mardi 22 octobre 2019 17:38:06

M. Ammar Belhimer : « La qualité des candidatures est déterminante. »

« Il y a nécessité de passer des slogans aux programmes politiques»

PUBLIE LE : 17-09-2019 | 0:00
Ph. : Nacera

Au lendemain de son passage au forum d’El Moudjahid, Ammar Belhimeur, le président de la commission politique de l’Instance nationale du dialogue et de la médiation, était l’invité, hier, de la rédaction de la chaîne 3 de la Radio algérienne. Un retour sur les travaux de l’Instance  et sur la nouvelle donne après l’installation de l’Autorité chargée des élections.

Professeur de droit public à l’université d’Alger, Belhimeur a d’emblée assuré que «le dispositif mis en place par les autorités assure la pleine transparence du scrutin». En évoquant les textes juridiques adoptés récemment par le Parlement, il estime que désormais, la préparation et l’organisation des scrutins sera libre et «hors de tout contrôle ou interférence administratifs».
 Sur la composante de l’Autorité des élections installée dimanche, M. Belhimeur dira qu’elle reflète la diversité, puisque «20 de ses membres sont issus de la société civile et les autres sont issus d’associations et organisations non gouvernementales», et d’ajouter que « ce sont des personnes qui sont familières avec les pratiques et les procédures de droit». M. Belhimeur est revenu sur le travail accompli par l’Instance. Il présentera de ce fait son bilan qui s’apparente à une «feuille de route, comportant un volet politique, institutionnel et un volet juridique». «Les hautes autorités du pays, à qui l’on a remis le rapport de l’Instance, ont accédé à nos recommandations d’ordre institutionnel, puisqu’elles ont installé, samedi, l’Autorité des élections. Elles ont aussi répondu à nos attentes en ce qui concerne le volet juridique, par l’adoption du cadre juridique et l’amendement de la loi organique des élections», explique M. Belhimeur, qui indiquera qu’il reste à accéder au volet politiques, à travers ce qu’il appelle «les conditionnalités politiques». Pour lui, il s’agit d’ «un certain nombre de mesures qui ne sont pas encore totalement réalisées». Face à ce qui s’apparente à un «sentiment de rejet de tout ce qui représente l’Etat», Belhimeur estime que «la balle est dans le camp des décideurs maintenant» pour «convaincre les électeurs et susciter des candidatures».
Partant d’une lecture juridique, l’invité de la rédaction indique que « le chef de l’Etat devrait rester à sa place pour préserver le cadre constitutionnel et ainsi la stabilité territoriale», avant d’approfondir la réflexion, pour souligner que «pour rétablir la confiance, il est impératif d’aller très vite à la démission du gouvernement de Bedoui et à l’installation d’un nouveau gouvernement».

« Il y a nécessité de passer des slogans aux programmes politiques»

Il considère que la démission du gouvernement Bedoui est l’une des mesures d’apaisement : «En l’absence de mesures d’apaisement rien n’autorise une confiance totale ni n’incite les gens à aller voter»,  avant d’ajouter que «l’engagement du chef de l’Etat de répondre favorablement aux revendications était clair».
S’agissant du spectre du boycott des élections, Belhimeur considère que celui-ci ne concerne pas les mécanismes mis en place par les autorités. Il estime que c’est «la qualité des candidatures qui va déterminer le niveau de participation».
Rappelant sa déclaration au Forum d’El Moudjahid sur « la nécessité de passer des slogans aux programmes politiques», Belhimeur a argumenté que «seule la crédibilité et les projets sérieux des candidats porteurs d’espoir et d’avenir peuvent persuader les électeurs d’aller aux urnes». Il a fait état d’un «divorce entre l’Etat et la société». Selon lui, ce divorce résulte d’un certain nombre de facteurs dont il pointe notamment ce qu’il qualifie de «mépris de la loi fondamentale» qui a ouvert la porte aux changements des lois au gré des différents clans en conflits.
Partant du constat qu’il n’y a pas de socle institutionnel dans notre pays, Belhimeur parle du «désert institutionnel» auquel il faut remédier : « Il s’agit de repartir sur la base de nouveaux paradigmes constitutionnels afin d’arrêter, une fois pour toutes, de produire des Constitutions sur mesure. C’est le chantier du futur président de la République qui nous permettra d’absorber le déficit démocratique», estime-t-il.
Pour lui, l’essence de l’Etat de droit «est d’asseoir une sécurité juridique qui garantisse la stabilité, l’applicabilité et la préservation des lois», car la prolongation de la crise jette le pays au milieu d’un vide institutionnel, au sein duquel «nous serons désarmés par rapport aux agendas de l’extérieur qui peuvent prévaloir à tout moment,» a souligné Belhimeur, qui a exprimé, dans le même contexte, son opposition à l’idée de la transition et à l’assemblée constituante.
Il qualifie les défenseurs de cette position de «minoritaires» par rapport au reste des autres familles politiques du pays. Et d’ajouter que c’est un processus aventureux «qui répond à des agendas extérieurs, de nature à nous mener vers l’inconnu dans un contexte où les échéances socioéconomiques et politiques n’attendent pas».  
Enfin, le conférencier conclura en estimant qu’il y a lieu aujourd’hui de « rationnaliser le Hirak et en faire un mouvement de veille permanente, car, par leur révolution, les Algériens ont donné l’exemple au monde entier».
    Tahar Kaidi
 

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