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Forum de la mémoire, Hommage à Hocine Aït Ahmed : L’homme qui aimait l’Algérie par-dessus tout

«La position sociale et culturelle d’Aït Ahmed a construit l’homme qu’il est devenu.»

PUBLIE LE : 19-12-2019 | 0:00
PH: Wafa

Le Forum de la mémoire d’El Moudjahid, en coordination avec l’association Machaâl Echahid, a rendu hommage, hier, à l’une  des figures les plus emblématiques et les plus respectées du peuple algérien, M. Hocine Aït Ahmed, décédé le 23 décembre 2015 à Lausanne, à l’âge de 89 ans.

Pour commémorer le 4e anniversaire de la disparition de cet homme de sagesse, de bravoure et de convictions, deux historiens, en l’occurrence MM. Djamel Yahiaoui et Mohamed-Arezki Ferrad, se sont attelés à analyser l’itinéraire nationaliste de  ce grand homme, à travers l’étude des références culturelles et politiques des Mémoires d’un combattant, de Hocine Aït Ahmed. 
Dans ce livre « témoin »,  le chef historique nous livre ses souvenirs, ses réflexions et ses analyses, qui ont fait dire à M. Djamel Yahiaoui qu’ «on ne peut se contenter  de lire ces mémoires, on s’y informe, on découvre des faits historiques  inexplorés et les noms d’une multitude de militants peu connus que le jeune Hocine Aït Ahmed a côtoyés durant la période couverte par le livre, 1942-1952».
M. Yahiaoui considère que ces mémoires reflètent la grandeur d’un militant et homme de culture, éternel chercheur du savoir, passionné de lecture et de poésie populaire qui maîtrisait six langues. Des mémoires qui indiquent son attachement inconditionnel à sa patrie, à laquelle ni les souffrances, ni les malentendus, ni même un exil de plus de 23 ans n’en ont affecté l’amour. S’inspirant du livre de Hocine Aït Ahmed, l’invité du forum évoquera sa vision du militantisme et du travail politique, rappellera les souvenirs de l’homme concernant les événements du 8 Mai 1945 et des détails qui ont mené vers ces manifestations, le rôle joué par les femmes pour les organiser, évoqué la naissance du mouvement syndical, parlé de sa famille, de ses parents, de la mort de sa sœur et de son jeune frère, de son attachement aux  habitants de Belcourt, de son départ vers l’Egypte, de sa conception de la cause amazighe. Toujours s’inspirant des mémoires du défunt, M. Yahiaoui revient sur l’enfance et le parcours de Aït Ahmed.
Né le 20 août 1926 en Haute Kabylie (Aïn El-Hammam) et issu d’une grande famille maraboutique, celle de Cheikh Mohand-Oulhoucine, Aït-Ahmed commence ses études à l’école coranique, avant de connaître l’école française où il fera de brillantes études. C’est au lycée de Ben-Aknoun, en 1943, qu’il adhère au Parti du Peuple Algérien (PPA - indépendantiste) où militent également d’autres élèves, parmi lesquels Laïmeche Ali et Aït-Amrane Idir. 
En 1945, il n’a que 19 ans.  Il se préparait à l’examen du baccalauréat, mais les massacres du 8 Mai 1945 lui font comprendre que ce qui a été pris par la force doit être repris par la force.  Ce génocide va faire basculer sa vie. Une semaine après, il figure parmi les volontaires qui veulent rejoindre le maquis pour entamer une action armée. En 1947, il déclarait : « Nous obtiendrons l’indépendance par le sang, s’il le faut.» Il entre en conflit avec Messali Hadj, et crée avec d’autres militants l’Organisation Spéciale (OS).  Il sera l’adjoint de Mohamed Belouizdad, puis en 1949, il prendra les commandes de l’OS, après la mort de ce dernier. En 1952, il est représentant du FLN au Caire lorsqu’éclate, le 1er novembre 1954, l’insurrection armée. En avril 1955, il dirige la délégation du FLN à la Conférence afro-asiatique de Bandung, puis à la session de l’ONU (septembre 1955). En avril 1956, il ouvre le bureau du FLN de New York. Arrêté en octobre 1956 lors du détournement de l’avion des « Chefs du FLN », il sera interné jusqu’en 1962.

«La position sociale et culturelle  d’Aït Ahmed a construit l’homme  qu’il est devenu.»

 La dimension culturelle des Mémoires de Aït Ahmed a été évoquée par l’historien et chercheur M. Mohamed-Arezki Ferrad, qui dira que la position sociale et culturelle de Ait Ahmed l’a construit. « Elevé dans un islam du mysticisme soufi qui appelle à la sensibilité personnelle, Hocine Aït Ahmed ne pouvait qu’être un grand humaniste profondément sensible et dévoué à son pays », dira le conférencier, qui précisera qu’Aït Ahmed voit le jour dans une famille bénie. «Elle est à la fois kabyle (amazighe) et marabout, très attachée à l’islam et à la langue arabe. Ce sont ces contexte et culture-là qui ont fait d’Aït Ahmed un Algérien au sens large du terme», dira M. Ferrad, qui rappellera qu’encore enfant, il compose des poèmes, en kabyle et en français, à la gloire de l’identité algérienne et contre la colonisation française.
M. Aït Ahmed, outre le combattant et héros de la Guerre de Libération nationale, était un homme épris d'art et de lettres. «Il faut dire qu'il avait hérité de ses aïeux l'amour de la liberté, l'amour de son pays, la persévérance dans le combat, mais aussi l'art du verbe. Il est le petit-fils du célèbre Cheikh Mohand-Oulhoucine, savant religieux et homme de culture, mais surtout dont la poésie est également empreinte du thème de la résistance et du courage », dira M. Ferrad.
 A travers ses Mémoires, on comprend que  Hocine Aït Ahmed était un homme qui a toujours aimé l'art kabyle en général et la poésie en particulier.
 Il était farouchement attaché à la préservation de ce patrimoine, «la lutte pour la liberté serait devenue insignifiante, si l'homme, une fois ses chaînes brisées, décidait de tourner le dos à son identité», avait-il dit. 
Pour sa part, le docteur Said Chibane, qui a eu à connaître cette personnalité hors du commun dans les années 40, est revenu sur cette décision de rejoindre les maquis, en réaction aux massacres du 8 Mai 1945. Il se rappelle encore du serment qu’ils avaient prêté ce jour-là, et qui a accompagné toute la vie de Hocine Aït Ahmed.
Le Dr Chibane  dira qu’«il y a deux choses qu’il faut tirer au clair au sujet d’Aït Ahmed».
La première, est l’idée selon laquelle Aït Ahmed n’aimait pas la langue amazighe: «Si Aït Ahmed avait relégué la question de tamazight, contrairement à certains leaders (kabyles) qui mettaient cela en avant à chaque fois, il l’avait fait pour faire avancer la cause algérienne.» Le docteur se rappelle qu’une fois, Aït Ahmed lui avait dit que «si on s’attachait à la question de tamazight et on mettait celle-là en avant, la Révolution algérienne va perdre l’appui des pays arabes et la sympathie de beaucoup de pays amis, justement des pays arabes».
La seconde chose que le docteur ophtalmologue a fait savoir, hier, est le fait que «si l’Algérie avait évité la guérilla et la confrontation entre les régions après l’indépendance, c’est grâce à Aït Ahmed qui avait convaincu les dirigeants de l’armée de la Wilaya III historique d’abandonner l’idée de l’insoumission de cette région, et d’opter plutôt pour le combat politique sous le parti du FFS».
Farida Larbi

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