lundi 23 septembre 2019 03:42:00

La fête de l’ACHOURA : ENTRE SPIRITUALITé ET TRADITIONS

Comme chaque année, les algériens célèbrent, aujourd’hui, la fête religieuse de l’Achoura.

PUBLIE LE : 11-09-2019 | 0:00
D.R

Des coutumes ancestrales préservées à Alger

Comme  chaque année, les algériens célèbrent, aujourd’hui, la fête religieuse de l’Achoura.  Cette date sacrée, qui tient une place particulière parmi les autres fêtes religieuses,   est synonyme d’échange et de retrouvaille familial, d’entraide et de solidarité. Durant cette journée fériée les familles se retrouvent toutes réunies pour partager des repas traditionnels, issu de notre richesse culinaire, notamment faire don pour venir en aide aux nécessiteux et aux plus démunis. 
Lors de cette fête religieuse, les actes de bienfaisance ne manquent pas également. Les associations, les comités de cartiers, les imams de mosquées…. Et même les simples citoyens, ne s’empêchent pas de rendre visite aux personnes malades dans les hôpitaux, les maisons de vieillesses, les centres SOS enfants…même les pauvres et les sans abri sons accueillis sous des tentes, dans des centres… pour savourer un repas traditionnel (couscous, chakhchoukha, Trida…) généreusement offert par la population dans un élan de solidarité, de générosité et de ferveur. Il faut bien dire que « Achoura est une fête ayant une saveur et une dimension bien particulières ».
Achoura, et également marquée par une activité commerciale particulière. Les commerçants et même les « vendeurs libres » se réservent des espaces pour écouler leurs marchandises. Tout ce vend et tout s’achète. Dans les souks « marchés) on trouve de tout : fruit, légume, viandes (rouges et blanches), les articles vestimentaires, les ustensiles de cuisines, les produits artisanales…et même des produits du terroir comme le pain et les gâteaux traditionnels. 
Cette espace connait une animation et une ambiance particulière. Les badauds  ne viennent pas seulement pour acquérir ce dont ‘ils ont besoin, mais c’est surtout, pour se revoir, rencontrer des connaissances que l’on a perdu de vue ou que l’on n’a pas l’occasion de voir aussi souvent, ou tout simplement  flâner  juste pour le plaisir des yeux. C’est à reconnaitre que cette fête religieuse est une occasion propice pour faire la promotion et la vente de ces produits sui connaissent un grand engouement de la part des algériens. 
Entre concurrence culinaire, 
jeûne et commémoration
 
L’art culinaire algérien possède ses propres spécificités, diversités et richesses. Ainsi et pour accueillir et fêter Achoura les familles algériennes font recours à l’une des recette de « grand-mère » qui consiste à préparer un plat typiquement traditionnel, ancestral et dont les origines demeurent toujours mystérieuses et obscures.  Toutes les familles se mettent à la préparation de divers plats traditionnels: couscous, chakhchoukha, rachtta, Trid, rougag, Bouicha,… Pour certains, les préparatifs de la célébration de Achoura commencent pour les mères de familles, dès l’Aid El Adha. «Après avoir sacrifié le mouton, une partie de la viande est réservée pour l’Achoura. Les femmes recouvrent celle-ci de sel en vue de la conserver pour l’évènement. Car ce quartier de viande séchée constitue l’ingrédient principal dans la préparation du festin de la fête qui est généralement à la base de Berkoukess (gros grains de couscous), de légumes en sauce agrémentés avec des parts de poulet qu’on égorge souvent le jour même. La préparation du repas de l’Achoura prend souvent les allures d’un concours qui met aux prises les mères de famille. Celles-ci donc, attendent le soir pour qu’on prononce le verdict. En effet, chacune d’elles partage généreusement le repas qu’elle a soigneusement préparé avec les voisins. Même si le fond de cette tradition est de permettre à tout le monde, pauvre ou riche, de savourer un bon plat, il n’en demeure pas moins que les compliments que reçoivent en retour les «cordons bleus» ne les laissent pas indifférentes.
Ce qu’il faut aussi savoir, est que le déroulement de la joyeuse fête s’effectue sur fond de pratique religieuse. Les musulmans observent généralement un jeûne de deux jours comme il a était recommandé par le prophète Mohamed aux musulmans afin d’éviter toute confusion entre les musulmans et les juive qui observé le jeune d’une journée. Alors le prophète leur conseilla d’entendre le jeûne sur deux jours. 
Achoura est aussi synonyme de « zakat » pour aider les plus démunis, et de nombreux de musulmans profitent de l’occasion pour s'acquitter de l’aumône.
Kafia Ait Allouache 
TISSEMSILTUn moment particulier pour 
les habitants de l’Ouarsenis
 
