samedi 04 avril 2020 03:56:59

Achour Djelloul, PDG du groupe SERPORT : « Ouverture prochaine d’une école de management portuaire »

Dans cet entretien, qu’il nous a accordé avec une grande courtoisie, M. Achour Djelloul a tenté de répondre à certaines questions d’actualité.

PUBLIE LE : 22-10-2019 | 1:00
Ph. Louiza

Dans cet entretien, qu’il nous a accordé avec une grande courtoisie, M. Achour Djelloul a tenté de répondre à certaines questions d’actualité. Il estime que pour améliorer l’efficience dans la gestion des activités portuaires, il est nécessaire d’investir davantage dans les infrastructures, les ressources humaines et les nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Entretien réalisé par Makhlouf Aït Ziane

Pouvez-vous nous décrire brièvement le Groupe SERPORT ainsi que son activité ?
Le groupe SERPORT a été créé suite à la transformation des Sociétés de gestion des participations d’Etat (SGP) en groupe économiques. Ce dernier à notamment pour objectif d’assurer l’animation, le développement et la synergie entre les filiales. Le portefeuille de notre groupe est composé de dix entreprises portuaires chargées de l’exploitation des ports entre autres Bejaia, Alger, Annaba, Arzew, etc.. Ces dernières assurent plusieurs activités à savoir, la manutention, l’acconage, le remorquage. En plus de ces dites entreprises en activité, il y a une 11e qui est chargée du nouveau projet de port de Cherchell. Il y a également quatre sociétés de logistique et la société de Béthioua, port minéralier et la société de gestion des ports de pêche.

Comment évaluez-vous la gestion et l’activité portuaire ?
Aujourd’hui, malgré la crise économique l’activité portuaire demeure toujours stable. Depuis pratiquement en ce début 2019 on a enregistré une hausse de volume des activités des ports. En 2018, le volume des activités enregistrées au niveau de l’ensemble des entreprises portuaires s’élève à 120 millions de tonnes, dont 43,5 millions de tonnes hors hydrocarbures. Les exportations hors hydrocarbures ont enregistré une évolution très significative de l’ordre de 40% passant de 8 millions de tonnes, en 2017, à 11,4 millions de tonnes en 2018. Cette hausse est due principalement à l’accompagnement des pouvoirs publics pour la promotion des exportations accordées par les ports (réduction de 50M, franchise de 10 jours sur les frais d’entreprises d’entreposage et de magasinage, mise en place d’un couloir vert, mise en place des zones d’exportations avec prises électriques pour les conteneurs frigorifiques. SERPORT a mis en place un plan d’action pour accompagner et encourager les exportations hors hydrocarbures. En sus des mesures de facilitations citées supra, notre groupe a mis également en place un programme d’investissement dédié aux exportations du clinker. Le volume projeté des exportations du clinker par les producteurs nationaux pour l’exercice 2020 est évalué à 6,7 millions de tonnes, ce volume est appelé à augmenter de manière exponentielle pour atteindre les 20 millions de tonnes/an. Ces volumes nécessitent des moyens de chargement moderne sur de grands navires d’une capacité allant de 40.000 à 60.000 tonnes. Afin de fluidifier la chaîne logistique dans le processus de l’export de ces produits et par conséquent garantir leur compétitivité à l’export, notre groupe en collaboration avec les producteurs nationaux a décidé ce qui suit : Equiper les ports ciblés d’Annaba, Djen-Djen, Oran et Skikda de Shiploader moderne (chargeurs de navire) d’une capacité de chargement allant de 1.200 à 1.500 tonnes/heure. Ces shiploaders répondent aux normes liées au respect de l’environnement. Construire des zones de stockages couvertes qui ferons office de zones tampons pour la préparation des chargements des navires.

