lundi 23 septembre 2019 03:33:03

Abderrahmane Mebtoul, expert international : « La présidentielle, pour résoudre la crise politique »

«Le Conseil des ministres a adopté une série de textes suite au rapport de l’Instance de dialogue qui a réalisé un important travail dans une conjoncture très difficile», a indiqué Abderrahmane Mebtoul, expert international, dans une contribution adressée à notre rédaction.

PUBLIE LE : 12-09-2019 | 0:00
D.R
«Le Conseil des ministres a adopté une série de textes suite au rapport de l’Instance de dialogue qui a réalisé un important travail dans une conjoncture très difficile», a indiqué Abderrahmane Mebtoul, expert international, dans une contribution adressée à notre rédaction. L’Algérie traverse une crise politique sans précédent depuis l’indépendance avec les risques d’aller vers une cessation de paiement fin 2021 début 2022 avec les incidences à la fois très graves sur le plan économique, social, politique et des impacts géostratégiques au niveau de la région africaine et méditerranéenne, a-t-il averti. Le système politique hérité depuis l’indépendance tissant des liens dialectiques entre la rente et les logiques de pouvoir a trouvé ses limites naturelles, étant incapable de résoudre les nouveaux problèmes auxquels est confronté le pays, les actuels replâtrages accentuant la crise. «Il faut saluer toutes les initiatives de dialogue, fondement de la bonne gouvernance et seule issue à la résolution de la crise, devant privilégier uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie», poursuit-il. 
 
Où serait la crédibilité d’un président transitoire ?
 
Le Hirak et les différentes compositions de la société sont traversés par des courants idéologiques contradictoires, voire inconciliables sur le plan économique et idéologique, de la vision économique future et de l’architecture institutionnelle rendant difficile la tenue d’une conférence nationale, car les divisions auraient abouti à des réunions interminables. En ce qui concerne la proposition d’un président de transition, il estime qu’elle est contraire à la Loi fondamentale et qu’elle ouvre la voie à une instabilité constitutionnelle préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays tant sur le plan interne qu’international, car où serait la crédibilité d’un président «transitoire ?», s’interroge-t-il.
A propos de la préconisation d’une période de transition, il estime que d’après les expériences historiques, cela durerait de trois à cinq années. La réussite de cette initiative, ce qui n’est pas du tout évident, passe par une entente entre les différents segments politiques, économiques et sociaux. Sur quelle base seront désignés les représentants avec le risque du renouvellement du Conseil national de transition des années 1993/1994, avec un collège présidentiel, des ministres et des hauts fonctionnaires auto-désignés ne pouvant engager l’avenir d’un grand pays comme l’Algérie, parce que non légitime. 
 
Risque de la cessation de paiement avec le diktat du FMI
 
En plus, la conjoncture nationale et internationale a profondément changé avec la paralysie de l’économie, comme en 1994, il y a risque de la cessation de paiement avec le diktat du FMI et la perte de l’indépendance politique et économique à moins d’un miracle, un cours du pétrole à 100 dollars. Après avoir analysé ces quelques scénarios, l’expert recommande d’aller rapidement vers une élection transparente, loin des pratiques occultes du passé qui a vu la majorité de la population bouder les urnes lors des dernières élections législatives, traduisant le divorce Etat-citoyens. Cela implique forcément, comme cela a été retenu en Conseil des ministres, la révision du fichier et code électoral, la création d’une instance indépendante de supervision des élections où ni l’exécutif ni les députés/sénateurs et représentants des APC ne seront parties prenantes. «L’on devra être attentif tant à sa composante nationale qu’à travers ses réseaux des 48 wilayas, des personnalités morales et neutres. L’administration centrale et locale n’ayant jamais été neutre du fait de ses pratiques occultes datant depuis l’indépendance et pas seulement durant la période actuelle.
Un nouveau gouvernement de techniciens «neutre» est nécessaire, compromis entre le pouvoir, l’opposition et el Hirak et le chef président de l’Etat continuant à assurer le fonctionnement de l’Etat sans s’immiscer dans les élections, préconise-t-il.
 
Seul un président légitime peut mener les profondes réformes
 
Seul un président légitime peut amender la Constitution et mener les profondes réformes tant politiques qu’économiques pour arrimer l’Algérie au nouveau monde, en faire un pays émergent et elle en a les potentialités, élu sur la base d’un programme transparent, incluant les revendications légitimes du Hirak. 
Le défi de l'Algérie 2019/2025/2030 est de soit réussir les réformes qui seront douloureuses à court terme mais porteuses d'espoir à moyen et long termes ou rester en statu quo en retardant les réformes structurelles, ce qui conduira inéluctablement à la régression et la marginalisation du pays. Aussi, l'Algérie a besoin d'une nouvelle stratégie, loin des slogans creux populistes, s'adaptant au nouveau monde pour sécuriser son avenir, de s'éloigner des aléas de la mentalité rentière, de réhabiliter le travail et l'intelligence, de rassembler tous ses enfants et toutes les forces politiques, économiques et sociales, évitant la division sur des sujets secondaires passant par la refondation de l'Etat et la moralisation de la société. A travers sa longue histoire riche et mouvementée, l’Algérie a su toujours s’en sortir par le dialogue et la morale fondée sur la confiance.
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