jeudi 05 dcembre 2019 17:07:47

Abdelmadjid Attar, expert en énergie : « C’est la rente qui est en danger »

Avec les faibles réserves d’hydrocarbures actuelles, la priorité devra être accordée à la satisfaction de la demande intérieure, et ne plus tabler sur l’exportation.

PUBLIE LE : 18-11-2019 | 0:00
D.R

Avec les faibles réserves d’hydrocarbures actuelles, la priorité devra être accordée à la satisfaction de la demande intérieure, et ne plus tabler sur l’exportation. C’est le constat auquel a abouti, hier, Abdelmadjid Attar, ancien PDG de Sonatrach, lors de son passage, hier, à l’émission «L’Invité de la rédaction», de la Chaîne III, de la radio nationale.

Affirmant que c’est la «rente» qui est, aujourd'hui, en danger, l’expert dit que le plus important consiste, de nos jours, à diversifier les différents types d’énergie, pour pouvoir se libérer des seules recettes générées par les hydrocarbures. Mais «il ne faudrait pas, d’après lui, s’attendre à d’importants gisements d’hydrocarbures, et ce n’est pas en édictant une loi qu’on va en découvrir plus». Sentencieux, il écarte toute possibilité de voir de nouveaux Hassi-Messaoud, Hassi-R’mel et Berkine.
Sur les éventuels gisements énergétiques que pourraient recéler les zones off-shore, M. Attar mitige les espérances affichées jusque-là, et souligne qu’il y a «très peu de chances d’en découvrir». Quant aux propos de responsables assurant qu’il reste encore 70% du territoire encore inexplorée, M. Attar apporte un démenti cinglant et indique que ces derniers «racontent des histoires». Évaluant, d’autre part, les quantités «probables et possibles» de gaz conventionnel encore inexploitées, l’invité les estime à environ 4.000 à 4.200 milliards de mètres cubes.
Pour ce qui concerne les ressources pétrolières, il met en avant des quantités de 1,5 milliards de tonnes. Rappelons que l’expert, sollicité sur la promulgation d’une nouvelle loi sur les hydrocarbures, affirmait que ce n’est pas «une urgence». S’il qualifie le document de bon dans l’ensemble et permettrait notamment à Sonatrach de développer les petits gisements découverts, ces dernières années, il relevait toutefois que les retombées attendues de l’application de la loi, en termes d’augmentation de production et de recettes, «ne seraient palpables que dans cinq ans», tout au mieux. Au lieu de la promulgation d’une loi sur les hydrocarbures, l’expert avance l’idée d’un débat plus général sur la question énergétique, incluant le modèle de consommation, le programme des énergies renouvelables et de transition énergétique. «La loi est bonne, mais elle ne répond pas aux problèmes du pays et aux grands défis de l’heure, sur les plans pétrolier, gazier et financier. Il n’y a donc pas d’urgence.»  Dans une de ses récentes déclarations, M. Attar affirmait qu’«il n'y a pas encore de politique énergétique en Algérie, mais seulement des politiques sectorielles, parfois tout juste des programmes sectoriels répétitifs d'année en année. Le Conseil national de l'énergie lui-même ne s'est réuni qu'une seule fois il y a plus de 20 ans». Évoquant la chute continue des réserves de l’Algérie en gaz et en brut, l’ancien patron de Sonatrach affirme que la production se réduit depuis 2008. «L’Algérie, explique-t-il, va être confrontée à de grandes difficultés à partir de 2022. La rente gazière et pétrolière va s’effondrer d’une manière drastique et rapide si nous continuons à suivre la même politique, même si, pour dire vrai, nous n’avons pas de politique énergétique. À partir de 2030-2035, nous serons obligés de ne plus exporter le gaz naturel pour continuer à produire l’électricité. Vers 2030, la production du gaz sera consommée localement à 100%. Nous serons forcés d’importer le gaz naturel à partir de 2040», estime-t-il.
Fouad Irnatene
 

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