samedi 18 janvier 2020 14:21:05

Tribunal de Sidi M’hamed : La corruption dévoilée

Saïd Bouteflika m’a dépêché pour récupérer 700 milliards de centimes

PUBLIE LE : 08-12-2019 | 0:00
Ph. : A. Asselah

Coup de théâtre, hier, au tribunal de Sidi M’Hamed. Saïd Bouteflika — ex-conseiller du président sortant Abdelaziz Bouteflika, en détention au tribunal militaire de Blida — a été présenté devant le pôle judiciaire spécialisé en tant que témoin dans le procès de corruption dans la filière montage automobile.

La décision a été prise, à la demande du parquet lors de la reprise de l’audience à 14h 30mn, suite aux déclarations de l’homme d’affaires Ali Haddad. Ce dernier avait révélé, lors de son audition dans la matinée, que Saïd Bouteflika l’a chargé de coordonner la campagne électorale de son frère candidat et de récupérer l'argent destiné au financement de la campagne.
L’audience a été ainsi levée, en attendant le transfert de Saïd Bouteflika de la prison militaire de Blida. Pour rappel, il a été condamné a 15 ans de prison pour «atteinte à l'autorité de l'armée» et «complot contre l'autorité de l'État». Ce n’est qu’à 17h 22 mn, que le témoin arrive, sous haute surveillance.
17h 24mn : arrivée des accusés à la salle d’audience, quelques minutes avant l’entrée du président de l’audience et le procureur de la République. La salle est archicomble. Le juge demande aux avocats non constitués de quitter la salle pour le bon déroulement du procès.
17h 33mn : Saïd Bouteflika entre dans la salle sous l’escorte des éléments de la police judiciaire. Difficile de le voir. Sur l’écran géant, c’est un homme vêtu d’une veste bleue marine matelassée qui apparaît.
Le juge a tenu, en premier lieu, à confirmer son identité. Sans se rapprocher du micro, il répond avec une petite voix. Le juge lui explique qu’il est présenté suite aux déclarations de Haddad. Saïd Bouteflika hoche la tête. Le juge intervient : «Pas de réponse ?», et le témoin répond «Oui» en hochant toujours la tête. Le représentant du ministère public tient à lui poser les questions, tout en précisant : «Vous êtes libre de répondre ou pas». Saïd Bouteflika se contente d’un mouvement de tête pour signifier son refus.  Le procureur lui fait remarquer qu’il n’a pas encore posé de questions. Le témoin maintient sa position. A ce moment, le président de l’audience demande au greffier d’enregistrer le fait. Le représentant du ministère public a tenté par la suite de convoquer Ali Haddad à la barre mais le juge lui répond que ce n’est pas possible». Saïd Bouteflika quitte la salle sous grande escorte.
L’homme d’affaires Ali Haddad, patron de l’ETRHB, a fait des révélations fracassantes lors de son audition au 3e jour du procès. L’ancien président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), poursuivi pour blanchiment d’argent et participation au financement occulte de la campagne électorale, a avancé un chiffre qui varie entre 700 et 800 milliards de centimes dédié au financement de la campagne électorale du président sortant, Abdelaziz Bouteflika. Néanmoins, lors de son audition il a parlé de la récupération de 12 milliards de DA.

