vendredi 05 juin 2020 20:58:41

Reportage : Mystique et fascinant Sahara

L’Algérie, plus vaste pays du continent africain, renferme un réseau de parcs culturels couvrant une superficie de 1.042.527 km2, soit près de 44% du territoire national.

PUBLIE LE : 12-12-2019 | 0:00
D.R

De notre envoyée spéciale :  Kafia Ait Allouache

L’Algérie, plus vaste pays du continent africain, renferme un réseau de parcs culturels couvrant une superficie de 1.042.527 km2, soit près de 44% du territoire national. Des parcs culturels, reconnus comme étant des territoires d’exception à l’échelle internationale, offrent une combinaison harmonieuse entre nature-culture et un mode de gouvernance et de gestion qui leur permettent de préserver et de valoriser les richesses écoculturelles qu’ils recèlent.

Traversé par le tropique du Cancer à 80 km au nord de Tamanrasset, le Hoggar (du tamashek «Ahaggar») couvre une superficie d'environ 540.000 km2, soit le quart de la superficie totale de l'Algérie. À l’est de Tamanrasset s’élève la plate-forme de l’Atakor, paysage hallucinant où les champs de lave tiennent une grande place, sur laquelle les volcans démantelés font des saillies affleurant les 3.000 m. L'altitude y est partout supérieure à 2.000 m.  
Tamanrasset, ou «Tam», est la capitale incontestée du Hoggar. Cette ville relativement jeune profite du climat relativement tempéré que procure l’altitude, à près de 1.400 mètres. Les maisons rouges et originales, le panorama magnifique font de cette cité un endroit particulièrement attachant. Le père de Foucault y laissa d’ailleurs une trace indélébile avec son Bordj, près du musée d’arts traditionnels, riche de pièces d’artisanat magnifiques : bijoux, habits, armes et même serrurerie. Il disait : «La vue est plus belle qu'on ne peut le dire ou l'imaginer... Rien ne peut donner une idée de la forêt de pics et d'aiguilles rocheuses qu'on a à ses pieds. C'est une merveille.»
À 1.500 km d’Alger, le changement est radical. Exit le clapotis des vagues et les brumes matinales qui nappaient la baie. Tout ici est extrait du minéral, de la fusion de la roche et du magma. Notre virée sur les lieux, dans le cadre de l’atelier de gestion collaborative dans le parc culturel de l’Ahaggar, nous a permis de découvrir ce paysage féerique. Le Tassili N’Ajjer constitue l’un des joyeux sur lequel le temps a déposé sa patine. Il recèle l’empreinte des civilisations qui ont défilé par là, il y a de cela des milliers d’années. Des milliers de peintures rupestres témoignent de cette vie passée dans l’ombre chaude des monolithes, dans le dédale des roches basaltiques, comme il nous l’a expliqué le directeur national du projet des parcs culturels, Monsieur Saleh Amokrane.  
La direction du projet national du parc culturel de l’Ahaggar, les responsables du parc, le PNUD ainsi que les directions de plusieurs secteurs travaillent d’arrache-pied et en étroite collaboration pour la préservation de ce patrimoine inestimable, un musée à ciel ouvert. La préservation de la biodiversité et la promotion de l’écotourisme peuvent être une source de développement de l’économie nationale, palliant ainsi au secteur des hydrocarbures.    
À vrai dire, être coupé du monde pendant toute une journée, à 80 km et plus de quatre heure de piste au sud de Tamanrasset, notre groupe, composé des représentants des différents ministères (Environnement, Tourisme, Culture, Formation professionnelle…), des représentant du PNUD en Algérie, des chercheurs et l’équipe rigoureuse et infatigable du projet national des parcs culturels, a su profiter du climat et a fait de très belles découvertes.  
Bien que la route n’était pas facile à bord du 4x4, notre chauffeur et guide, Mustapha, essayait de nous distraire en nous racontant des légendes, des blagues et des petites anecdotes sur la région. Le rythme musical du groupe «Tinariwen», qui nous accompagnait, nous a permis d’oublier cette longue distance dans une ambiance extraordinaire. «Tinariwen est un groupe de musiciens, originaire de Tassilit, au nord du Mali», nous explique Mustapha, en ajoutant que leur musique «assouf», qui signifie en tamacheq «la solitude et la nostalgie», fait la synthèse entre le blues, le rock et la musique traditionnelle touarègue.
De ce paysage épuré, quelques pans de végétation jaillissent comme par enchantement. Des buissons épineux et des plantes herbacées poussent, ça et là, dans le lit d’oueds asséchés. Des acacias et de beaux tamaris ombragent les rues.

