Récits de la Bataille d’Alger par Yacef Saadi : La trahison de Judas (2e partie)

La meute était là, prête à donner l’assaut dans une Casbah cernée de toutes parts. Agents d’infiltration, bleus de chauffe, mouchards, parachutistes participaient à la curée.
PUBLIE LE : 28-07-2010 | 20:31

La meute était là, prête à donner l’assaut dans une Casbah cernée de toutes parts. Agents d’infiltration, bleus de chauffe, mouchards, parachutistes participaient à la curée.
La machination ourdie par Judas et ses perfides commanditaires redoublait de férocité.
Yacef Saadi, le chef historique de la Zone Autonome d’Alger en fit les frais. Il fut appréhendé ainsi que Zohra Drif dans une cachette discrète, Yacef Saadi raconte sa capture, son interrogatoire en tant que responsable et chef politico-militaire du Grand Alger.
Jamais rassasiée, la machination continuait encore à broyer d’autres militants. Le 8 octobre 1957, la rue Caton est bouclée rageusement. Ali la Pointe, Hassiba Ben Bouali, Mahmoud Bouhamidi et p’tit Omar sont coincés dans un guet-apens.
Une apocalyptique explosion les déchiqueta criminellement.
L'hémorragie se poursuivit à un rythme endiablé. Judas, le félon patenté, ne se reconnaissait aucun scrupule ni limite.

C’était le 24 septembre 1957. La décision d'investir le lieu où j'étais réfugié avait sûrement été prise la veille.
Le bouclage eut lieu vers 2 heures. La Haute Casbah fut encerclée par des milliers d'hommes de troupes : rues, ruelles, impasses, terrasses. Des moyens colossaux y furent acheminés. La démonstration de force, pour cette curée, ne faisait aucun doute. Et pour cause au 3 rue Caton nous étions trois personnes : la « propriétaire » en titre de la maison au nom de la Z. A. A., Zohra Drif et moi-même Les autres Ali la Pointe, p’tit Omar, Hassiba Ben Bouali et mahmoud Bouhamidi - étaient au numéro 4, chez les Guematti, maison faisant face à la nôtre à une distance ne dépassant pas 2 mètres, mais il y avait de l'imprévisible dans l'air. Je souffrais depuis cinq jours d'une grippe asiatique doublée d'une angine qui m' avait rendu atone. J'étais littéralement cloué au lit avec une fièvre culminant régulièrement entre 39 et 40 degrés. L'engourdissement m'avait ramolli les membres, je dus rassembler mes dernières énergies pour les mettre au service du seul organe qui a encore toute son utilité dans la casemate où nous étions Zohra Drif et moi : l'ouïe.
Je me mis donc à l'écoute. Et petit à petit, je commençai à discerner le bruit alentour, une sorte de brouhaha compact et bourdonnant. Puis, plus distinctement, des voix alternées, dans un désordre constant. Plus de doute, la meute était-là, dehors, tout autour, prête à donner l'assaut. Au milieu de la cacophonie, une voix connue, familière, nettement perceptible celle de Guendriche. C'était donc lui ! Puis peu après, la voix de Hadj Smaïn. Tiens, pensai-je, lui aussi ! J'en fus mortifié. Et, du coup, soulagé d'apprendre enfin quels étaient les traîtres parmi nous. De toute façon, il était bien trop tard.
Pour les chefs de l'expédition, tout était en ordre Seulement en arrivant sur les lieux, rue Caton donc, ils s'étaient aperçus qu'un choix d'adresse était à faire. En effet, les renseignements des agents d'infiltration, bleus de chauffe, mouchards, menaient tous vers le 4 de cette même rue.
Or Hadj Smaïn qui était de la curée, spontanément apportait un correctif et, au lieu du 4, désignait plutôt le 3 qu'il connaissait parfaitement pour y avoir séjourné lors du passage à la Casbah de Germaine Tillion. Il y eut comme une confusion dans l'air. Finalement, le commandant du 1er R. E. P. trancha dans le sens du renseignement livré par Hadj Smaïn. Les paras devaient certainement se dire, «après tout, qu'est ce qu'on risque ?». De toute manière, ils étaient décidés à démolir tout le quartier s'il le fallait. Hadj Smaïn, plus zélé qu'on eût pu le penser, interviendra par deux fois pour guider les militaires : la première en les renseignant sur le 3, la seconde en leur désignant ma cachette.
Dès lors, tout espoir de nous en sortir vivants s'était envolé. Jusque-là, j'ignorais toujours s'il s'agissait d'une machination ou de l’effet du hasard.
Ce ne fut que lorsque le colonel Godard, qui venait d'arriver sur les lieux, m'interpella à haute voix pour m'annoncer qu'il n'ignorait pas que j'étais malade.
Une seule personne hors du 3 et 4 savait que je l'étais effectivement : Judas ! C'est lui, pensai-je. Ce dernier savait en effet que j'étais bien malade. Je le lui avais moi-même appris dans un message, la suite s'enchaînant de fait comme dans l'affaire Ramel. Conclusion ! Deux taupes d'inégale importance étaient infiltrées dans nos rouages.

