samedi 18 janvier 2020 14:19:30

Après le rejet du gouvernement de Jemli : Relance des consultations en Tunisie

«Une réussite pour la démocratie» ou un «échec»

PUBLIE LE : 13-01-2020 | 0:00
D.R

Les consultations en vue de former un nouveau gouvernement en Tunisie ont été relancées, samedi dernier, par le président Kaies Saied, au lendemain du rejet par les députés de la Chambre des représentants du peuple (ARP) de la composante proposée par Habib Jemli, selon des médias locaux.    

«Conformément à l'article 89 de la Constitution, le président Kais Saied a accueilli samedi le président de l’ARP et président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, afin de relancer les consultations portant désignation d'une nouvelle personnalité pour la formation du gouvernement», a indiqué la présidence tunisienne dans un communiqué. «Le président de la République recevra prochainement, dans le même cadre, les chefs des partis politiques, des coalitions et les groupes parlementaires», ajoute la même source.
Selon la Constitution, la désignation d'une nouvelle personnalité doit se faire dans les dix jours après le rejet du gouvernement. La personnalité désignée dispose d'un mois renouvelable pour former son gouvernement. Faute de quoi, le chef de l'Etat convoque des élections législatives anticipées. Vendredi dernier dans la soirée, au parlement, le gouvernement Habib Jemli n'a pas obtenu les 109 voix nécessaires à son passage. Il a recueilli 72 voix pour, 134 contre et 3 abstentions. Habib Jemli avait été désigné par le président Kais Saied le 15 novembre dernier. Il a vu son délai pour former le gouvernement renouvelé le 15 décembre dernier.
Durant le premier mois, Habib Jemli n'avait pas réussi à convaincre les formations politiques afin de présenter des noms susceptibles de faire partie de son cabinet. Certaines formations politiques lui avaient reproché sa proximité avec le parti Ennahdha disposant d'une majorité relative au sein de l'ARP. D'autres ont refusé son offre en raison notamment du fait qu'il ne disposait pas d'un programme capable de répondre aux aspirations et aux attentes des Tunisiens. Le parti Ennahdha, qui avait proposé Jemli, n'avait lui aussi pas présenté de  noms. Ces préalables consistant en l'obtention des ministères régaliens ont dissuadé le chef du gouvernement désigné.  Cet état de fait a contraint M. Jemli d'opter pour un gouvernement de compétences nationales. «Un gouvernement de compétences nationales n'est pas contre les partis», avait-il plaidé récemment, insistant sur le fait de former un gouvernement le plus tôt possible pour la prise en charge des préoccupations des Tunisiens.
Samedi dernier, le mouvement Ennahdha a appelé à la formation d'un gouvernement d'union nationale consensuel à vocation sociale dans le processus de la révolution".Dans une déclaration publiée, le mouvement a exprimé sa confiance au président de la République Kais Saied et sa volonté d'accepter «toute figure nationale qui remplit les conditions de réussite, reflète les aspirations des Tunisiens et établit un puissant soutien politique».

«Une réussite pour la démocratie» ou un «échec»

 Le rejet du gouvernement de Habib Jemli, vendredi dernier, par les représentants de l'ARP (Parlement) a été différemment apprécié par la classe politique, les organisations et la scène politique tunisienne.
Alors que certains y ont vu une «réussite démocratique», d'autres ont appris l'information avec beaucoup de regret, la qualifiant d'un «échec» politique. «Le rejet du gouvernement Jemli par l'ARP constitue un signe de bonne santé de l'expérience démocratique tunisienne», a commenté l'Union tunisienne de l'Industrie, du commerce et de l'artisanat(Utica). L'organisation patronale a réitéré l’impératif de former un gouvernement indépendant, disposant d’une vision claire et de hautes compétences, en vue de relever les enjeux économiques et sociaux qui se posent actuellement au pays. Habib Jemli a, lui, considéré que le rejet du gouvernement «est une réussite pour la démocratie tunisienne».
C'est «un signe que les institutions fonctionnaient de façon transparente», a-t-il déclaré. «Ce n'est pas une crise politique, car il y a un parcours institutionnel et démocratique balisé pour la suite», a souligné, pour sa part, le politologue Selim Kharrat. Pour d'autres analystes de la scène politique tunisienne, le rejet du gouvernement est un échec et il va enfoncer davantage la Tunisie dans la crise économique qu'elle traverse depuis plusieurs mois maintenant.
Dans ce sens, les analystes s'attendent tous à voir les indices de développement à l'instar du chômage, de l'inflation et du pouvoir d'achat s'aggraver. Le taux de chômage estimé présentement chez les jeunes à 34,7% est de 15,1% chez l'ensemble de la société risque de s'amplifier, indique-t-on. Le taux de  l'inflation qui s’est établi à 6,7% sur toute l’année 2019, contre une moyenne de 7,3% en 2018 risque également de redescendre dans les prochains mois.
De même pour le déficit de la balance commerciale, s'accorde-t-on à dire. «D'autres dangers guettant la Tunisie, à l'image de la menace terroriste, risquent aussi de prendre de l'ampleur en l'absence d'une véritable stratégie», font observer les analystes.

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