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SOS Village Draria : Un modèle unique en son genre

Passer une journée au SOS Village Algérie fait chaud au cœur et donne l’espoir de voir des centaines d’enfants, trahis par la vie, finir, un jour, par prendre leur destin en main, pour aller vers un avenir meilleur où le pessimisme n’a pas de place.

PUBLIE LE : 07-12-2019 | 23:00
D.R

Réalisé par : Samia D.

Passer une journée au SOS Village Algérie fait chaud au cœur et donne l’espoir de voir des centaines d’enfants, trahis par la vie, finir, un jour, par prendre leur destin en main, pour aller vers un avenir meilleur où le pessimisme n’a pas de place.  

26 novembre 2019.  Une belle journée, pour  une saison d’automne. Le soleil et les douces températures donnaient des ailes à tout le monde, à SOS village Algérie, situé à Draria. Les enfants pensionnaires, ainsi que le personnel administratif étaient gorgés d’un dynamisme sans égal et d’un enthousiasme communicatif, voire contagieux. C’est clair,  dans l’enceinte du centre, tout annonçait un démarrage sur les chapeaux de roues pour le programme de la journée. Il était à peine 10h, lorsqu’on est arrivé sur les lieux. Première impression : les conditions climatiques, soutenues par une motivation excessive et déferlante pour faire du bien, ont eu un effet très positif sur l’humeur et l’ambiance qui régnaient à l’intérieur du village ou plutôt la grande maison familiale qui ouvre ses portes à ces enfants, sans exception aucune. Ici, toutes les conditions sont réunies pour l’épanouissement des enfants et leur insertion sociale, considérés, tous les deux, d’ailleurs, comme étant le souci majeur des responsables, des mères et des tantes du village, aussi qui veillent, chacun de son côté, au grain, pour que  les mômes ne manquent de rien, pas seulement sur le plan matériel, mais également affectif et psychologique. Les deux étant indissociables. Sur cette question, les encadreurs sont intransigeants, farouches même. Le droit à l’erreur n’est pas permis. Pour ce faire, on n’hésite point à mettre le paquet pour réaliser cet objectif. Au niveau de cet établissement, dédié aux enfants en détresse, c’est beaucoup plus qu’une histoire de gîte et de couvert, mais plutôt de stabilité,  de sécurité, bref d’une vraie vie de famille qu’ils n’ont pas pu avoir, dehors, qu’on leur garantit. Sur le site, on ne fait point de distinguo pour cultiver les notions du partage, portées par tout le staff encadreur, composé, aujourd’hui, de 41 éléments, dont 19 mères et tantes adoptives, et 4 pédagogues, tous à cheval sur ce principe. Lors de notre visite au village, il était un peu plus de 10 heures, et les enfants étaient, pour la plupart, à l’école ou à la crèche.
 
L’école :  le chemin le plus court  vers l’autonomie

S’affirmer ou tout simplement aller vers l’autonomie commence par le droit au savoir et à l’éducation. C’est la devise des gestionnaires du village, né au lendemain du séisme d’El-Asnam, en 1992, pour être reconnu, par la suite, en 2005, après un avenant à la convention initiale, signée avec le ministère de l’Emploi et de la Solidarité nationale qui reconnaît ce modèle d’accueil et de prise en charge, de type familial, à long terme, et la profession de mère SOS. Aujourd’hui, le village, c’est un fait, s’attelle à  lutter contre l’assistanat et au système de prise en charge institutionnelle qui s’avèrent révolus comme modèles. Et ceci, nous l’avons relevé lors de notre visite de maisons familiales qui perpétuent cette idée s’appuyant sur un noyau de mères  adoptives qui gèrent leurs foyers comme le font les véritables mères,  et mieux encore. La réponse vient de ces mêmes enfants,  qui n’ont pas trouvé plus expressifs, plus directs que les magnifiques tableaux qu’ils avaient peints ayant pour thèmes soleil, verdure et bambins qui s’amusent, pour refléter leur enthousiasme et leur optimisme, tournés vers l’avenir.  Ces artistes en herbe ont laissé les couleurs s’exprimer et elles étaient sans doute les meilleurs ambassadeurs. «Notre rôle, dit le directeur du village, M. Gérard Aïssa Ruot, est de donner une famille aux enfants en difficulté, de prendre soin d’eux et de les protéger, et nous faisons tout pour accomplir cette mission.» 