Les habitants des zones rurales de Tissemsilt et de la région de l’Ouarsenis restent fortement attachés à  leurs traditions et coutumes pour célébrer l’Achoura, 10e jour du mois de  Mouharram marquant l’avènement de la nouvelle année hégirienne. 
Cette fête est célébrée dans la joie et la convivialité. Dans les zones  comme la Mactâa de Bordj Bounaama, Kedadra de Sidi Slimane et Béni Djemaa  de Boukaïd, l’Achoura est marquée par la préparation du couscous que l’on  sert et distribue aux pauvres et nécessiteux. Des plats sont également  servis dans les mosquées aux fidèles. 
Hadj Mansour, un des notables de la zone de Metidja de la commune de Bordj  Bounaama, souligne que le jour de l’Achoura est particulier.  
"Toutes les familles participent à la préparation du plat de couscous que  l’on distribue aux convives et aux pauvres. Les habitants du village  procèdent également à la collecte de denrées alimentaires et de quartiers  de viande que l’on distribue aux familles démunies des localités  avoisinantes", a-t-il expliqué.  
Il a ajouté que cette journée particulière "permet aussi aux sages et  chouyoukh de la région de régler les différends entre membres d’une même  famille, entre voisins et entre amis. La mosquée de Metidja et la zaouiïa  de cheikh Moulay Larbi Benatia Touil ont un grand rôle à jouer en cette  occasion". 
Dans les foyers des zones rurales de l’Ouarsenis, des traditions restent  ancrées pour célébrer le jour de l’Achoura, notamment l’incontournable  cérémonie du henné, supervisée et dirigée par les vieilles personnes du  village. 
Hadj Arbia d’El Mactaa fait remarquer que la cérémonie du henné est une  tradition héritée des aïeux. Des poètes du melhoun et conteurs animent des  "halqa" pour déclamer des poèmes et narrer des contes sur la portée de cet  événement religieux. 
"Tout un bric-à-brac où chacun trouve ce qu'il cherche au niveau des  ruelles de Tissemsilt, notamment à Haï Sebaa où une activité inhabituelle  est relevée en ce jour", note Othmane, vendeur artisan dans ce quartier. 
Il souligne que la célébration du jour de l’Achoura reste une occasion  pour vendre des produits d’artisanat, notamment en poterie et céramique,  ainsi que le pain traditionnel. 
D’autres sites de la ville de Tissemsilt, dont la cité 119 logements,  abritent un grand nombre de vendeurs d’ustensiles en poterie, en bois et en  céramique ainsi que des tapis. Ces produits sont très demandent et  s’écoulent facilement, a-t-on constaté. 
Par ailleurs, le boulevard "1er novembre" du centre-ville se transforme,  en l’espace de quelques jours, en un vaste espace où les commerçants  d’épices naturelles, utilisées dans la préparation du couscous et du pain  traditionnel enregistrent un fort engouement des citoyens qui viennent  également s’approvisionner en figues séchées, en essences et parfums et en  encens, chacun voulant donner à l’Achoura une "saveur" particulière. 
 