Saïd Bouteflika m’a dépêché pour récupérer 700 milliards de centimes

A la barre, il a déclaré que le 25 janvier 2019, Saïd Bouteflika (ex-conseiller à la Présidence et frère de l’ancien président) l’a appelé au téléphone pour l’informer de la campagne électorale et lui demander de l’aider. «J’ai dit que j’étais partant à la barakat Allah, et il m’a informé que Sellal est le directeur de campagne, Amara Benyounès, directeur de la communication, Chaïb directeur des finances et Yahiaoui chargé de la jeunesse. Le 6 février, j’ai rencontré Saïd au siège de la permanence à Hydra où il m’a informé du lancement imminent de la campagne». Haddad est interrompu par le président de l’audience. «Vous voulez des détails ou des réponses directes ?», déclare Haddad. «Des réponses directes», lui répond le juge. Haddad poursuit ses réponses. «Je vais vous dire ce qui s’est passé exactement. Le 6 mars, Saïd m’appelle pour me dire qu’il y a des sommes colossales au siège de la direction de campagne à Hydra et insiste pour que je procède à la récupération de l’argent. Monsieur le président, vous savez que Saïd était au courant de beaucoup de choses…», dit-il. Il est tout de suite rappelé à l’ordre par le juge : «Je suis magistrat. Ici, je ne connais rien». Haddad se ressaisit : «Saïd m’a dit qu’on parle à l’extérieur de 700 à 800 milliards de centimes au siège et que, par mesure de sécurité, il fallait les récupérer et m’a demandé de conserver cet argent au siège de mon entreprise. Saïd me faisait confiance». Interrogé par le juge sur l’origine de cet argent, Haddad a répondu : «Je ne suis pas chargé du trésor». Haddad a saisi l’occasion pour revenir sur la déclaration de l’homme d’affaires, Ahmed Mazouz, lors de son audition de jeudi dernier. «Lui, c’est un cas. Je reconnais que je déjeunais avec Mohamed Baïri quand il l’a appelé avant de nous rejoindre. Nous avons pris des cafés et il m’a remis un chèque de 39 milliards de centimes pour le financement de la campagne», souligne-t-il. Appelé à son tour à la barre, Chaïb Hamoud, âgé de 90 ans, poursuivi pour les mêmes délits, a confirmé l’existence de deux comptes bancaires au CPA dédiés à la campagne. Des comptes ouverts au nom du directeur de campagne, Abdelmalek Sellal, et par la suite de Abdelghani Zaâlane. «J’avais une délégation de signature bancaire. J’ai procédé au retrait d’une somme de 19 milliards de centimes à la demande de Haddad en trois étapes, 12 milliards, 5 milliards et 2,5 milliards de centimes. J’ai remis l’argent, à chaque fois, à Hadj Saïd», a-t-il répondu au tribunal, affirmant que le montant global du financement de la campagne a été estimée à 750 millions de dinars.
Malek Hadj Saïd, directeur de cabinet à l’ETRHB, a déclaré qu’il a remis l’argent à son tour à Ali Haddad. Ce dernier intervient : «J’ai une remarque. Je n’ai pas demandé à Chaïb de retirer l’argent. C’est important Monsieur le président, le retrait n’a pas été fait à ma demande». Lors de la confrontation, Chaïb a maintenu ses déclarations : «C’est Haddad qui m’a demandé le retrait de l’amana (argent)», a-t-il dit. Haddad a également nié avoir pris connaissance du montant des deux comptes bancaires. «Juste pour le retrait des 12 milliards de centimes, il est important de préciser que Saïd (Bouteflika) m’a demandé de payer les dépenses de la location du siège de la campagne estimée à 58 millions de DA et de 7 millions de DA pour l’ameublement des bureaux». Pour l’argent entreposé dans le coffre-fort, Haddad a indiqué qu’il était en détention et qu’il a chargé ses avocats de procéder à la récupération de l’argent, car il y avait un chèque impayé de 4 millions de DA, tout en rappelant qu’il a déboursé 25,2 millions de DA pour le siège de Hydra, 18 millions de DA pour le siège situé au Ravin de la Femme sauvage et 15 millions de DA pour le siège de la jeunesse à Sidi Yahia. «La somme totale dans le coffre était de 126 milliards de centimes. Chaïb était au courant et Saïd Bouteflika aussi. J’ai tous les documents mais, malheureusement, ils sont en possession de mes avocats», soutient-il. Haddad a nié avoir été informé d’un déficit financier de 6 milliards de centimes. «Mais je ne peux accuser personne», dit-il. Il a également nié avoir désigné Chaïb au niveau de la direction de campagne, ni d’être chargé de la collecte de l’argent pour le financement de la campagne électorale.  Interrogé sur le chèque remis par Arbaoui, en contrepartie de la levée de difficultés pour le fonctionnement de son usine à Larbaâ, Haddad a répliqué : «Je le dis et je le répète, je n’étais pas au courant de ses difficultés. Je l’ai su lors de l’instruction judiciaire. Ecoutez Monsieur En-Naib…». Le procureur intervient : «Je suis procureur de la République pas député au Parlement». Haddad s’excuse et poursuit ses réponses : «Quant aux 20 véhicules octroyés par Arbaoui, ils étaient destinés au groupe Média Temps et jamais à la campagne électorale. Le marché n’a pas été conclu». Arbaoui, appelé à la barre, a confirmé les déclarations de l’ex-président du FCE.
Neïla Benrahal

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Le collectif d’avocats maintient le boycott

Le collectif des avocats de la défense a décidé de maintenir le boycott des audiences. Dans un communiqué signé, hier, par le bâtonnier du barreau de Blida , Me Abdelaziz Mejdoub , le collectif a tenu à expliquer sa décision soutenant qu’elle «s’inscrit dans le souci d’un procès équitabl ».
N. B.
 

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