Quels sont les projets réalisés ou en cours de réalisation ?
Afin d’améliorer l’efficience dans la gestion des activités portuaires, le Groupe Serport a arrêté une stratégie qui se décline sur quatre axes. Il s’agit de l’investissement dans les infrastructures et superstructures, dans les ressources humaines et dans les équipements de manutention et de servitude ainsi que dans les nouvelles technologies. Un programme de développement ambitieux a été prévu au niveau des entreprises portuaires afin d’augmenter l’efficacité et les capacités des ports algériens. S’agissant des équipements de manutention, il est important de préciser que durant les cinq dernières années, les ports ont été dotés d’équipement de manutention moderne qui garantissent un rendement portuaire appréciable. Concernant, les équipements de servitude, une opération d’acquisition de 10 remorqueurs au profit de sept ports, a été réalisée en 2018. Cette nouvelle flotte de remorqueurs qui répond aux normes internationales en matière de prestation de remorqueurs est dotée des moyens de propulsion des plus modernes à savoir, des moteurs principaux répondant aux spécifications modernes, propulsion adéquate pour une navigabilité azimut dimensionnée pour tout type de navire (commerce et hydrocarbures). Le développement des infrastructures, la forte conteneurisation des marchandises qu’a connu le transport maritime, implique une adaptation profonde dans l’organisation des ports. Afin de répondre à cette nouvelle donne, trois projets de réalisation et d’extension des Terminaux à Conteneurs sont en cours de réalisation : Alger d’une capacité d’un million d’EVP, Oran d’une capacité d’un million d’EVP et Djen-Djen d’une capacité de 2 millions d’EVP. Pour encourager et promouvoir les exportations hors hydrocarbures, deux projets ont été inscrits à cet effet, à savoir celui de la construction d’un terminal minéralier pour l’importation de la matière première et l’exportation de produits finis au niveau de port d’Arzew et la réalisation d’un terminal minéralier pour l’exportation du phosphate au port de Annaba. D’autres projets d’extension des capacités des ports sont en cours de réalisation à l’instar du quai 25 au niveau du port de Bejaia qui est en cours de finalisation, ainsi que l’appontement minéralier au port de Djen-Djen. Un programme également ambitieux d’investissement a été arrêté pour le développement des activités de pêche et de la plaisance. Il s’agit entre autres, de rationalisation des capacités existantes à travers le lancement des études, l’augmentation des capacités actuelles par l’installation d’appontement d’accostage, l’installation d’avitaillement des embarcations en carburant et lubrifiant, l’entreposage des bateaux et station d’hivernage. Sur le plan de gestion et exploitation, une séparation de l’activité de la pêche de plaisance est envisagée, cette démarche sera concrétisée à travers leur spécialisation.

Et le trafic des passagers ?
En plus du traitement des marchandises, les ports ont comme vocation le trafic des passagers, durant les 8 premiers mois de 2019, le nombre de passagers enregistré dans les six gares maritimes a atteint 558.645 passagers. Ce trafic est traité principalement par les ports d’Alger 44%, Oran 29% Mostaganem 14%. Le groupe Serport a consenti des investissements pour améliorer les conditions d’accueil des passagers, c’est dans ce registre que des nouvelles gares maritimes ont été réalisées à l’instar de la gare maritime d’Alger achevée en 2018 avec une capacité d’un million de passagers et 500.000 véhicules, la gare maritime de Bejaia achevée en 2018, celle-ci a une capacité d’un million de passagers et 500.000 véhicules. S’agissant, des activités de plaisance, à Bejaia, à Alger, à Oran on a accueilli des navires de croisière. Ceci dit qu’il y a des activités en dehors des activités saisonnières que nous devons assurer. Ces croisières, il faut le préciser constituent, une opportunité idoine, pour promouvoir notre destination entre autres, les vestiges historiques nationaux. En termes de rentabilité, je pense qu’il y a la rentabilité directe et indirecte.

Comment comptez-vous accompagner l’exploitation de ces investissements ?
On va les accompagner par tous les moyens nécessaires. C'est-à-dire qu’on va intervenir dans le hard et puis dans le soft. Ces investissements ne peuvent à eux seuls atteindre l’objectif recherché, une véritable transformation technologique doit accompagner l’exploitation de ces investissements à savoir, la mise en place d’un système d’information portuaire intégré efficace adossé à un Port Community System (PCS), qui permettra la dématérialisation des procédures et une connexion en temps réel entre les différents intervenants dans les opérations portuaires (port, service des douanes, contrôle aux frontières, amateurs transitaire…). Cette transformation technologique doit être menée par une ressource humaine qualifiée, c’est pour cette raison que le groupe Serport s’est engagé dans la création d’une école de management portuaire.