Les enfants entre de bonnes mains

Les pensionnaires du village sont entre de bonnes mains. Une organisation impeccable et sans faille, constatée de visu, sur les lieux, ne  peut que confirmer le bon fonctionnement, la réussite, aussi, de l’expérience  SOS villages Algérie, à travers le seul centre, construit en Algérie, implanté  Draria. Il faut rappeler, qu’en 2005, une convention a été signée entre l’État algérien, représenté par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité nationale, et l’organisation Kinderdorf SOS Villages. C’était un grand pas, en termes de  prise en charge des  enfants privés de famille, pas seulement pour l’Algérie, mais pour tous les pays du monde. Sur ce point, M. Gérard Aïssa Ruot est catégorique : «L’État algérien, qui avait, à l’époque, reconnu le modèle SOS Villages,  destiné aux enfants sans protection parentale, était très en avance  sur les Nations unies, qui n’adopteront une résolution à même de garantir le droit à la protection pour enfants orphelins ou privés de famille, qu’en novembre 2019», relève-t-il. Le même responsable se félicite de cette décision qui n’est que justice envers cette population, soulignant que l’organisation internationale SOS Villages est  actuellement membre consultatif de la commission des droits des enfants à l’ONU. Le franc succès du projet, à vrai dire, est confirmé par la tendance, de plus en plus, au développement de ce type de structures dans de nombreux pays, à en juger par l’Allemagne qui compte 15 villages, 40 pour l’Inde et 16 pour le Vietnam. En Afrique, il existe 140 centres, dont  5  en Tunisie et autant au Maroc. Au Moyen-Orient, plus exactement au Liban, on trouvera 4 villages et en Palestine 2, pour ne citer que ces pays. Aujourd’hui, selon le premier responsable de SOS Village de Draria, ces expériences sont toutes couronnées de succès, d’autant plus que ce type de maux est pris en charge par la société civile elle-même, à travers des organisations et des mouvements associatifs, qui ont prouvé, d’ailleurs, leur efficacité sur le terrain. SOS Villages Algérie ne peut que s’enorgueillir de ces efforts, déployés pour multiplier le nombre des parrains  sachant que  20% du budget de fonctionnement, depuis 2016, est couvert par des donateurs locaux. Le reste est assuré par Kinderdorf International. Il ne reçoit aucune subvention de l’État algérien, puisque considéré comme organisation étrangère, y compris après la révision de la loi sur les associations en 2012 et l’engagement d’une procédure en bonne et due forme pour la régularisation de la situation du centre, qui  n’a pas abouti à ce jour, où cette décision aurait  pu avoir un impact certain sur la révision à la hausse du nombre d’enfants accueillis, sachant qu’au 29 octobre de l’année en cours, 326 placement ont été effectués sur ordonnance de juges de mineurs, 51 par le biais de la Direction de l’action sociale et 45 autres via une réquisition de la sûreté de wilaya, ce qui explique le recours, très souvent, à l’option d’autonomie financière qui s’est imposée comme mode d’emploi pour veiller sur les 117 enfants vivant en institution ou encore les 350 dans le cadre du Programme du renforcement de la famille, pour la création d’ateliers de tissage, pour réhabiliter un métier en voie de disparition ou encore réintroduire de l’élevage de chèvres , ainsi que l’apiculture, ce qui permettra à des femmes divorcées ou veuves de garder leurs enfants, au niveau d’Alger,  de Tizi Ouzou, de Naciria et de Corso, où sont lancés, depuis 2005, ces programmes, pour la première, en 2008, et en 2011, pour les deux autres.
Le nombre de familles bénéficiaires du même programme  s’élève à 103, dont 33 à Alger et 27 à Corso. Il la faut rappeler que  ces  chiffres sont fournis par le financier du village, M. Nour Eddine Chirab, qui nous apprend que depuis la création du village, pas  moins de 549 enfants sont pris en charge par la structure. Il précise aussi que la dernière admission remonte au 1er décembre de l’année en cours. Elle est composée d’une fratrie de deux filles et un garçon,  sur décision du juge des mineurs du tribunal de Baïnem.  
Notre passage au village a coïncidé avec l’arrivée sur les lieux de  la représentante des pâtes alimentaires «Sosémie», affairée à   faire descendre des cartons de denrées de son véhicule, qui ne fait que confirmer la présence de l’esprit de solidarité chez les Algériens.    

Personne parmi nous n’a les yeux bridés

En fait, il n’y a pas que les bienfaiteurs qui sont  nationaux, mais également tout le personnel du village, à commencer par le directeur et représentant en Algérie SOS Villages d’Enfants International,  le chargé de la collecte des fonds, les mères et tantes, en passant par  l’agent de sécurité. M. Ruot,  avec une note d’humour,  apporte une précision à cette question : «Personne  parmi nous n’a les yeux bridés. Vous le constatez-bien.» Avant de poursuivre que  la signature par le juge du tribunal de Bir Mourad Raïs, de sa demande de citoyenneté algérienne, en 1999, était sans surprise, pour lui, puisqu’elle n’était que confirmation de son algériannité. «Le document qui m’a été remis était, pour moi, un détail sans plus,  puisque je me sentais déjà algérien d’esprit», dit-il. L’accueil chaleureux du directeur du village, par les bambins, vu  avec une casquette plutôt de père, est là pour confirmer l’étroite relation entre les enfants et les membres de la grande famille. Il aura suffi de quelques heures dans le village de Draria, qui s’étend sur pas moins de 38.000 m2,  pour se rendre à l’évidence que le centre, considéré,  à l’origine, comme étant un modèle étranger, a fini par s’intégrer,   avec sa gestion et son cachet surtout qui s’inspirent des valeurs et des traditions algériennes. L’empreinte «algérienne» est présente un peu partout ; dans l’éducation des enfants, la célébration des   fêtes religieuses et, bien entendu, les fêtes de mariage, organisées au profit des  enfants du village, convolés en justes noces, et même la décoration des 15 maisons familiales.  
 