Annaba
Solidarité et entraide intergénérationnelles
 
L’Achoura qui se traduit par le 10e jour de Muharram du premier mois de l’année de l’hégire (l’émigration du prophète Mohamed QSSSL de la Mecque vers Médine), est une manifestation d’expression religieuse autour de laquelle, il y a des valeurs et des traditions interprétés par la pitié, la foi et de la doctrine nouvelle. Donc, Annaba est fin prête pour célébrer cet évènement grandiose aujourd’hui mardi à l’instar des autres régions du pays. C’est une circonstance de réflexion et de rapprochement avec Dieu et les croyants. Selon l’imam de la zaouïa de Sidi Brahim Ben Toumi et chef spirituel de la confrérie de la Tariqua El Allaouia, El Hadi Tarcha, les traditions font que les familles Annabies commémorent la fête de l’Achoura selon deux aspects fondamentaux .Il s’agit de l’aspect religieux et traditionnel ce qui donne lieu à une ambiance exceptionnelle où se mêle le spirituel et le convivial. Pour ce qui est  de l’aspect religieux, c’est le retour aux sources, aux spirituels et le renforcement de la foi et les valeurs qui les accompagnent telle la charité, le pardon et le rassemblement familial, a fait savoir l’imam de Sidi Brahim. Concernant l’aspect traditionnel, l’évènement est marqué par le repas familial autour duquel se trouve la majorité de la grande famille surtout quand il s’agit de grandes familles en dehors de la cité, a souligné El Hadi Tarcha. A cet instant là, un grand repas est organisé pour que les gens fassent leur prière ensemble et vivre une soirée grandiose. Les trois plats traditionnel de pâtes préparés minutieusement et spécialement à cette occasion par les familles Annabies, c’est bien sûr la M’Kartfa, le M’Haouer  et évidemment le Gritlia.  Ces derniers, sont garnis de viandes, pois chiche et une sauce blanche. Cet évènement religieux d’une grande portée dans la vie des musulmans est également marqué par une abondance de nourriture et les échanges de plats préférés des habitants de la cité.  En pareil évènement, les pensées sont tournées vers les personnes socialement défavorisées qui ont droit à la zakat. C’est une obligation impérative où le musulman riche doit verser l’aumône obligatoire de chaque montant lorsqu’il complète le cycle d’un an, sur ses biens, son argent, c’est l’application stricte du cinquième pilier de l’islam. La fête de l’Achoura également est une occasion pour exprimer la solidarité et l’entraide avec les personnes démunies. L’Achoura demeure aussi un moment fort pour se rapprocher de Dieu et de son prophète Mohamed QSSSL avec l’observation du jeûne le neuvième et le dixième  de Muharram .Achoura, c’est surtout les causeries religieuses consacrées à cet évènement au niveau des mosquées avec la récitation du Coran . 
B. Guetmi