Cette fois, c’est fini !

La version des faits concernant l'arrestation de Hadj Smaïn peut se résumer comme suit : dès qu'il débarqua à Alger, depuis son retour de Tunis via Paris, il fut arrêté dans un barrage non loin du square Bresson (actuel port-Saïd). Ayant conservé sur lui les documents concernant ses contacts à l'étranger, il devint suspect. Dès lors, on l'essora de telle sorte qu'il avoua l'endroit où je me trouvais.
Pendant qu'on investissait la maison, il était clair qu'il n'y avait plus aucune chance de nous en sortir. Nous vivions les dernières minutes d'une aventure passionnante et pleine de rebondissements. A présent, les soldats étaient tout proches de nous. Des coups furent frappés au travers de la dalle recouvrant la sortie de la cache et je dis : “cette fois, c'est fini.” Notre parcours est à son terme. Zohra ne répondit pas. Elle n'avait pas peur, ayant vécu de bien pires moments depuis des mois.
Dans l'obscurité du réduit, on ne se voyait presque pas. On communiquait en chuchotant. Maintenant que les jeux étaient sur le point d'être faits, un baroud d'honneur s'imposait ! Décidé à jouer mon va-tout, je repoussai la dalle de sortie de la cachette et, dégoupillant ma grenade, je la lançai dans le couloir. Fit-elle des dégâts parmi les assaillants ? Je n'en sus trop rien à vrai dire, puis, comme un automate, je me saisis de ma mitraillette, y fichant mon second et ultime chargeur et, à travers la lucarne du réduit, je continuai à tirer au jugé ! Des soldats s'écroulèrent et avec eux, blessé, le colonel Jean-Pierre. Pendant ce temps, avec une fébrilité décuplée, Zohra était en train de détruire les documents.
Après le silence de mon arme, le colonel Godard tenta, en amplifiant sa voix, de parlementer avec moi. En vain car je ne répondis pas. Mon refus de dialoguer l'agaça visiblement, mais connaissant leur mentalité de démolisseurs patentés, ils n'hésiteraient pas à souffler le pâté de maisons. J'en étais convaincu. D'ailleurs, à peine avais-je fini de penser à cette « solution » que des artificiers recevaient l'ordre de bourrer l'immeuble d'une charge d'explosifs. Après cela aucun doute ne pouvait subsister sur leur intention.
Le colonel Godard m'accorda cinq minutes pour sortir de la cache, affirmant, au nom de l'honneur de la France, que je serais considéré comme prisonnier de guerre. C'était à mes yeux un engagement solennel imprescriptible quel que pût être par la suite le régime politique qui succéderait. Je me sentais acculé à ne pas jouer les héros inutilement. Voici pourquoi : la situation, scabreuse au plus haut point, se présentait comme suit : il y avait, d'une part, les familles des locataires des maisons avoisinantes,  de l'autre, la maison d'en face, celle de la famille Guematti, à quelques mètres seulement, abritant Ali la Pointe, Mahmoud Bouhamidi, p’tit Omar et Hassiba Ben Bouali. Le groupe se trouvait dans une cachette certes difficilement repérable mais, en cas de déflagration , tout cela ne servirait à rien.

