lundi 23 septembre 2019 03:39:19

La fête de l’achoura : Entre spiritualités et traditions

La célébration de la fête de l’Achoura à Béchar et même à travers toute la vallée de la Saoura, qui correspond au dixième jour du mois de Mouharam, premier mois de l’année musulmane, est commémorée dans toute la spiritualité, la ferveur et la tradition, puisqu’au-delà de son caractère religieux, Achoura est aussi entrevue dans tout le sud-ouest du pays, comme une tradition ancestrale, jalousement ancrée dans les mœurs. Un événement qui est tout d’abord marqué par la gastronomie locale, un tribut hérité au fil des ans.

PUBLIE LE : 10-09-2019 | 0:00
D.R

La fête à BéCHAR 

La célébration de la fête de l’Achoura à Béchar et même à travers toute la vallée de la Saoura, qui correspond au dixième jour du mois de Mouharam,  premier mois de l’année musulmane, est commémorée dans toute la spiritualité, la ferveur et la tradition, puisqu’au-delà de son caractère religieux, Achoura est aussi entrevue dans tout le sud-ouest du pays, comme une tradition ancestrale, jalousement ancrée dans les mœurs. Un événement qui est tout d’abord marqué par la gastronomie locale, un tribut hérité au fil des ans. 
 
Outre cet aspect spirituel, essentiellement imprégné par le jeûne de ce jour et du jour qui le suit ou le précède, et que les familles n’hésitent point à accomplir, pour ses mérites et ses récompenses prescrits par le Prophète (QSSSL), et par les «Adhkar» (supplications), que les fidèles ont déjà entamés depuis le premier Mouharem, à travers toutes les mosquées de la région, c’est dans un esprit de joie, de solidarité et de partage que se prépare cette fête. Généralement en famille, mais aussi avec les voisins et les amis, on déguste, ce jour-là, ce plat traditionnel scrupuleusement préparé par les maîtresses de maison : le Mardoud, gros couscous ( appelé «aïch» ailleurs), à base de semoule et de farine roulés et qui, pour être servi, sera noyé dans un bouillon riche en légumes frais et secs (fèves, lentilles et même morceaux de truffes séchées, pour ceux dont la bourse a permis d’en conserver un peu , compte tenu de leurs prix élevé, depuis un certain nombre d’années). 
Mais ce qui fait la singularité de ce plat, c’est bien plus El-Kadid, cette viande du mouton de l’Aïd-el- Adha, qui a été séchée et conservée pour la circonstance et qui donne au Mardoud, une saveur très particulière.  En allant un peu plus loin dans le Sud, c’est la Belboula qui trône, ce jour-là : un couscous traditionnel à base de blé et garni d’une variété de choux du Sahara, appelée Kroumb et cuit avec le Ousbana, tripes farcies. Hormis l’aspect gastronomique de l’Achoura, ce sont aussi certaines pratiques qui demeurent bien ancrées dans les traditions. À l’occasion de l’Achoura, par exemple, on se vêtit de neuf, et femmes et filles mettent du khol et du henné, puis coupent une mèche de leur chevelure, en guise d’aumône. La circoncision des garçons est aussi un événement que l’on accomplit à cette occasion, alors qu’à Kénadsa (18 km du chef-lieu de la wilaya, c’est le «Barka Yéchou» qui est organisé à travers les rues de la ville : une festivité singulière, avec ses Madih et ses costumes étranges. Chez certaines familles, enfin, et en guise d’accueillir cette nouvelle année que l’on espère bien plus fructueuse que la précédente, et qui, cette année, le sera sûrement, en raison déjà des fortes pluies qui se sont abattues sur la région et ont fait la joie des citoyens, mais aussi des agriculteurs, on achète un petit quelque chose pour «la maison» (un ustensile de cuisine, un tapis, un service à café, etc.). 
Quoi qu’il en soit, Achoura demeure, dans le Sud et à l’instar des autres régions du pays, l’occasion de faire une aumône, de quelque nature que ce soit, et à l’égard de son prochain, même si cela devrait se limiter à des souhaits de bonheur et de bien-être, que l’on souhaite d’ailleurs également à tout le peuple algérien.
Ramdane Bezza
Bordj Bou Arreridj
une journée pas comme les autres 
 