À quelle date l’école sera-t-elle mise en service ?
L’ouverture de celle-ci est prévue pour la fin de mois de mars 2020. Elle constitue l’une des priorités de notre groupe. D’ailleurs nous avons déployé tous les moyens nécessaires pour l’aboutissement de ce projet. L’aménagement de la bâtisse qui devra abriter cette école est achevé depuis juillet 2019. Sur le plan pédagogique, notre groupe est en cours de mettre en place un conseil. Ce dernier composé de professionnel des métiers portuaires et logistique et des enseignements dans le domaine. Il aura pour mission l’élaboration du programme de formation ainsi que des engagements des pourparlers avec des écoles spécialisées de renom, afin de concrétiser des partenariats dans le domaine de la formation portuaire.

La logistique répond-elle aux normes internationales ?
Actuellement, il existe un indice pour mesurer la performance de la logistique (LPI) développé par la Banque mondiale (échelle de 1 à 5), cet indice est un outil de comparaison entre pays et permet d’identifier les domaines d’amélioration de leur performance. La performance de la logistique en Algérie, bien qu’en amélioration entre 2007 et 2016, a connu un recul en 2018 avec un score de 2,45 sur 5. La logistique portuaire est un élément déterminant dans le développement du pays vu que 90% de nos échanges passent par les ports. En effet, l’efficacité de la logistique au niveau d’une place portuaire, dépend de l’efficacité de chaque intervenant dans les opérations portuaires, les services des douanes, etc. À ce titre, beaucoup d’efforts ont été consentis ces dernières années par chaque intervenant. En plus de cela nous avons développé des plateformes logistique extra-portuaire, pour pallier à la contrainte de l’exiguïté des espaces à l’intérieur des ports. Je site à titre d’exemple, la plateforme de Tixter qui assure la logistique et le transport intermodal (port, camion, train) entre le port de Bejaia et la zone industrielle de BBA. Quant aux obstacles soulevés par certaines chefs d’entreprises, il y a des problèmes qui sont, sans nul doute réels. À titre d’exemple quand on veut exporter vers les pays africains, la logistique n’est pas assurée de façon optimale, mais, il y a des choses qui sont prises en charge par les ports. La plateforme de Tixter, qui joue un rôle significatif à l’import, peut également jouer un rôle important dans le domine de l’export, mais pour assurer ce rôle, il y a des étapes qui doivent être mises en place, avec la douane notamment pour les autorisations.

Où on en est dans le projet de digitalisation des ports ?
Il y a un projet très important pour lequel nous nous sommes engagés à le réaliser le plus tôt possible. Il s’agit de la digitalisation du secteur à travers la mise en place d’une base de données (guichet unique portuaire électronique). Ce dernier va fédérer toute la chaîne logistique des ports et les segments qui interviennent dans nos activités. Il permettra également de dématérialiser les procédures et une meilleure coordination et planification d’opérations portuaire et par conséquent améliorer la performance. En principe le projet est déjà en cours, le décret qui doit régir et organiser les activités sera signé prochainement. Il a été examiné il y a quelques jours par le comité interministériel. Pour notre part, nous sommes en train de mettre en place la structure qui va gérer ce guichet unique. Il faut préciser également que beaucoup de ports qui ont été lancés dans ce processus d’information électronique. Tous nos partenaires, que ce soient les armateurs, les chargeurs, etc., ils ont leur système d’information. Donc pour nous, il s’agit uniquement d’ordonner le système d’information et de gérer un peu la complémentarité entre les différents opérateurs. D’ici 2020 ce système d’information sera opérationnel.

Quel est votre avis sur le projet de création des zones économiques intégrées au Sud ?
Ces plateformes logistiques sont appelées surtout à booster et à stimuler la production nationale en vue de l’export. Pourquoi au Sud ? L’Algérie sur le plan géographique se trouve dans une région où elle peut jouer vraiment un rôle primordial entre les pays européens et africains entre le Nord et le Sud. Nous avons souscrit déjà à cette démarche du fait qu’à Bordj Bou-Arréridj nous avons une plateforme logistique.
M. A. Z.

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