Imposant et mystifiant parc témoignage de l’identité nationale

On a du mal à détacher son regard des paysages. La région de Aghechoum, à plus de 30 km de la ville de Tamanrasset, plus précisément le poste de garde de Tagmart Fougani,   était notre première destination qui nous a plongé dans une autre dimension. C’est l’entrée du parc, comme il nous a été expliqué par le directeur du projet, Saleh Amokrane.
Il faut bien dire que la diversité culturelle et  la biodiversité que renferme le Parc national culturel de l’Ahaggar constituent des facteurs de consolidation de l’appartenance territoriale et de l’identité nationale, nous a-t-on souligné.
«Les composantes de cette diversité, qui revêt une importance particulière de l’office, constituent un riche legs matériel et immatériel de grande importance pour ce parc vaste de plus de 633.000 km2», a estimé un chercheur qui se donne à cœur joie dans les explications.

Pour M. Amokrane, le projet de préservation de la biodiversité d’intérêt mondial et l’utilisation durable des services écosystémiques dans les parcs culturels en Algérie constituent un important projet dans la mesure où ils contribueront à la valorisation des acquis culturels et biologiques existants dans ce vaste territoire et constituant un des solides facteurs de raffermissement des liens entre l’homme et la terre.
Ce dernier a, entre autres, mis en relief l’importance de ce projet pour le renforcement des potentialités nationales dans la gestion et l’utilisation durable de la biodiversité, la lutte contre la dégradation du sol et la désertification, à travers la mise en place d’un système de suivi assuré par une brigade mobile composée de cadres des parcs culturels et des secteurs en rapport avec la biodiversité.

La plus importante galerie d’art rupestre préhistorique au monde

Le parc culturel de Tassili n’Ajjer est localisé au sud-est de l’Algérie et s’étend sur une superficie de 138.000 km. Il est décrit comme la plus importante galerie d’art rupestre préhistorique au monde. Il offre une diversité naturelle et culturelle déconcertante, avec des richesses contenant des paysages lunaires, une faune ancestrale et une flore exceptionnelle, des sites archéologiques millénaires, un savoir et savoir-faire ancestraux ancrés dans la mémoire collective des populations locales.
Ces richesses reflètent pleinement la valeur exceptionnelle et universelle du site porté sur la liste du Patrimoine mondial mixte depuis 1982. Il offre une importante opportunité pour le développement d’un écotourisme basé sur le respect de la nature et la culture locale. Ainsi, le circuit que nous avons suivi a été spécialement conçu pour les personnes qui ne connaissent pas le Hoggar mystique. Il permet la découverte de paysages les plus typiques de cette région. En effet, et selon certains gardiens que nous avons abordés, les visiteurs qui viennent au parc «en tombent amoureux et se sentent émerveillés dès le premier regard. Ils ont de la peine à détourner les yeux de cette vue admirable, dont la beauté et l’impression d’infini rapprochent tant du créateur. Quel bonheur de vivre ces instants magiques !

Besoin de solitude

Le parc de l’Ahaggar accueille des milliers de touristes par an, dont la moitié est constituée d’Algériens. Les touristes algériens ou étrangers éprouvent un besoin de solitude et de recueillement, c’est pour cela qu’ils viennent ici précisément pendant cette période de l’année. Selon le directeur du parc, monsieur Amerzagh Hamoud, «les visiteurs affirment toujours que notre pays possède un potentiel patrimonial inégalable qu’il faut découvrir». «Il nous disent toujours à la fin de leurs séjours que nous avons l’un des plus beaux déserts du monde. Les paysages sont multiples et aucune région ne ressemble à l’autre.
Il est important pour nous de connaitre notre pays avant d’aller ailleurs».  Les voyageurs qui s’y sont aventurés n’ont qu’une envie : «y retourner», témoigne, M. Hamoud. Le Sud algérien est une pure merveille, et pour faire partager cette émotion, la direction du projet national du parc de l’Ahaggar, en partenariat avec le PNUD et d’autres secteurs, a invité un groupe de journalistes à une escapade à Tamanrasset qui se sont imprégnés durant tout le séjour de ces lieux qui intriguent et attirent. Le thé nous attend partout, à toute heure. On oublie les problèmes de connexion à internet, de faible débit, et de couverture de réseau. Certains s’amusent néanmoins à chercher le «réseau» ou l’ombre d’une BTS ; d’autres utilisent leurs appareils photo numériques pour engranger des souvenirs de ce voyage.