La journée de Achoura qui marque la bénédiction divine envers le prophète Moussa sauvé des griffes du pharaon est célébrée avec faste dans la wilaya de Bordj Bou Arreridj. En plus de jeûner cette journée pour remercier Dieu de cette bénédiction, les habitants de la wilaya tiennent à organiser la veille de cette dernière un dîner copieux pour montrer leur joie de son arrivée. Le dîner qui avait à la base le couscous avec de la viande séchée se fait maintenant avec du poulet. Mais les dimensions qu’il a prise d’être réuni avec la famille n’ont pas changé. C’est l’occasion de grandes retrouvailles que nulle autre circonstance n’aurait empêché. Grands et petits s’assoient à la même table pour évoquer la particularité de l’événement mais aussi consacrer l’unité de la famille. Entre les récits des grands sur la manière de célébrer la journée par le passé et les espiègleries des petits qui donnent un aspect festif à l’occasion, c’est une tradition qui se perpétue.
 
Achoura, c’est le début de la zakat
 
Ce qui fait d’elle une date marquante dans la vie économique et sociale de la région à l’instar de plusieurs autres à travers le pays. Beaucoup de personnes nanties tiennent à distribuer la part fixée par Dieu dans leur patrimoine aux pauvres dès l’arrivée de cette journée.
 Les paysans dont la récolte est terminée généralement en cette période profitent de l’occasion pour mettre de côté cette part, avant de pouvoir disposer quoique ce soit pour la vente ou pour la consommation personnelle.
 
 Début de la distribution  de l’ Achour  
 
D’ailleurs l’opération s’appelait l’Achour du nom de la journée. Les pauvres qui sont généralement connus des agriculteurs qu’ils soient éleveurs ou céréaliers et des commerçants vont chez ces derniers pour récupérer leurs provisions qui leurs permettent de tenir une année dans la dignité.
L’accompagnement des membres de cette catégorie ne s’arrête pas là. Ils participent même aux festivités en participant au dîner donné à cette occasion grâce à une autre tradition toute aussi significative «Lawzia» qui veut dire littéralement la distribution. Les habitants de chaque localité se réunissent pour acheter des veaux qu’ils vont égorger pour consommer leurs viandes. Même les pauvres qui n’ont apporté aucune contribution auront leur part. 
Ce qui fait qu’au dîner tout le monde mange à satiété. L’Achoura est fêtée de la même manière dans toutes les maisons. Plusieurs villages de la wilaya qui ont organisé lawziaa ont tenu à respecter cette coutume ancestrale.
Bien sur l’aspect culturel n’est pas à dédaigner puisque la célébration de l’Achoura permet de préserver un patrimoine immatériel important que ce soit pour les récits, les arts culinaires et tant d’autres. Cette journée bénie de Dieu n’est pas comme les autres. Ses dimensions le rappellent.
Fouad Daoud

SIDI-BEL-ABBES
équilibre et harmonie 

 
Evocatrice d’une valeur de solidarité surtout entre les membres de la communauté pour mieux préserver son équilibre et son harmonie et consolider ses liens, la fête de Achoura est célébrée annuellement comme il se doit à Sidi Bel Abbès même si certaines traditions et coutumes ont tendance parfois à s’effilocher au vu de l’évolution d’une société en quête de réhabituassions de ses repères et de ses marques. 
Le fondamental a été toutefois jalousement sauvegarder pour
guider les fideles et avoir une pensée pour les démunis et les moins favorisés. Et comment ne pas se rappeler d’un temps où cette date constituait une halte pour raviver les sentiments de convivialité et de générosité, d’union et d’hospitalité d’une nation soucieuse de perpétuer le rite .Toute une semaine est consacré au récit deu Coran et à la méditation sur l’exemplarité d’une conduite du prophète (QSSSL). 
Les mosquées ne se vidaient point pour accomplir des prières et suivre ces causeries religieuses animées par des théologiens et hommes de culte qui ne s’empêchaient nullement pour insister sur l’union et la solidarité de la nation et recommandaient l’attachement aux préceptes del’Islam et à l’amour du pays.
Dans les places publiques, l’animation est à son comble au gré des activités de ces troupes folkloriques, notamment Ashab El carabina pour attribuer de la résonance à cet événement rassembleur. Les halakates organisées parallèlement permettaient aux guwels de s’étaler sur les contes pour relever la générosité de nos ancêtres quant au soutien des pauvres. Quelques familles, fidèles à la tradition et au rite, sacrifiaient des moutons pour les partager et s’enorgueillir de leurs actes, synonymes d’une fidélité et d’une conformité à l’esprit d’une religion sacrée aussi par son caractère universel et par le sens de la justice sociale dans sa pratique.
Peu perceptible cette ambiance d’antan, il est vrai, mais cette
célébration est mise à profit pour venir en aide aux couches démunies et témoigner de la solidarité de cette nation.  Les bienfaiteurs, dans l’anonymat souvent, s’acquittent de ce devoir sacré pour donner du baume au cœur à ces personnes se trouvant dans la précarité. 
Et cette notion de solidarité scrupuleusement entretenue qui donne de l’espoir pour stimuler un optimisme. Effectivement, lors de cette rentrée scolaire à titre d’illustration, les opérations de solidarité menées au profit des enfants nécessiteux restent conséquentes pour justement percevoir cette singularité d’un peuple mise en évidence dans chaque épreuve.
Signalons enfin des visites sont programmées à travers quelques établissements, notamment le centre des personnes âgées pour commémorer cette fete, vivre des moments de convivialité  et manifester à propos cette solidarité. 
Aussi, des thèmes sur la portée de cette date dans le raffermissement des liens d’une société seront débattus tout au long de la semaine…
Abbés Bellaha
 

