recrudescence du discours de la haine et de la discorde a été enregistrée, ces dernières semaines, sur les réseaux sociaux. La Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) a relevé, dans ce sens, «une escalade et une propagation des discours de haine faits d’accusations de trahison et de racisme entre les individus d’un même peuple». La LADDH assure que «le dialogue est le mode de solution des crises et de constructions des consensus», tout en affirmant que «le langage de la force et de la violation des droits de l’homme ne permettra pas de construire un nouvel horizon au peuple algérien». L’élaboration d’un projet de loi criminalisant les discours haineux «permettra de préserver la cohésion sociale et l’unité nationale», a soutenu Me Amine Kraouda, avocat à la Cour. Selon lui, «cette décision est un acte préventif contre un dangereux dérapage. Le discours de la haine favorise la discorde», a-t-il assuré. L’avocat a également salué l’objectif de cette décision, à savoir l’exploitation, notamment du caractère pacifique du Hirak. «Je pense que ce projet est dans l’intérêt du mouvement populaire, car il le prémunit de tout dérapage idéologique ou ethnique ou séparatiste, comme en témoignent les tentatives de certains intrus à travers certains slogans», souligne l’avocat.
Il affirme également que les textes juridiques dans la nouvelle loi doivent être clairs et applicables, et aillent «dans le sens de la préservation de l’unité nationale, de la protection du hirak et de l’emblème national, dans le cadre de la création d’une nouvelle république démocratique qui consacre le respect de l’autre». Il souhaite, dans cette optique, une large contribution des juristes pour l’enrichissement des débats autour de ce projet. De son côté, Me Tarek Merah, avocat à la Cour et militant des droits de l’homme et fervent défenseur du mouvement populaire, rappelle que «le discours de haine et le racisme sont incriminés par les lois et par toutes les religions». «En Algérie, dit-il, il est également criminalisé dans le code pénal et son auteur encourt une peine de prison allant jusqu’à 5 ans ferme. Ainsi, ce projet de loi sera un appui fort aux textes déjà existants», estime-t-il. Pour Me Merah, l’intervention du président de la République a pris un caractère d’urgence pour protéger «ce qui reste du Hirak, qui se dirige vers la division idéologique. Ce qui constitue en soit un danger pour le mouvement populaire et pour l’unité nationale et populaire». L’avocat met, en outre, en garde contre le discours de la haine lié à l’histoire de l’Algérie. «Cette situation nécessite l’ouverture d’un débat sur notre histoire par des historiens spécialistes», soutient-il, tout en affirmant que la décision du président de la République «est un acte courageux et équilibré qu’il faut soutenir et appuyer».
Cet avis est largement partagé par le Haut Conseil Islamique (HCI). Son directeur de la communication, Mohamed Baghdad, indique que «l’esprit de cette décision est l’immunité du pays d’autres menaces qui peuvent porter atteinte à son unité». «Nous avons besoin d’une cohésion sociale pour sortir définitivement de cette crise», souligne-t-il.

Le discours religieux contre la fitna

Pour lui, le Hirak a fait preuve d’une prise de conscience populaire. «De ce fait, il faut préserver son caractère pacifique et bannir toute tentative de discorde et de division. De grands pas ont été réalisés dans le cadre de la préservation de la stabilité et de la sécurité du pays. Il faut poursuivre le processus. Le Président a anticipé, à travers ce projet de loi», soutient-il, tout en rappelant que le HCI avait déjà mis en garde contre les discours haineux incitant à la violence, véhiculés par certaines chaînes de télévision privées et les réseaux sociaux. Indiquant que ces supports médiatiques sont «aussi dangereux que les armes de destruction massive», il note que ces supports sont devenus «un moyen de diffusion de la haine, de la violence et de la division». Il exhorte, dans ce sens, les autorités à prendre «des mesures urgentes contre ce danger», que ce soit l’apologie de la violence, de la haine ou de la division. Le HCI avait relevé, dans sa déclaration intitulée «Discours de la haine : Pour des réseaux sociaux sains», la sous-estimation du danger de ces moyens, ainsi que l’absence de réglementation, de régulation et d’orientation. Djelloul Hadjimi, secrétaire général de la Coordination nationale des imams et fonctionnaires des affaires religieuses, appelle, quant à lui, les responsables «à tous les niveaux à prévenir contre les dangers qui commencent à apparaître sur certains vecteurs de communication», parmi lesquels les réseaux sociaux, et à prendre «des mesures urgentes et nécessaires afin de protéger la véritable liberté d’expression». À ce titre, l’imam met en exergue le rôle du discours religieux «pour faire face à ces déviations qui diffusent une matière attentatoire aux valeurs de notre société». Pour lui, la décision du président de la République «est très sage et vise à prémunir la société et à sauvegarder notre unité, ainsi que notre identité». Il rappelle que les imams ont été victimes des discours de la haine et de la discorde, jusqu’à subir des agressions physiques et le «tekfir». Djelloul Hadjimi estime aussi que la future loi «va instaurer une nouvelle culture. Celle du respect de l’autre malgré les divergences».

La fin de l’impunité ?

La décision du président de la République intervient à quelques jours de l’appel lancé par des citoyens pour l’arrêt et la criminalisation du discours de la haine. En effet, une pétition dans ce sens a été lancée sur les réseaux sociaux. «Nous, citoyennes et citoyens algériens pacifiques, adhérant aux manifestations pacifiques qui se déroulent dans tout le pays depuis dix mois, dénonçons le discours de haine qui se propage à travers des chaînes de télévision, des pages sur les réseaux sociaux et des individus», indique le document. Les auteurs de cette initiative affirment que la banalisation de ce genre de discours et de pratique est une «menace pour l’unité nationale». Les signataires exhortent les responsables de toutes les institutions publiques, chargées d’assurer la sécurité des citoyens, y compris les institutions de sécurité, le pouvoir judiciaire et l’Administration, à assumer leurs responsabilités et à prendre toutes les mesures urgentes contre les canaux qui véhiculent le discours de discorde, de les tenir responsables et de les punir, que ce soient des médias ou des individus». La pétition a recueillis pour l’heure plus de 1.500 signataires.
    Neila Benrahal
 

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