Dans le P. C. du général Massu

Nous échangeâmes Zohra et moi toutes ces réflexions en quelques instants à seule fin de choisir de quelle façon nous allions mourir car nous étions bel et bien coincés.
Il était clair qu'en optant pour une mort plus responsable, le dilemme dans lequel nous étions plongés disparaîtrait. Et au lieu d'entraîner dans notre malheur des innocents, et par la même occasion nos compagnons, nous l'éviterions. En levant les bras pour marquer notre reddition, c'était évidemment notre tête que nous glissions, en anticipant à peine, sous le tranchant du couperet. Je décidai donc de parlementer.
Pendant ce temps, Godard qui guettait notre reddition me renouvela aussitôt sa «parole d'honneur». Ce n'était en fait que des paroles lénifiantes pour en finir avec une situation qui, à ses yeux sans doute, n'avait que trop duré.
Avant de sortir de mon trou, comme pour être en accord avec ma conscience, je jetai un regard à Zohra, un regard qui voulait dire tant de choses. Puis je sortis. A un pas derrière suivait ma compagne de lutte. Une fois dehors, nous fûmes embarqués dans un véhicule, sans brutalité, et conduit au P.C. du général Massu avant d'être conduits ensuite à la villa Nador.
Nous y séjournerons 22 jours dans le secret. Seuls des officiers de l'état-major de Massu et de la 10e Région militaire. Mus par une curiosité bien compréhensible, ils défilaient autour de nous en nous examinant comme des bêtes curieuses. Certains officiers n'insistaient pas. Ils venaient, nous regarder puis repartaient aussitôt.
D'autres, au contraire, semblaient se délecter, en se frottant les mains «Ah si on pouvait nous les prêter quelque temps !» C'étaient sans doute des « clandestins » de la 2e D.P. Dans le lot, je ne pus reconnaître aucun de ceux dont les noms m'étaient familiers comme les capitaines Chabannes, Léger, Faulk, et d'autres. Par contre, le général Salan en personne vint nous voir. Arrivant à ma hauteur, il me regarda longuement sans mot dire et repartit. Massu devait prendre son tour lui aussi. Entouré de plusieurs officiers tels que le commandant de Labourdonnay et le capitaine Allaire, tous deux ayant assisté à ma capture, il nous rendit visite mais il ne fut pas plus disert. En revanche, je crus comprendre qu'il existait dans la hiérarchie de la 10e division de parachutistes une stricte répartition des rôles pour les interrogatoires.
Ce fut donc au colonel Godard, chef d'état-major de la 2e D.P. qu'échut la besogne de m'interroger, mais étrangement, je constatai que l'interrogatoire n'était pas poussé. J'étais, il est vrai, le dernier survivant d'une grande aventure en tant que chef politico-militaire du Grand Alger. Je les avais combattus, ils m'avaient capturé dans des circonstances que l'on sait. Aussi inhumain que cela pouvait être, je devais payer. Qu'ils respectassent ou non mon statut de soldat comme prescrit dans diverses conventions internationales, le verdict était déjà prononcé : j'étais déjà mort, au moins politiquement. Alors, advienne que pourra.

La presse ultra aux avants-postes

La presse ultra, en dépit de sa promptitude à relayer le service d'action psychologique du colonel Trinquier, ne souffla mot sur mon arrestation. Et ce ne fut que le lendemain que les quotidiens du matin livrèrent l'information illustrée de la photo de Zohra Drif et moi-même encadrés par les parachutistes.
En face, au 4, rue Caton, deux jours durant, ce fut le mauvais traitement sans compter les allées et venues d'enquêteurs zélés. Pendant ce temps, Ali et ses compagnons, terrés dans leur cachette, respiraient avec peine un air saturé de leur propre gaz carbonique.
Un répit eut lieu au 3e jour. L'occasion d'aller acheter le journal ! Et ce fut le choc. On lut : Yacef arrêté ! Ali l'apprit immédiatement. Sa première réaction, selon les habitants de la maison, fut de se cogner la tête contre le mur à plusieurs reprises, déchirant sa chemise en criant sa colère. Ses compagnons se mirent tous à pleurer. Après quoi, il décida de partir. Les gens de la maison s'occupèrent de lui et de ses camarades. On leur offrit des déguisements - des voiles de femmes - et les voilà partis « Et Ali la Pointe dans tout cela ? « Mais il a rejoint le maquis de la Wilaya III depuis plusieurs jours déjà !
Il est certain que s'il était resté à Alger, vous l'auriez tué ou capturé, avions nous déclaré Zohra Drif et moi au colonel Godard. Quant à Hassiba, à cette heure, elle doit être en route vers Tunis. Fut-t-il convaincu ? A vrai dire, cela m'importait peu. Car, personnellement, je n'avais qu'un souci : gagner du temps et prier que Ali et ses camarades en fissent un bon usage comme par exemple s'éloigner de la poudrière pendant quelque temps. L'essentiel, qu'ils se fassent oublier.
Pendant ce temps , le travail de sape de Guendriche se poursuivait sans relâche. J'étais encore empêtré dans mes idées noires lorsque, par un matin particulièrement oppressant moralement, un officier changé en héraut pour la circonstance, vint m'apprendre d'un air triomphant : « Ça y est ! Ali la Pointe est dans la poche !» J'en fus effondré. Cette fois le sort est réellement contre nous, pensai-je. Mais je dus réprimer mon affliction pour ne pas donner à l'officier l'occasion de s'en réjouir. Il nous tendit une lettre que Ali venait d'adresser à Guendriche. Ali ne sachant ni lire ni écrire, c'était donc à Hassiba Ben-Bouali qu'il revenait d'assumer son secrétariat.
En m'exhibant, non sans une pointe de malice, la lettre adressée à Judas, l'officier jubilait manifestement de malveillance. Le nez plongé sur le morceau de papier je reconnus l'écriture de Hassiba. C'était donc vrai. Ali était tombé dans le même traquenard que nous, Ramel, Si Mourad, etc. Ignorant que Guendriche avait tourné casaque, Ali tentait à son tour de renouer le contact en dépêchant Mahmoud Bouhamidi accompagné de sa petite sœur auprès de la femme de Guendriche, pour avoir des nouvelles de son mari. Ce qui fut fait le lendemain.