BEJAIA
Un esprit spirituel

La fête de l’Achoura qui coïncide avec le dixième jour du mois Moharrem de l’an hégirien est célébrée par les citoyens avec beaucoup d’attention et de ferveur dans un climat religieux. 
Cette tradition est célébrée selon les us et coutumes de chaque région. En Kabylie, particulièrement dans la vallée de la Soummam dans la wilaya de Bejaia, la fête de l’Achoura ou Taachourt est une journée très importante de par sa valeur religieuse qui consiste avant tout à observer le jeûne durant cette journée. Autre fait important de cette fête c’est la solidarité entre les riches et les pauvres par des actions d’aides et d’aumône.
Les riches se solidarisent avec les pauvres en offrant la zakat. Une action de solidarité et de bienfaisance qui consiste à soustraire un pourcentage sur toute valeur financière en possession des personnes aisées ayant été épargné durant une année, que ce soit en argent, en produits alimentaires ou en marchandises appelé le nissab de la zakat.  
Les riches répartissent le montant du pourcentage dégagé sur plusieurs personnes nécessiteuses. Cette année le ministère des Affaires Religieuses et des Wakfs a annoncé que le nissab de la zakat de l'argent et des offres commerciales pour cette année 1441 de l'Hégire a été fixé à cinq cent quatre-vingt-deux et deux cents cinquante dinars algériens (582.250, 00 DA), ce qui équivaut 85 grammes d’or à la valeur de 6 850 dinars le gramme du métal précieux. 
La zakat correspond au quart du dixième, soit 2,5% de toute valeur ayant atteint le nissab au terme d'une année, à savoir l'argent, les offres commerciales et les marchandises évalués au prix de vente actuel le jour de la zakat.  Les riches répartissent le montant du pourcentage dégagé comme intérêts sur plusieurs personnes nécessiteuses ou verser dans les fonds de Zakat ouverts dans les mosquées et les zaouïas et dont la collecte sera consacré à la réhabilitation et la réfection des édifices religieux ou la réalisation des projets socioculturels des villages.
Autre fait important dans les mosquées, des cérémonies et rencontres pour la récitation des versets du Saint Coran regroupaient les fidèles autour des imams, qui les exhortaient à la purification des cœurs par la charité, la compassion   également par des dons aux plus démunis. 
Cette fête a également un aspect culinaire particulier qui est marqué dans les régions de Bejaia par la préparation du couscous au poulet arrosé d’une sauce riche en légumes, courgette, haricot secs à oeil noir appelé Loubia lakvayal avec du poivron piquant et garnis de morceaux d’Akhelih, Achelouh ou Aquadid, viande séchée et salée prise du mouton de l’Aïd El Kébir. Un plat traditionnel que les citoyens mangent la veille de cette journée.  
Certaines familles préparent également la «Rechta» «Macaron turc» ou «dewida» pâte que les femmes confectionnent elle-même a la maison et qui est préparé avec une sauce blanche accompagné de navets et pois chiches et accompagné de morceaux de poulet sans oublier le petit lait (Ighi ou Rayab). 
Les gâteaux traditionnels et sucreries garnissent aussi, en cette journée religieuse, la table familiale ou certaines femmes Bougiotes préparent des beignets (lasfenedj ou Lakhefaf) qu’elles distribuent aux voisines.  De même, la préparation des plats de « Temina » (Atamine) à base de semoule grillée ou de fruit du karoub moulu imbibé de l’huile d’olive. Mais ce qui est marquant dans les villages c’est l’organisation de la Waada de Taachourt, appelée également Zarda ou Timecheret qui consiste à sacrifier quelques veaux et distribuer à part égale la viande entre toute la population du village, particulièrement pour les nécessiteux. 
De même des repas collectifs sont organisés dans les douars et villages ou les citoyens se rassemblent pour manger ensemble le couscous collectif dans une ambiance conviviale. En Kabylie les traditions de l’Achoura sont omniprésentes dans chaque famille.
Dans beaucoup de foyer la fête de l’Achoura marque des traditions perpétuelles ou les femmes coupent les mèches de leurs cheveux, mettent le henné pour elles et leurs enfants et s’abstiennent d’exécuter les travaux domestiques comme la couture ou le lavage des vêtements pour éviter la tremblote aux mains une fois atteint l’âge avancé.  
Il va sans dire que l’Achoura demeure pour toujours une fête qui allie la vie spirituelle et l’aspect festif qui est commémoré dans tous les foyers des populations de la Soummam et des autres localités de la wilaya. Par ailleurs, l’Achoura permet aux enfants de se rapprocher davantage de leurs parents en leur rendant des visites familiales pour leur demander d’accepter leur pardon et surtout instaurer un climat familial serein entre tous les membres de la famille.
 Mustapha Laouer 

