vendredi 13 dcembre 2019 15:50:29

Hommage à Frantz Fanon au forum de la mémoire : le révolutionnaire en blouse blanche

«C’était l’homme le plus remarquable du XXe siècle», a dit Simone de Beauvoir, en parlant de Frantz Fanon.

PUBLIE LE : 04-12-2019 | 0:00
Ph : Louiza M.

«C’était l’homme le plus remarquable du XXe siècle», a dit Simone de Beauvoir, en parlant de Frantz Fanon. Le 58e anniversaire  de la mort de ce militant amoureux de l’Algérie offre l’occasion de célébrer le parcours intellectuel et l’engagement de ce psychiatre d’origine antillaise, fervent défenseur de l’indépendance algérienne.

L’auteur de Peau noire, masques blancs et Les Damnés de la terre laisse une pensée efficiente sur l’entreprise coloniale et ses effets dans les esprits.
Le Forum de la Mémoire d’El Moudjahid, a consacré, hier, un hommage à ce militant intellectuel né martiniquais le 20 juillet 1925 et mort algérien le 6 décembre 1961.
L’auteur et chercheur en histoire, Amar Belkhodja, a mis en relief nombre de facettes de la personnalité de Frantz Fanon. «Il était, à la fois, intellectuel, révolutionnaire engagé, penseur, théoricien, psychiatre, psychologue, philosophe, sociologue, journaliste, humaniste et homme politique». L’invité du forum insistera sur l’engagement de ce militant intellectuel qui avait épousé la cause algérienne, adhéré à sa révolution et s’était fait son porte-voix à travers le monde. Le conférencier nous rappellera que Frantz Fanon, mobilisé pour rallier les forces françaises, connaîtra l’Algérie pour la première fois en 1944, dans la région de Béjaia.
Une fois installé en Algérie en 1953, le psychiatre sera confronté à  la réalité des Algériens. A l’hôpital de Blida, dans cet univers psychiatrique singulier, il découvre l’ampleur des dégâts psychologiques de la colonisation à travers les patients qu’il examine.
Pour Fanon, la cause est entendue. Quand survint le 1er Novembre 1954, il n’hésite pas à rejoindre le FLN. A l’insu de l’administration, il soigne des combattants de la wilaya IV. L’Algérie s’est attaché cet intellectuel de grand talent en lui confiant la direction du journal El Moudjahid, seul organe de presse à l’époque et dont les écrits en faveur de l’indépendance ont enflammé toute une jeunesse prête à se battre contre le colonialisme. Travailleur infatigable, Fanon redouble d’activité au sein de l’organisation clandestine.  Il fait connaissance avec ses plus grands leaders et il est chargé d’étendre la flamme révolutionnaire partout en Afrique. Il sera, avec M’Hamed Yazid, un des meilleurs propagandistes de la cause algérienne. En 1958, il est délégué par le FLN pour représenter son pays, l’Algérie, en plein combat. 
 
Un penseur humaniste et engagé

M. Belkhodja affirme que ce psychiatre et essayiste qui a consacré sa vie dans le militantisme pour l’émancipation des peuples colonisés, a choisi l’Algérie comme terre de lutte mais aussi et surtout comme patrie. «Il s’est battu pour l’Algérie aux côtés de ses frères de continent et d’humanité, les Algériens. En même temps, il s’est battu pour l’Afrique et pour l’émancipation de l’humanité toute entière. Fanon meurt précocement à l’âge de 36 ans avant l’indépendance de l’Algérie».
Son testament, fait rappeler le conférencier, «c’est d’être enterré dans sa patrie de choix et d’adoption : l’Algérie. En fait, Fanon avait deux rêves : l’indépendance de l’Algérie et l’union de tous les Africains». Evoquant ensuite la production intellectuelle de Fanon, M. Amar Belkhodja citera notamment les ouvrages : « Peau noire, masque blanc, L’an V de la révolution, Les damnés de la terre, Pour la révolution africaine. Aussi, parmi les travaux scientifiques de Fanon, figurent notamment de nombreux articles publiés dans Les anales médico-psychologiques (1953), La revue pratique de psychologie de la vie sociale et l’hygiène mentale (1956), La Tunisie médicale (1958 et 1959), Conscience maghrébine 1955, l’information psychiatrique (1955) et Le Maroc médical (1957). S’attardant sur le côté humaniste du Dr Fanon, M. Belkhodja relève que le docteur était «effaré et scandalisé par la véritable nature du colonialisme français en Algérie. Si bien que lorsqu'il prit ses fonctions au sein de l'hôpital psychiatrique de Blida, il entrepris d'y introduire de nouvelles méthodes thérapeutiques et de bannir définitivement l'usage moyenâgeux des chaînes pour maîtriser les patients» qui précisera que Frantz Fanon veillait à traiter ses patients avec tout l'humanisme qui le caractérisait, et a mis en place des salles de prière pour les pratiquants et a recouru aux services de l'artiste Abderrahmane Aziz, conscient de la portée de la dimension artistique dans la prise en charge psychiatrique des pensionnaires de l'hôpital. Le moudjahid et responsable a l’ONM, Salah Laouir nous racontera comment la dépouille de Frantz Fanon a été rapatriée des frontières tunisienne à la ville d’El Kala pour y être enterré puisque le défunt a émis le vœu d’être enterré en terre algérienne. L’intervenant raconte que «le cercueil était recouvert du drapeau national.
Le cortège funèbre traverse tous les villages tunisiens jusqu’à la frontière où le cercueil est confié à une section de l’ALN, escorté par un autre groupe armés. Après la traversée des djebels et forêts, la procession arrive un cimetière de chouhada exactement dans la localité à Ain El Karma, dans la wilaya d’El Tarf.

«Il faut exhumer les actions de tous les intellectuels étrangers ayant soutenu la cause  nationale.»

Lors de la conférence hommage, tout les intervenants ont soutenu que le parcours de cette personnalité devrait être mis en valeur mais pas seulement. M. Belkhodja citera a l’occasion les noms de certains intellectuels français ayant opté de prendre partie pour la cause nationale. Il nous rappelle la prise de position des chrétiens tant catholiques que protestants devant le cas de conscience français posé par la guerre en Algérie et qui a amené beaucoup d’entre eux à opter ouvertement pour un engagement aux côtés du FLN.
L’historien citera entre autres, Boris Vian qui a déserté et rejoint Tunis pour se mettre au service du FLN, Joseph Claude Sixou, qui a créé avec Gaïd Ahmed la section locale du Front algérien pour la défense et le respect des libertés en 1951, Eveline La Velette , collaboratrice directe de Abane Ramdane qui a participé a la fabrication et diffusion du premier numéro d’El Moudjahid, Elyette Loup, Lisette Vincent, Henri Maillot, l’Abbé Berenguer  et des centaines d’autres intellectuels français qui avaient exprimé leur opposition ouverte contre la torture, contre la misère et contre la poursuite de la guerre, et qui avait fortement marqué le mouvement d’opposition à la guerre d’Algérie et influencé toute une génération de jeunes de l’époque. Pour ces militants, M. Belkhodja interpelle les chercheurs, historiens mais aussi le ministère des Moudjahidines à mettre en place une commission pour «exhumer toutes les actions de soutien de ces intellectuels et rendre hommage a leur résistance a la guerre».
Farida Larbi
 

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