Ghardaïa
Une occasion pour les familles de perpétuer des traditions culinaires 
La fête de l’Achoura (10e jour de Moharrem, premier mois de l’année hégirienne) est pour les familles ghardaouies une occasion de perpétuer des traditions culinaires. 
Pour célébrer cette occasion religieuse sacrée (sauvetage du prophète Moise de la poursuite du Pharaon), les habitants dans leur diversité sociologique, ont recours à des recettes ancestrales, jalousement  préservées et transmises oralement pour préparer des plats «typiquement» traditionnels dont  notamment "ouchou tini" (ouchou:couscous / Tini:les dattes) en tamazight local, un met à base de couscous plombs et de viande  séchée et salée du mouton de l’Aid El Kebir ainsi que "ibaoun" (el foul) (fèves). 
Sitôt le rituel de l'immolation du mouton de l’Aïd accompli, la ménagère récupère une partie de viande qu’elle sale abondamment et sèche à l’air libre avant de la conserver dans un endroit propre durant plusieurs semaines, a expliqué à 
l’APS, M. Bakir, un père de famille du Ksar de Melika. 
La veille de l’Achoura, de nombreuses ménagères ghardaiouies qui ont hérité les recettes de ce plat "ouchou tini" de génération en génération,  s’appliquent à préparer ce couscous, avec une sauce rouge onctueuse composée d’une variété de légumes frais, de pois chiches, de viande séchée   assaisonnée de gingembre, de poivre, de curcuma, de cumin, de piment et autres petites herbes potagères ainsi que d'un jus de datte donnant, pour  le plaisir du palais, un goût succulent à ce plat. 
Pour donner à ce couscous un goût plus authentique, on l’assaisonne de beurre salé fondu aux raisins secs, pour être consommé à la rupture du  jeune de l’Achoura. 
Une fois préparé, ce mets est dégusté dans un grand plat en présence de tous les parents et grands-parents, dans une ambiance conviviale. 
Ibaoun, un autre plat traditionnel prisé dans le M’zab
L’autre plat très prisé dans la région du M’Zab, en cette fête religieuse, est dénommé "ibaoun" (el foul) (fèves) qui figure aussi parmi les recettes  préparées à l’occasion de la célébration de l’Achoura. Ce plat du terroir se prépare la veille. La ménagère trempe dans de l’eau douce de la  palmeraie de Ghardaïa des fèves sèches durant plusieurs heures avant de les faire bouillir à petit feu toute une nuit. Décortiquées et assaisonnées avec du sel, du cumin et de l’huile d’olive, ce plat se déguste dans la matinée et est distribué aux voisins et passants par les enfants en entonnant une chanson célèbre dénommée "Abya Nou". 
Selon la tradition dans le M’Zab, «tous les mets préparés à l’occasion sont faits pour être partagés», a soutenu Ammi Abdellah du Ksar de Bounoura. «On échange ces plats traditionnels entre familles, voisins, pour renforcer les liens familiaux et la solidarité entre les habitants», a-t-il ajouté.  
La tradition veut que la veille de l’Achoura, les femmes mettent à leurs  enfants du "khôl" (poudre d'antimoine que l'on met sur le contour des yeux afin de les mettre en valeur). 
Achoura est, pour les familles ghardaouies, à la fois une fête sacrée portant de fortes significations religieuses et une occasion de perpétuer des traditions et des coutumes ancestrales propres à chaque couche sociale. 
Parmi les traditions accueillant cette fête, il y a lieu de citer les opérations de nettoyage et d'embellissement des cimetières dans les différents Ksour du M’Zab, assurées par des bénévoles, notamment des jeunes. 
Tous les aspects festifs de l’Achoura ne devraient pas faire oublier sa portée religieuse, a fait savoir Ammi Bakir, un notable de la région,  soulignant que c’est l’occasion pour les fidèles et pieux d’accomplir davantage de bonnes actions tels que le jeûne, l’acquittement de la Zakat et le recueillement à la mémoire des parents et autres aïeux. 
Tizi Ouzou
Un rituel de solidarité
 