SéTIF
Un moment fort de Convivialité 

 
Dans la wilaya de Sétif, la fête de l’Achoura qui correspond au dixième jour du mois de Mouharem du calendrier de l’hégire, est célébrée dans un climat de joie et de piété, à la mesure des riches traditions que connaît depuis la nuit des temps cette région. Autant d’acquis que les populations du nord, à l’instar de ces hauteurs de Guenzet ou Beni Ourtilène, continuent de préserver et de mettre en exergue chaque année en pareille période. Des moments forts de convivialité, de foi et de piété qui sont encore marquées par des rencontres familiales autour d’un bon «Seksou» assaisonné de viande séchée qui dégageait des senteurs sublimes d’un autre temps et réunissait ainsi petits et grands de la famille venus d’ici et là, pour fêter l’événement et exprimer aussi leur juste reconnaissance aux aînés, visiblement fiers de leur progéniture. L’Achoura dans ces zones montagneuses réputées pour leurs nombreuses écoles coraniques, qui font encore honneur à ces régions des Béni Yala et aux enfants de cheikh El Fodhil el Ourtilani pour ne citer que celles-ci, c’est aussi des moments forts de solidarité. Pour les plus nantis, c’est parfois aussi le sacrifice d’un veau que l’on partage avec les plus démunis, bien que la tradition soit aussi  marquée par ce repas assaisonné  à ce morceau de viande salée et séchée, de préférence, la partie comportant les côtes, que l’on aura soigneusement gardées du sacrifice de l’Aid el Adha pour cette fête de l’Achoura. Autant de valeurs et de traditions ancestrales réveillées qui ne manquent pas de mettre en exergue, un superbe «Abissar» ou alors ce «Seksou» au poulet pour le dixième jour et pour la cerise sur le gâteau ce plat de «Tikerbabine» que l’on prend également soin de déguster à cette occasion. Des rencontres d’espoir et de sérénité qui étaient aussi rehaussées par cette merveilleuse cérémonie de henné pour les femmes et les enfants dans un décor «d’achayate» beignets ou makrout fumants et de «Halagat» religieuses qu’animaient petits et grands de ces villages comme dans toutes ces contrées du sud de la wilaya où Achoura est toujours fêtée avec ces mêmes valeurs. A Sétif, cette fête de l’Achoura est célébrée dans la même convivialité. La famille se réunissait autour d’une succulente «M’feremsa» une pâte feuilletée que les femmes prenaient soin à préparer en se levant très tôt ce jour-là avant de céder la place aux plus averties pour la transformation de ces boulettes de pâtes qui étaient mises en forme, au préalable, en feuilles fines que l’on faisait cuire sur un «tadjine» et que l’on entreposait une sur l’autre en prenant soin de les garder chaudes, au mieux que l’on puisse, alors que la sauce était soigneusement préparée par celles qui excellaient en la matière, avec du poulet ou de la viande en veillant à y mettre tous les ingrédients nécessaires. Sublime espace familial que réunissait autour d’une «meida» (table ronde et basse en bois) et d’un «Methred» grande assiette en bois, ce repas succulent dans ces senteurs d’un autre temps avant que les femmes et les enfants ne s’adonnent à la cérémonie de la Henna (henné) en cette fête de Achoura qui permettait aux plus nantis de s’acquitter de la «Zakat» ou mieux «Laachour» pour que cette fête soit un moment fort de convivialité et de solidarité dans tous les coins de cette wilaya.
                                                                                                       Farouk Zoghbi     
 
