lundi 23 septembre 2019 03:34:56

Secteur du textile et du cuir en Algérie

Le marché des vêtements plie sous l’importation

PUBLIE LE : 11-09-2019 | 0:00
D.R

L’industrie du textile en Algérie peine toujours à atteindre les objectifs qui lui ont été tracés, sachant que ce secteur peut apporter un plus à l’économie nationale, qui table essentiellement sur les revenus du secteur pétrolier, après les deux secteurs clés, à savoir celui de l’agriculture, du développement rural et de la pêche, et celui du Tourisme. 

De ce fait, il est plus «qu’important» même «urgent» de redynamiser les secteurs prometteurs en terme de croissance économique, tel que celui du textile et vêtement qui pourrait contribuer dans le PIB national, si on lui accorde la valeur et l’importance comme c’est le cas dans d’autres pays qui en font «une locomotive» pour leur économie comme la Chine, la Turquie, la Tunisie, le Maroc…
 
Les entreprises algériennes détiennent moins de 10% du marché national
 
Nos marchés sont inondés de produits importés. Les produits vestimentaires locaux (d’une production 100% algérienne) se font vraiment rares. Les entreprises algériennes du textile et cuir, qui résistent encore aux contraintes multiples liées aux effets des importations massives, détiennent moins de 10% du marché national. La filiale du textile et de l’habillement occupe la deuxième place après le secteur de l’agro-alimentaire, quant à son importance et la forte consommation locale, dont les besoins sont de l’ordre de 150 millions d’articles annuellement, alors que le secteur national couvre seulement 4% de ces besoins, le reste est envahi à 94% par l’importation qui est la cause principale de la flambée des prix sur nos marchés.
 
La faible production engendre l’augmentation des prix 
 
Selon M. Boulenouar, l’augmentation des prix des effets vestimentaires est due surtout à la faible production nationale, qui couvre seulement 10 % des besoins du marché, tandis que les 90% des vêtements portés par les Algériens sont importés. Pour ce qui est de la production des articles scolaires, notre interlocuteur nous fait savoir qu’elle couvre de 20 à 25% seulement. 
«La faible production nationale encourage l’importation de ces produits, notamment en provenance de Chine, d’Europe, de la Tunisie et de Turquie» avance-t-il en mettant l’accent sur l’importation des produits de «contre-façon» qui n’est «pas positive» ni pour «l’image de l’Algérie, ni pour son économie, ni pour l’encouragement des entreprises locales vu qu’il y a un déficit au niveau de la production nationale, notamment le pouvoir d’achat». «Mais il ne faut pas que la permissivité à l’égard des produits contre-faits qui dure longtemps, bien au  contraire, il s’agit  de dynamiser l’investissement pour développer la production nationale» explique-t-il en ajoutant que l’interdiction de l’importation des produits actuellement «favorise» la hausse de leurs prix.  Il a souligné toutefois que sur la totalité des vêtements commercialisés en Algérie 50% sont destinés aux enfants, suivis des femmes, puis ceux des hommes en troisième position.       
 
Textile et cuir : l’Algérie importe pour 6 à 7 milliards de dollars  
 
Selon les déclarations du membre de la Fédération UGTA des textiles et cuirs, Amar Takdjout, lors d’une conférence de presse, qu’il avait  animée, à l’occasion de la tenue des deux Salons internationaux sur le textile, habillement, cuir et des équipements «Textyle-Expo», l’Algérie importe de 6 à 7 milliards de dollars de textile et cuir, précisant néanmoins que la consommation nationale de textile est estimée à 500 millions de mètres linéaires par an et que la production algérienne en tissu est de l’ordre de 40 millions de mètres de tissus annuellement.
Plus explicite, il a indiqué que le textile et le cuir couvre seulement 6% des besoins locaux. Pour ce qui est de la consommation des chaussures en Algérie, Takdjout a révélé, toutefois, que les Algériens utilisent, chaque année, 80 millions de paires de chaussures. Aussi, selon lui, les enfants sont les plus grands consommateurs de chaussures en Algérie. Par ailleurs, il a affirmé que l’industrie-habillement algérienne est un secteur stratégique, porteur d’emploi pour la petite qualification (la production, la confection du tissage, la filature) et la grande qualification (la création et l’innovation). Également, Il a  mis en avant l’importance de la formation et la création dans l’industrie du textile.
 
