mercredi 16 octobre 2019 13:33:01

M. Noureddine Bouderba, syndicaliste, spécialiste et consultant en questions sociales : « La question de l’IRG doit être posée autrement »

Tout salaire est soumis à une retenue IRG (Impôt sur le revenu global), calculée à la source à partir d’un salaire imposable supérieur ou égal à 15.010 DA, tout en sachant que la contribution de l’IRG reste la plus importante dans la structure des recettes fiscales ordinaires. Et c’est cette particularité, à savoir, les recouvrements à la source de l’IRG, perçue déjà comme étant une injustice imposée aux salariés en sus d’une inégalité flagrante devant cet impôt qui pénalisent de larges catégories de travailleurs et de retraités. Une situation qui n’est pas restée sans réactions, les syndicats ayant soulevé cette problématique auprès des pouvoirs publics à plusieurs reprises, notamment par la Centrale syndicale, le syndicat national autonome du personnel de l’administration et la fédération nationale des travailleurs retraités (FNTR). Une revendication réitérée récemment par la nouvelle direction de l’UGTA qui a appelé, par la voie de son secrétaire général, Salim Labatcha, à une baisse de l’impôt sur le revenu global (IRG) et l’instauration d’une taxe sur la fortune. Ce dernier a jugé «inadmissible» qu’un simple travailleur verse plus de 30% de son revenu à l’impôt, tout en estimant «injuste de bâtir l’impôt sur les salaires des travailleurs».

PUBLIE LE : 10-10-2019 | 0:00
D.R


Tout salaire est soumis à une retenue IRG (Impôt sur le revenu global), calculée à la source à partir d’un salaire imposable supérieur ou égal à 15.010 DA, tout en sachant que la contribution de l’IRG reste la plus importante dans la structure des recettes fiscales ordinaires.

Et c’est cette particularité, à savoir, les recouvrements à la source de l’IRG, perçue déjà comme étant une injustice imposée aux salariés en sus d’une inégalité flagrante devant cet impôt qui pénalisent de larges catégories de travailleurs et de retraités. Une situation qui n’est pas restée sans réactions, les syndicats ayant soulevé cette problématique auprès des pouvoirs publics à plusieurs reprises, notamment par la Centrale syndicale, le syndicat national autonome du personnel de l’administration et la fédération nationale des travailleurs retraités (FNTR). Une revendication réitérée récemment par la nouvelle direction de l’UGTA qui a appelé, par la voie de son secrétaire général, Salim Labatcha, à une baisse de l’impôt sur le revenu global (IRG) et l’instauration d’une taxe sur la fortune. Ce dernier a jugé «inadmissible» qu’un simple travailleur verse plus de 30% de son revenu à l’impôt, tout en estimant «injuste de bâtir l’impôt sur les salaires des travailleurs».
Sollicité sur la question, M. Noureddine Bouderba, syndicaliste, spécialiste et consultant en questions sociales, estime, de prime abord que, la problématique de l’IRG «doit être posée autrement» et dans le cadre d’une «intervention sur l’état social». Selon lui, «l’UGTA ne doit pas faire dans le populisme bien que je ne préjuge pas de leur bonne volonté». En expert, et sur la base de calculs précis, il estime que, toute proposition dans ce sens, «sur la seule base de l’IRG, n’a aucun sens» et ne servira pas une grande majorité des travailleurs et retraités. En fait, selon M. Bouderba, «la problématique ne se pose pas comme ça». Néanmoins, «ce qui est anormal, c’est que depuis 2011, nous sommes le seul pays où l’impôt sur le salaire ou le revenu global (IRG) dépasse l’IBS (impôt sur le bénéfice des sociétés). Pour étayer ses propos, il se réfère aux chiffres de 2018 qui mettent en avant ce paradoxe, l’IRG ayant atteint 26% de la fiscalité globale, avec en contrepartie 15% seulement au titre de l’IBS. M. Bouderba rappelle à ce propos que, «de 2009 à 2018, le taux de l’IRG a augmenté de 16% de la fiscalité globale à 26% alors que, l’IBS est passé de 19,9% à 15% à la même période. Mais «Pourquoi ne pas chercher l’impôt ailleurs au lieu de le puiser dans les salaires ? C’est à ce niveau justement que doit se concentrer le véritable débat. Aussi, au lieu de focaliser sur l’IRG, il serait plutôt indiqué de parler d’augmentation du SNMG qui n’a pas bougé depuis 2012 et, qui plus est, s’avère le plus bas du Bassin méditerranéen, plaide notre interlocuteur. Et «c’est seulement à ce moment là que la proposition sur l’IRG devient valable», affirme M. Bouderba. Ce dernier confirme que, «Les salaires en Algérie sont les plus bas du bassin méditerranéen. En 2018 la part des salaires dans le PIB était inférieure à 29 % contre 50 %, voire 75 % dans les pays développés. Ce ratio s’élevait à 34.5 % en 1993 et à plus de 40 % durant les années 1980. A cette réduction en valeur réelle des salaires s’ajoute leur distribution injuste. Le rapport entre les salaires max et min est de 35 contre 10 à 12 dans les pays développés ». M. Bouderba ajoute que, «Le SNMG dont le montant journalier ne permet pas d’acheter 500 grammes de viandes, n’a pas évolué depuis 2012 et selon des études, 80% des salariés perçoivent un salaire inférieur au montant nécessaire aux dépenses de subsistance d’une famille de 4 personnes».
Et d’affirmer que «La politique fiscale en Algérie est injuste. Elle ne se conforme pas au principe d’égalité des citoyens devant l’impôt. Progressivité insuffisante, non-imposition du patrimoine et des grosses fortunes, multiples exonérations et abattements, niveau très élevé de l’impôt non recouvré, évasion fiscale. Phénomène unique au monde, la contribution des salariés au budget de l’état dépasse, depuis 2011, celle des entreprises et le montant des impôts non recouvrés, dépasse, selon le dernier rapport de la Cour des comptes, 13.000 milliards de DA, soit de quoi couvrir les subventions alimentaires durant plus de 60 ans».
Il s’agira par conséquent de «Réhabiliter le SNMG dans sa vocation de préservation du pouvoir d’achat des salariés. Instituer un salaire maximal ne dépassant pas douze fois le SNMG». Dans sa lancée, il suggère une «désindexation des salaires des cadres supérieurs du SNMG, une indexation des primes et allocations sociales sur le SNMG, et une augmentation du SNMG de 50 % répartie entre 2020 et 2021». Au titre de la politique fiscale, il s’agit de «Faire respecter le principe d’égalité des citoyens devant l’impôt, d’instituer l’impôt sur la fortune, de rendre effectif l’impôt sur le patrimoine, de rétablir une plus grande progressivité de l’IRG avec sa suppression pour les salaires et les pensions de retraite inférieures à deux fois le SNMG» et enfin, de «Lutter contre l’évasion fiscale, d’abroger les dépenses fiscales sans contrepartie réelles et de modernisation et de renforcement de l’administration fiscale».    
D. Akila


 

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