La célébration de la fête de l’Achoura, «Taachourth» en tamazight, revêt un caractère tout particulier à travers toutes les localités  dela wilaya de Tizi-Ouzou. Cet événement, dixième jour du mois de Mouharem, est fêté dans la communion et ferveur avec l’organisation de nombreuses manifestations où se conjuguent réjouissances et spiritualité. Comme les autres fêtes religieuses, la population locale se prépare à l’avance en procédant à l’achat de tous les aliments nécessaires à la confection d’un somptueux couscous préparé souvent à base de légumes secs et de viande salée et séchée, appelé «achedhlouh», pour le diner, qui rassemble tous les membres de la famille dans une parfaite ambiance et communion. La viande, séchée et salée, qui constitue jadis le reste du mouton sacrifié durant la fête de l’Aid El Adha, est de nos jours proposée à la vente au niveau des boucheries à des prix allant de 1.100 à 1.200 dinars le kilogramme. À défaut de cette viande conservée, dont le prix n’est pas à la portée de tout le monde, plusieurs familles ont recours à la viande blanche
pour préparer ce repas d’Achoura, une tradition jalousement préservée par la population locale. À Tizi-Ouzou, la fête d’Achoura ne se résume pas toutefois en la préparation d'un somptueux couscous préparé à base de viandes sèches et salées  pour le dîner, mais c'est aussi et surtout tout un ensemble de rituels auxquels prennent part l’ensemble des citoyens, femmes, hommes, jeunes et moins jeunes. Partout, la fête de l’Achoura est célébrée dans une parfaite ambiance de spiritualité. Elle est d’autant plus faste et luxuriante dans les régions où sont implantées les zaouias et mausolées de saints qui sont de tout temps vénérés par les populations, comme à Beni Douala (AkkalAberkane), à Aïn El Hammam (Cheikh Mohand Oulhocine et Sidi Ali Outaleb), Bouzeguène (Sid Amar Oulhadj), Illoula Oumalou (Si Ahmed Ouedriss et Si Abderahmane Illouli), Mekla (Cheikh Amokrane NathZellal), Azazga (SidiBehloul), Yakourène ( Sid Abad), Akerrou (TifrithAth El Hadj),Tizi-Ouzou (Sidi Belloua)… Dans ces régions, la célébration de cette fête religieuse est en effet synonyme de rencontres de tous leurs enfants et mise souvent à profit par les sages des villages pour aplanir les situations conflictuelles, réconcilier entre les familles en désaccords, conformément aux préceptes de l’Islam glorifiant la fraternité et la réconciliation. L’Achoura est également une occasion propice pour ramasser l’argent de la zakat, d’abord, et des quêtes auprès des villageois pour renflouer les caisses des zaouias et autres mosquées. Cet argent collecté avec le consentement de tous est systématiquement injecté dans le financement des travaux au profit des villages, comme l’aménagement des accès, dallages de pistes, branchement en eau, nettoyage, et de tant d’autres travaux d’utilité publique que les comités de villages jugent utiles pour le bien être de la collectivité. La veille de la célébration de cet événement religieux, la plupart de ces régions organisent la traditionnelle et non moins inexorable «timechret», symbole de l’entraide et de la solidarité, durant laquelle plusieurs veaux sont sacrifiés et débités en petits lots égaux qui seront ensuite distribués aux villageois pour les besoins de la préparation du dîner de «Taachourth». Cette tradition ancestrale,  aussi jalousement préservée par la population, vise, selon les citoyens, à mettre sur un pied d’égalité les villageois d’autant que la part de viande remise est la même aussi bien pour le pauvre que pour le riche. Tous les villages limitrophes sont invités à prendre part à la célébration d
cette fête religieuse au niveau des zaouias, durant laquelle un somptueux couscous avec de la viande de mouton, boucs et veaux, est offert à tous les visiteurs, en sus des chants religieux exécutés parles troupes de champs religieux (lakhwane) tout au long de cette fête.Les organisateurs de ces cérémonies religieuses ne laissent rien au hasard. Ils ne lésinent sur aucun effort pour faire de cette fête religieuse, à laquelle prennent part des centaines de personnes, femmes, hommes et jeunes et moins jeunes, un moment inoubliable qui ne peut que consolider les liens de fraternité et de solidarité entre les populations des différents villages.
Belkacem Adrar

MASCARA
Entre les us et coutumes de la région de Béni Chougrane

Mascara et ses environs limitrophes, à l’instar des autres régions du pays, célèbre dignement la fête de l’Achoura. Cette fête religieuse n’échappe pas aux règles des traditions ancestrales de nos aïeux qui ont toujours accordé une grande importance à de tels événements dans un esprit populaire et traditionnel, selon les us et les coutumes de la région de Béni Chougrane. 
Entre tradition prophétique et pratique culturelle séculaire, le jour de l 'Achoura revêt différentes significations. Le mot «Achoura», nous explique cheikh Korchi, imam de la mosquée d’EL Agagda, est dérivé de «Achara», qui signifie dix, ce qui correspond au dixième jour du mois de Mouharram, premier mois de l’année musulmane. 
La commémoration de l'Achoura dans la région de Béni Chougrane prend diverses formes. Traditionnellement les personnes respectueuses de la tradition jeûnent la veille et le jour de l’Achoura et se rendent au cimetière pour se recueillir sur les tombes de leurs proches. La visite au cimetière est accompagnée d’une distribution de dattes, de figues sèches et de pain. L’Achoura est avant tout une fête de la charité, de la compassion et dons aux plus démunis. 
Ce jour est perçu, comme la fête de l'enfance, de la famille et des traditions, et revêt une signification spirituelle et sociale. C’est aussi un jour de partage et de charité et sa célébration rappelle l'obligation de faire l'aumône, de s'acquitter d'une contribution matérielle destinée à assister les plus démunis (la zakat).  
Cette fête est perçue, au delà de son caractère de rite religieux, comme une tradition dans la cité de l’Émir qui marque cet événement haut en couleurs spirituelles, la tradition veut que la gastronomie soit différente des autres jours ordinaires. La préparation pour fêter en famille cela est présente dans tous les esprits des Mascaréens. 
 S'agissant de l'aspect culinaire, force est de constater que cette année l'informel même étant quelque peu  éradiqué du circuit commercial, les vendeurs à la sauvette d'autrefois reviennent à la charge pour écouler les poulets fermiers et autres chapons et les bouchers de la ville sont à défaut très sollicités pour l'achat du poulet de chair ou la dinde nécessaire à la préparation au repas à base de rougag (mouchoirs) fait avec de la semoule ou la «rechta» (pâtes traditionnelles) ou à défaut «el berkouses » savamment fait par les grand-mères des restes d'el kadid du mouton de l'Aîd el Adha. Le repas du soir est une tradition familiale héritée de génération en génération, un couscous avec la viande suivi d’un grand plateau de fruits secs. Les enfants ne seront pas bien évidemment laissés pour compte durant cette fête, les plus grands ont droit à des jouets, de vêtements neufs et des bonbons traditionnels comme «el kamounia».
 