Les Algériens apprécient le produit local 
 
Lors de notre tournée dans les marchés et magasins de la capitale bondés d’articles importés et en s’approchant de certains citoyens nous avons pu constater que le produit local «le made in Algeria» est bien accueilli localement. Certains affichent bien cette nostalgie des années de l’indépendance allant de 1962 à 1980 où le marché algérien du textile était «protégé» et «concurrentiel», comme nous le confirme Mohamed qui a la soixantaine. «Dans notre jeunesse notre consommation alimentaire et vestimentaire (vêtement et chaussure) était 100% algérienne. On avait la meilleure qualité des produits à des prix raisonnables. C’était l’époque des Monoprix et souk el fellah. La production était celle de l’État. Y avait pas le secteur privé, mais on était bien il faut le dire», affirme-t-il, en affichant bien la nostalgie de retour à cette époque d’après l’indépendance jusqu’aux années 1980 où il y a eu un investissement important dans ce secteur et même l’exportation vers des pays européens, vu «l’excellente» qualité des produits, comme il nous a été précisé par l’un des propriétaires de magasin, en ajoutant que «la perturbation du marché du textile a débuté vers les années 1980 où le marché s’est ouvert à toutes les possibilités», a-t-il souligné, en poursuivant que «la période allant des années 1980 jusqu’aux années 2000 a été aussi marquée par la fermeture d’unités de fabrication ainsi que par la déperdition du personnel spécialisé en la matière». 
Par ailleurs ce qui est à relever c’est que l’Algérien garde toujours  l’idée que la production locale est «de mauvaise qualité». Bien des efforts sont consentis par les pouvoirs publics et aussi par les investisseurs privés pour changer cette image et redonner au secteur son mérite et la place qu’il mérite sur le marché local et pourquoi pas passer à l’acte d’exportation.     
 
Des mesures pour redynamiser le secteur 
 
Depuis les années 2000 et jusqu’à ce jour, les pouvoirs publics ont affiché la volonté de relancer le secteur du textile : habillement et cuir. Grace aux efforts fournis par l’état afin de le redynamiser, on remarque que les industries textiles, bonneterie et confection ont augmenté de prés de 12%. En effet, nombreux sont les opérateurs dans le secteur du textile et sa commercialisation a relevé que le produit local reprend «progressivement» sa place sur le marché national, après une période de stagnation. Il suffit de faire un tour dans les magasins qui proposent le «Made in Algéria » comme la série de magasin «Jackets» pour constater que le produit algérien est «très apprécié» par les consommateurs qui le préfèrent aujourd’hui aux produits chinois ou même importé d’ailleurs.
Un propriétaire d’une grande surface commerciale nous fait savoir que « le produit algérien est très apprécié par le consommateur malgré la rude concurrence des autres produits disponibles sur le marché en provenance essentiellement de Turquie, de Chine et même de certains pays européens», précise-t-il, en ajoutant que durant les deux dernières années, les commerçants proposent des articles dans leur magasins sans les étiquètes précisant le pays d’origine, dans le but de sonder le consommateur. Le résultat a été «encourageant» sachant que ces articles étaient «vraiment appréciés» par les acheteurs.  
 
Développement des PME-PMI 
 
L'économie nationale a été basée essentiellement sur un secteur industriel public fort, comme il faut rappeler aussi que les PME/ PMI du secteur privé se sont développées grâce à une production publique qui alimentait leurs productions, de même qu'il faut noter, que le secteur privé a bénéficié de l'aide de l'État pour ses investissements. 
Aussi, partant du principe que le secteur public est la locomotive du développement de la PME/ PMI et grâce à la redynamisation décidée par les pouvoirs publics, celui-ci doit retrouver la place qui est la sienne dans l'économie nationale et qui peut également contribuer d’une manière significative à l’absorption du chômage. Par ailleurs nous assistons actuellement à de nombreuses créations de petits ateliers de transformation textile, cuir, bois, grâce aux différents dispositifs d'aide à l’emploi (ANSEJ, CNAC, ANGEM) qui souffrent cependant de la non disponibilité des inputs nécessaires a leur fonctionnement.
Kafia Ait Allouache 
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