Constantine : La victoire du peuple

Intervenues dans un contexte particulier, les manifestations du 11 décembre 1960 ont constitué un camouflet sévère pour la politique française, marquée par une recrudescence de la répression, car elles ont non seulement signifié l’entrée en scène d’un « acteur nouveau, le peuple », selon les termes du sociologue Daho Djerbal, mais également démontré, et de manière irréfutable, l’adhésion de la population des villes au combat pour l’indépendance.
PUBLIE LE : 11-12-2019 | 0:00


Intervenues dans un contexte particulier, les manifestations du 11 décembre 1960 ont constitué un camouflet sévère pour la politique française, marquée par une recrudescence de la répression, car elles ont non seulement signifié l’entrée en scène d’un « acteur nouveau, le peuple », selon les termes du sociologue Daho Djerbal, mais également démontré, et de manière irréfutable, l’adhésion de la population des villes au combat pour l’indépendance. Dans une contribution à la revue Naqd  (hors-série 2 de février 2010), l’historien Mohammed Harbi fait un état des lieux précis de la lutte armée au tournant de la décennie 50 : « Le FLN sortait alors d’une grave crise dont l’enjeu était le pouvoir sur l’armée. La mise en place d’un État-major de l’ALN a ouvert la voie à une remise en ordre des troupes cantonnées aux frontières .» La morosité n’est pas loin de s’installer, et « les sceptiques puisent dans l’actualité de quoi nourrir […] leurs doutes », et pour cause : « Il y eut, tout d’abord, le 24 janvier 1960, l’insurrection des activistes européens contre la politique d’autodétermination, épreuve qui bénéficia de la mansuétude du commandement militaire colonial. Suivit l’échec des négociations de Melun entre les émissaires du GPRA et les représentants du gouvernement français (25-29 juin 1960). Il y eut surtout la rencontre secrète entre le général de Gaulle et les chefs de la wilaya IV en vue d’un cessez-le-feu (1960), ignorée jusqu’à sa tenue par la direction du FLN ». Au milieu de cette confusion, les imposantes marches qui commencent le 9 décembre prennent quasiment tout le monde au dépourvu, et rappellent que « les mouvements plébéiens que l’Algérie a expérimentés en mai 1945 se [sont donnés] des porte-parole issus d’en bas et non des chefs », explique Harbi.« Les temps étaient passés où l’intervention populaire pouvait être attribuée à des individus isolés ou à une poignée d’agitateurs.
L’initiative était partout et les militants qui appartenaient au FLN ou à d’autres partis clandestins (messalistes, communistes, etc.) ne formaient pas un corps extérieur à la grande masse ».Des prolongements des évènements en France, l’historien dit :« Le fossé entre partisans des négociations et adeptes de “l’Algérie française” s’élargit. On passe à la lutte ouverte. Les esprits avertis poussent à une solution rapide pour prévenir toute radicalisation de la révolution comme ce fut le cas à Cuba ». Dans l’opinion nationale, « la transformation des attitudes bénéficie au FLN et le consacre comme interlocuteur de la France. Toutes les bonnes intentions dont fait montre le pouvoir colonial se heurtent à la volonté d’indépendance. Le développement, la scolarisation, la politique de logement et tous les autres témoignages de bonne volonté sont mis au crédit de la résistance armée, ruinant par là même toute possibilité de troisième voie ». Ainsi, conclut Harbi, c’est la plèbe qui, «plus qu’aucune autre force sociale, […] a fourni au mouvement national les troupes qui l’ont mené à la victoire sur le colonialisme ». Qualifiées de véritable référendum populaire pour l’indépendance, les manifestations de décembre 1960 ont affirmé l’adhésion de l’ensemble des Algériens à la volonté d’affranchissement du joug colonial, et porté la voix de tout un peuple devant l’opinion internationale, accélérant de manière indéniable le recouvrement de la souveraineté nationale.
Issam Boulksibat
 


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