Le 5, rue des Abderrames dynamité

Le 8 octobre 1957, c'est la reproduction du même scénario qu'à la rue Caton. On encercle le quartier. On menace devant la maison du 5, rue des Abderrames. Un homme, le propriétaire du domicile selon les témoins, sort de la maison pour répondre aux injonctions des militaires. Il confirme que Ali et ses frères de combat sont bien à l'intérieur.
A partir de là, plus d'hésitation ! L'ordre est aussitôt donné d'évacuer la maison du 5. Ali la Pointe, Hassiba, Bouhamidi et p’tit Omar sont sommés de sortir les bras en l'air, mais on n'insiste pas trop. Pendant ce temps, des artificiers bourrent les flancs de la maison de dynamite. Une apocalyptique explosion et la maison s'écroule, emportant par son souffle d'autres habitations. Mélangés aux gravats, les quatre corps de nos compagnons étaient déchiquetés.
Ceux qui ordonnèrent le dynamitage de la maison du 5 savaient parfaitement que l'exemple de courage et d'intrépidité de Ali la Pointe faisait tache d'huile parmi les jeunes Algériens. En agissant ainsi, ils croyaient pouvoir dissuader des émules possibles. Ils se trompaient évidemment car Alger ne baisserait pas les bras.
Après ce forfait, il ne restait plus grand monde pour envisager une éventuelle relance de la Z. A. A. Il y avait Ramel, Si Mourad, moi-même neutralisé, à présent, Ali et ses compagnons, l'hémorragie se poursuivait à un rythme effroyable. Ce fut au tour de Attalah Boualem, dit Abaza, qui revenait du maquis de Grande Kabylie, où il fut blessé, de tomber dans le piège.