Chaleur familiale et dévouement pour l’épanouissement des enfants

Être mère biologique est un destin. Mais c’est certainement beaucoup plus pour une mère SOS qui va jusqu’à en faire un choix.  Il s’agit d’une conviction, d’autant plus qu’une bonne partie parmi- elles avaient toutes la possibilité d’accéder à des postes de travail en rapport avec leur bagage intellectuel. En effet, nous avons rencontré des mères et des tantes adoptives universitaires qui avaient tout simplement renoncé à leur vieux rêve d’être journalistes, juristes ou autres, parlant avec émotion de leur relation avec leurs enfants. C’est le cas de Hafsa qui a rejoint le village, il y a 9 ans.  Elle a 9 enfants, dont une fratrie composée de deux filles et d’un garçon.   Diplômée de l’ITFC, promotion 2005, spécialité «audiovisuel», après cinq ans de chômage, elle va opter pour ce choix, encouragée par sa cousine qui était, avant qu’elle n’arrive, au village, leur mère.  Pour Hafsa, c’était un emploi provisoire, mais, avec le temps, elle a fini par s’attacher, jour après jour, aux enfants. L’aînée, «Ound», est aujourd’hui secrétaire dans un centre de formation professionnelle à Draria, après voir échoué aux épreuves du BEM. Karim est au lycée, alors que Zaki, Fateh et Wahid sont inscrits dans des écoles privées, à Draria et à Dély Ibrahim. «Lorsque de nouvelles  écoles privées démarrent, elles nous offrent des places pédagogiques pour nos enfants», souligne-t-elle.  Et d’enchaîner : «Nous sommes une vraie famille, on fête les anniversaires des enfants, les fêtes religieuses, les circoncisions et les mariages ; nous révisons les cours avec les enfants, nous reportons même nos  récupérations pendant la période des examens des enfants.» Fatiha, une autre mère adoptive, rencontrée sur le site, a pour sa part 7 enfants, dont l’aînée s’appelle Ahlam,  âgée de 14 ans, alors que le plus petit,  âgé de 3 ans, s’appelle Bayazid. Fatiha nous dit qu’elle fait ses courses chaque dimanche. Au même titre que toutes les mères SOS, elle reçoit un budget, en fonction des besoins de chaque famille et la disponibilité des produits en stock, en nature, assurés par des  bienfaiteurs. Fatiha, faut-il le préciser, est suppléée par Nadia, qui fait partie, aussi, de la famille, avec un statut de tante. Elle est licenciée en droit, depuis 2010. La jeune fille, qui vient de la ville des Genêts, ne cache point sa passion pour ce qu’elle fait. «J’ai travaillé dans l’administration, plus exactement dans une bibliothèque, pendant près de trois ans, j’ai fait des formations en informatique, d’initiation au secourisme, mais ce que je fais actuellement me plaît beaucoup. Ma voisine, qui était au village, en est pour beaucoup dans mon choix», explique-t-elle. Le dévouement de Hafsa,  de Fatiha, de Nadia et des autres se lit sur leur visage, leurs petits gestes d’affection, lorsqu’elles sont à table avec les enfants, quand elles  plaisantent ou encore accompagnent les bambins pour aller, tous les jours, à l’école. Elles parlent avec fierté de ceux qui ont brillé dans leurs études ou encore dans d’autres domaines, comme toutes les mamans algériennes.
En d’autres termes, les enfants ont tout ici, pour être heureux et ils se sentent surtout libres comme le vent.  Ils  font les courses pour leur mère,  pratiquent leur sport favori, discutent avec les voisins  du quartier et ont même des professeurs externes et internes pour leurs cours de soutien. «C’est un milieu ouvert qui prépare l’enfant à son intégration dans la société», comme le note Mme Yousfi Malika, superviseur du village.
Avec moins de moyens,  tant sur le plan  du personnel que des  finances par rapport aux orphelinats qui existent, chez-nous, on ne peut que saluer  tout le staff, mobilisé H24 pour la bonne cause. Il suffit de comparer le ratio enfant personnel au niveau du village,  situé autour de  0,27 agent pour chaque enfant, contre 3,10 dans l’une des pouponnières où le nombre des  enfants accueillis, par la même institution, est insignifiant par rapport à celui du village de Draria. C’est dire tout l’intérêt de revoir l’organisation et le fonctionnement des structures, dédiées à la protection de l’enfance.
         
S. D.

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