Célébrer ces événements est toujours de mise parmi la population notamment en milieu rural
 
Dans les boutiques des quartiers populaires, le commerce des jouets fleurit avant la fête. Nombreux sont les commerçants qui changent leurs marchandises en cette occasion. Poupées, pistolets en plastique, voitures, épées, masques, pianos…, le choix est difficile pour les enfants. Quelques vendeurs occasionnels étalent leur marchandise à même le sol, à des prix à la portée de toutes les bourses. 
Dès l'aube, les femmes rendent visite à leurs défunts dans les cimetières avant de rentrer pour la préparation du couscous garni dont on se régale puisqu'on le sert à tous les membres de la famille et aussi aux invités du déjeuner et jusqu’au diner comme le veut la tradition. 
«Coutume séculaire dans cette culture populaire, nous indique cet homme de culte, imam de la vieille mosquée de Tighennif. Cette célébration renforce les liens de solidarité et de partage entre les membres de la société et c'est pourquoi la zakat au profit des démunis, une obligation religieuse sur les nantis de la population, revêt un caractère de cohésion sociale et de soutien populaire. «Khalti Yamna, une octogénaire qui ne fait pas son âge, nous explique amèrement que beaucoup de coutumes ont tendance à disparaitre progressivement et elle tient à nous le dire haut et fort, modernité oblige, certains parents, ajoute-t-elles, célèbrent des fêtes qui ne sont pas les nôtres et Dieu merci la fête populaire pour célébrer nos traditionss est toujours de mise parmi la population notamment en milieu rural. 
Les artères et rues commerciales de la ville de la cité de l'Emir sont prises d'assaut par les citoyens, particulièrement les femmes, qui viennent s'approvisionner en divers articles et produits proposés à bas prix. 
Cet engouement pour les fêtes traditionnelles constituent pour la plupart des gens des moments de joie et Si EL hadj Hamdaoui, commerçant à Baba Ali, un vieux quartier de Mascara nous affirme que durant Achoura et en guise de charité, il fait don de sa marchandise ancienne et non écoulée aux pauvres. «Outre le jeûne observé le jour d'Achoura, les mosquées et les zaouïas accueillent de nombreux fidèles venus accomplir El Adhkar. C’est aussi l’occasion de faire des dons aux nécessiteux. La fête de l’Achoura est célébrée dans la piété et la ferveur religieuse. 
Les familles se réunissent dans une ambiance chaleureuse, on parfume aussi la maison d’encens. Achoura reste ainsi l’occasion d’exprimer la solidarité propre aux Algériens, pour les jeunes et moins jeunes de recevoir mais de donner aussi aux démunis et aux malades. 
Les familles s’échangent les visites autour de la meida du ftour du jeûne et perpétuent une tradition vieille de plusieurs décans et l’on ressent le réel plaisir de voir que rien n’a été perdu de nos valeurs de traditions et de coutumes qui font la personnalité de l’Algérien, fier de son histoire et de son patrimoine  religieux et civilisationnel à tout point de vue. Achoura, une fête qui s’ajoute à toutes les autres qu’on célèbre allégrement dans une ambiance de convivialité, de plaisir, ferveur et de partage avec l’autre .
 
Abdelkader Ghomchi
  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions