vendredi 13 dcembre 2019 15:37:41

Golfe : Le temps de la réconciliation ?

En rompant leurs relations avec le Qatar, les monarchies du Golfe ont-elles commis une erreur stratégique ? Nullement affecté par son isolement dans la région, Doha a su se redéployer pour assurer sa survie économique, et surtout maintenir son aura politique et diplomatique, comme son rôle dans le processus de paix inter-afghans.

PUBLIE LE : 02-12-2019 | 0:00
D.R

En rompant leurs relations avec le Qatar, les monarchies du Golfe ont-elles commis une erreur stratégique ? Nullement affecté par son isolement dans la région, Doha a su se redéployer pour assurer sa survie économique, et surtout maintenir son aura politique et diplomatique, comme son rôle dans le processus de paix inter-afghans.

Malgré le blocus, le Qatar a su aussi tracer sa propre voie. Sur le plan régional, le Qatar a pu également nouer des relations privilégiées avec le géant turc. Ces liens entre les deux capitales se sont consolidés depuis que l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn et l'Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques en juin 2017 avec Doha. Ces quatre pays ont accusé ce pays de soutenir les mouvements islamistes —ce que nie l'intéressé— et de vouloir se rapprocher de l'Iran, ennemi juré de Ryadh. Un rapprochement qui embarrasse les alliés d’hier. D’autant que, courant semaine dernière, M. Erdogan, et lors d’une visite à Doha, avait procédé à la signature de plusieurs accords ainsi qu’à la visite d’une base militaire turque où quelque 5.000 hommes sont stationnés. La fermeture de cette base fait partie des 13 conditions formulées par les adversaires de Doha pour mettre un terme à son isolement, sachant que les relations entre Ankara et Ryadh se sont dégradées depuis le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. Cependant, la visite du chef de l'Etat turc intervient sur fond d'espoir d'une détente dans la région. La semaine dernière, un article de Bloomberg citait un responsable saoudien affirmant que le Qatar «prenait des mesures pour résoudre les tensions», une déclaration reprise par Gulf News, basé à Dubaï. La « menace » iranienne dans la région a poussé Ryadh à donner une chance à la diplomatie de rayonner dans un contexte tendu, à travers la médiation du Koweït dans ce conflit du Golfe. « Il semble y avoir une prise de conscience », soulignent certains observateurs, mais tardive pour certains. Dans la capitale saoudienne, on affirme que la fracture que s’inflige le CCG est contre-productive et que le Golfe est plus puissant uni que divisé, d’autant plus que le royaume a du mal à trouver de véritables investisseurs étrangers suite à l’affaire Khashoggi. Doha devrait générer un excédent important cette année, malgré le blocus, et pourrait, potentiellement, apporter un soutien financier et une confiance à l’économie en difficulté du royaume. Jusqu’à présent, les discussions informelles entre l’Arabie saoudite et le Qatar n’ont pas véritablement avancé. Néanmoins, Doha voit le potentiel d’une réconciliation avec l’Arabie saoudite, qui verrait très probablement également une réconciliation avec Bahreïn, mais le fossé avec Abou Dhabi semble trop large pour être comblé à ce stade. Au-delà des griefs des uns et des autres, le pragmatisme politique réussira-t-il à faire table rase des rancœurs ataviques et ralentir une course effrénée vers un leadership dénué de sens dans une région minée de toute part.
M. T.

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