La grande saignée

Abaza était un pionnier de la Z. A. A. Il dirigeait avec Benchérif Omar (surnommé El Kahouadji), un des groupes armés les plus craints de la capitale. Il faisait partie des précurseurs qui ont pour noms Arbadji Abderrahmane, Ali la Pointe, Hamadi Omar, Salah Bouhara, Rouibi Ahmed, Ladour, Abdelkader Chichoua, Aïdoune Amar, Bechkirou, Amalfi Mustapha, Louni Arezki et beaucoup, beaucoup, d'autres.  Abaza était un homme rompu à la guerre urbaine. Son retour m'avait comblé d'aise.
J'étais alors en liberté et Ramel venait de tomber. Ramel disparu, je confiai aussitôt la direction des groupes armés, ce qu'il en restait du moins, à Guendriche dont le travail de sape était soigneusement tenu secret. Par conséquent à son retour du maquis, Boualem reçut en charge la zone III de la Z. A. A. En fait, je l'avais envoyé, sans le savoir, dans la gueule du loup. J'en avais fait une victime inévitable de Guendriche qui, après la mort de Ramel, avait été nommé par mes soins en qualité de responsable militaire de la Z. A. A.
Impatient de se mettre au travail, Boualem Abaza envisageait, comme l'aurait fait chacun d'entre nous, de restructurer sa nouvelle zone, de l'organiser et de passer ensuite à l'action.
D'autres anciens compagnons devaient le rejoindre sous peu à Alger. Il s'agissait de Khelifa Boukhalfa, de Chicha Ahmed et de Saïdani Moh S'ghir dit Zoudj Aïoun qui s'étaient repliés vers le maquis de la Wilaya III chez le colonel Amirouche pendant la grève des 8 jours. Il n'allait malheureusement pas avoir le temps d'entreprendre quoi que ce soit. Le 25 septembre 1957, le lendemain de mon arrestation, il tombait à son tour dans un traquenard, ourdi, bien entendu, par Guendriche. Voici comment : après des « contacts » de routine avec son « responsable » (Guendriche), Abaza est invité par ce dernier à le rencontrer pour coordonner leur action de relance. Rendez-vous est fixé et la rencontre projetée, doit avoir lieu au plateau Saulière : rue Auber à Alger. Boualem Abaza arrive à l'heure à son rendez-vous, déguisé en postier. Judas n'est pas encore-là. Boualem doit attendre, mais avant toute chose, il se met aussitôt à observer le paysage alentour Constat ? Rien d'insolite ! Rien en effet de visible ni de prévisible.
En fait, le quartier tout entier était cerné, truffé d'agents prêts à intervenir. De toute évidence, on en voulait à sa peau ! L'ennemi le savait prompt à réagir dangereusement. Etait-il armé ? Comment le savoir ? En simulant une bousculade, pour servir d'appât, on choisit un policier en civil, musulman de préférence, qui, par inadvertance vous bouscule, tombe en s'accrochant à vous pour vous palper le corps aux endroits où vous êtes censé porter une arme.
Il y eut déclic dans la tête de Abaza et bien entendu, sa réaction ne se fit pas attendre. D'un coup de poing fulgurant en plein visage, il envoya le policier rouler par terre.

Abaza, Benhmida et les autres

Son geste accompli, Boualem constata qu'il venait de tomber dans un piège. Sa réaction ayant aussitôt déclenché le dispositif de sécurité, il tenta de s'enfuir, courut mais en vain ! Cerné de toutes parts, il dégaina son arme pour se frayer un chemin ; un tireur le blessa à la main. Il fut arrêté-là où Judas-Guendriche lui avait fixé rendez-vous. Ce ne serait pas le dernier, le piège allait se refermer sur un autre de nos cadres dirigeants : Abderrahmane Benhmida. Benhmida était responsable politique pour le Grand Alger au cours de la seconde bataille. Voici comment, selon moi, il se fit prendre : après mon arrestation, alors qu'il se trouvait dans l'ignorance totale de la félonie de Judas, le responsable politique, qu'il était, prit l'initiative de contacter Hacène Guendriche lequel, après mon arrestation, était à ses yeux le responsable militaire de la Z. A.  A. Il décida de prendre contact ne serait-ce que pour coordonner les actions à entreprendre, des projections à échanger pour voir comment relancer le combat. Abderrahmane Benhmida dit Salim, (c'était son nom de guerre) s'étant souvenu d'une boîte aux lettres de secours, boîte que j'avais, dans ma bonne foi signalé à Guendriche, établit alors une liaison avec le traître, suivie d'un échange de correspondances, l'ombre de Chabannes planant sur la main de Guendriche pour lui faire écrire des lignes aussi séduisantes que perfides.
En fait, le même procédé qui m'avait abusé lui fut appliqué et, comble d'ironie, il marcha ! Voici comment : Salim ne se sentant pas en sécurité dans le refuge où à ce moment-là , il demanda à Guendriche de l'aider à en trouver un autre. Etrangement, il obtint immédiatement satisfaction. Guendriche lui fixa rendez-vous au tournant Rovigo, à la lisière de la Casbah, où il devait être attendu par une jeune fille brune à l'intérieur d'une voiture de marque Citroën 11 chevaux de couleur noire. Confiant, Salim fut ponctuel. Le véhicule était-là . Il ouvrit la portière de la « onze » et s'installa près du chauffeur qui le conduisit tout droit à  la caserne d’Orléans toute proche (caserne Ali Khodja actuellement), sous la menace d'un revolver pointé dans son dos par un homme installé sur la banquette arrière près de la jeune fille brune : l'appât de Hacène Guendriche !
Y. S.

(à suivre)


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