La traversée du désert

Après notre arrivée dans la région de Tarhanant où nous avons eu l’occasion de planter quelques arbres dans la cour de l’école primaire Ahmedak-El-Bakri, grâce à la contribution de l’équipe de la DGF qui s’est chargée de nous fournir des outils nécessaires et des plantes, ainsi que la distribution de bonbons aux écoliers, on s’est dirigés vers le village. C’est l’endroit préféré des visiteurs. Il se trouve à plus de 80 kilomètres de Tamanrasset.  Nous avons été accueillis par la famille de Sakina Ayoub, une jeune femme qui a défié la dureté du désert pour laisser son empreinte dans l’histoire à l’échelle nationale et même internationale. Elle a été d’une aide précieuse au projet national du parc culturel de l’Ahaggar. Ayant un grand amour pour son lieu de naissance, et, à titre amateur, elle prenait son appareil-photo et photographiait toutes les espèces rares de la nature, que, peut-être, les équipes spécialisées auraient pu rater mais répertoriées grace à ses photos.  À vrai dire, nous étions installés comme des rois. Les femmes de ce petit village ne comptent que sur elles-mêmes pour assurer une vie descente aux membres de leurs familles. Elles ont reçu cependant des aides de la représentante du PNUD en Algérie, M. Blerta Aliko : des sacs en cuir, des matières premières pour la conception de produits artisanaux et des vêtements. Il semble bien que cette matière est inhérente à la société touarègue qui a su tirer profit des ressources naturelles dont la transformation d’habits dénote un savoir-faire ingénieux. L’habitat de ces familles sahariennes se présente sous un autre type d’architecture, différent de celui dont on s’est habitués, en l’occurrence des tentes. Ce sont des maisonnettes avec de grandes cours, dont la forme et l’aspect dépendent principalement de la nature des terrains et des composantes socioculturelles. Le travail des habitants est concentré sur l’agriculture et l’artisanat.

Une gastronomie issue  de la nature  

Lors de notre visite, nous avons eu l’occasion de goûter à la gastronomie targuie. Les repas sont à base de dattes, de fromage et de  «taguella» (pain traditionnel cuit dans le sable). Le déjeuner est généralement un repas froid, composé de salade à base de légumes frais locaux, pâtes, riz, thon et fruits. Le dîner se compose de plats chauds : soupe, viande, légumes, couscous et fruits. Le thé est un véritable rituel d’accueil et de détente ; on en boit pas un seul verre... mais trois.  Le premier thé est fort, juste des feuilles infusées. Un verre est rempli, puis versé et reversé dans les autres verres. Tout l’art réside dans la manière de verser le thé, en créant une cascade de liquide s’étirant parfois jusqu’à un mètre pour en couper l’amertume et en favoriser la mousse. Puis on remet l’eau de la théière à chauffer en ajoutant de la menthe et du sucre ; le troisième suit le même processus, ainsi, la teneur en théine est de plus en plus faible. Tamanrasset nous a donné le goût de l’aventure et nous a ouvert l’appétit d’aller à la conquête du Grand Sud : une mosaïque de peuples et de cultures. Il faut se présenter sans préjugés particuliers avec simplement le désir de rencontrer des hommes, des femmes et des enfants... aux sourires doux comme l’aurore et des beautés rayonnantes comme le soleil.
 Ceux qui en rêvent, ce sont ceux qui y sont déjà allés ou qui ont le désir secret de le faire. Ceux qui y vivaient traditionnellement, ce sont les Touaregs, un peuple nomade qui est à l'origine du mythe contemporain du désert dans l'imaginaire occidental. Gardiens des traditions, ils ont le plaisir à accueillir tous ceux qui partagent l'amour du désert. Ce désert est un témoin précieux du passé de la terre, de son histoire, de celle des hommes.
Ce site lui est consacré. Les initiatives semblables à celle de la direction du projet national du parc culturel de l’Ahaggar sont à encourager et à multiplier pour réinstaurer le tourisme dans ce beau pays riche et féerique qu’est l’Algérie.
K. A. A.

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M. Amerzagh Hamoud, directeur du parc national de l’Ahaggar :
«faible affluence touristique»

le directeur du parc national de l'Ahaggar nous révèle que l’affluence des touristes enregistre ces dernières années une «carence» bien qu'il y a eu  une évolution en matière d'infrastructures pour répondre aux attentes des visiteurs.  «il y a beaucoup de projets d’investissement en hôtellerie, en camping... en structures de base, notamment le transport, la restauration et les différents services surtout l’activité artisanale qui est très importante et directement attachée au secteur du tourisme. Il est vrai que cet  artisanat a était frappé de plein fouet en l’absence du tourisme étranger, mais cela viendra avec les nationaux», a-t-il indiqué. Par ailleurs, il a souligné que la conservation et la préservation du patrimoine écoculturel de la région est l’une des priorités de l’office national du parc culturel de l’Ahaggar, précisant qu’un «capital important» a été accordé au projet national des parcs culturels, par le biais d’un travail de développement et de sensibilisation permanent qui se fait en collaboration avec les acteurs du parc et les populations locales pour préserver ce lègue patrimonial immatériel et matériel inestimable.         
K. A. A.                                    
 

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