 

Oran 
Un grand moment de solidarité
Achoura est une des rares fêtes religieuses qui  préserve, à ce jour, son caractère festif traditionnel d’antan dans la région de l’Oranie.  En effet,  pour une majorité des ménages oranais, cette fête religieuse est une occasion pour s’offrir  des plats du terroir, se réunir en famille et échanger les vœux. Pour les personnes démunies et familles pauvres, Achoura est un grand jour de solidarité qu’elles attendent avec impatience chaque année, pour  faire valoir leurs droits auprès des riches, conformément à la prescription islamique.  
Ainsi, certaines familles — les plus chanceuses d’entre elles — reçoivent un montant assez conséquent de la zakat, d’autres moins.  Aïcha S., une veuve âgée de 50 ans, confie  que le montant de la zakat qu’elle reçoit le jour d’Achoura, est l’équivalent de plusieurs  mois de son salaire. «Mon époux travaillait dans une grande  unité de fabrication de textiles mais ne  bénéficiait  pas d’une couverture sociale. Après sa mort, moi et mes quatre enfants, nous nous sommes trouvés sans aucun revenu. Du coup, je n’avais pas d’autre choix que de chercher du travail pour nourrir ma famille. Actuellement, je travaille à temps partiel dans un restaurant  et le salaire que je perçois, oscille entre 11.000 et 12.000 DA par mois. Et c’est grâce à la zakat d’el Achoura que j’arrive à faire face aux grandes dépenses de l’année. Le propriétaire de l’unité qui employait mon mari, m’octroie, chaque année, une bonne somme de la zakat. Les voisins, aussi,  ne me privent pas de leur charité. Mais bon, ce ne sont pas tous les pauvres qui ont cette chance, malheureusement» dit-elle. Le cas de Hadja Zohra, mère de 5 enfants dont un handicapé, confirme le témoignage d’Aïcha S. : «J’habite dans un bidonville et mes voisins vivent presque tous dans la précarité sociale et leur situation n’est pas très différente de la mienne. La zakat d’Achoura me permet, surtout de faire plaisir à mes enfants. Je leur prépare des plats, la viande rouge pendant deux ou trois jours, sans plus», confie-t-elle. Les pauvres ne sont pas les seuls à profiter de cette fête religieuse, les commerçants aussi. 
En effet, comme chaque année et durant les jours qui précèdent Achoura, les boucheries dans le marché des Aurès (ex-la Bastille) et Mdina El Jedida, proposent à leurs clients des coqs vivants, spécialement pour l’occasion. 
Car il faut savoir que dans la région de l’Oranie, beaucoup de familles soucieuses de préserver la vieille tradition, achètent un coq vivant qu'elles égorgent à la maison, selon la méthode islamique. A El Bahia, le coq et le Rougag (mouchoirs) sont les stars des repas traditionnels associés à cette fête chez la plupart des familles. Pour d’autres, c’est plutôt el Berkoukess bel Osbane (la panse farcie). Al Achoura, c’est aussi une occasion pour se réunir en famille autour d’une table commune  et partager un repas traditionnel dans une ambiance conviviale. «En tant que mère de famille qui a, toujours, vécu dans un milieu imprégné des valeurs islamiques, la célébration de cette fête  jouit d’une importance particulière. Personnellement, je lui consacre le temps et l’effort qu’elle mérite. Chaque année, je demande à mes filles et à mes belles-filles de préparer ensemble le grand repas du soir. C’est une occasion pour renforcer davantage les liens familiaux, mais surtout pour inculquer et apprendre à mes petits-enfants les valeurs des traditions musulmanes», dira Mme Zohra, une retraitée du secteur de l’enseignement qui, toutefois, regrette que de plus en plus, que certaines  familles se détachent des traditions de fêtes religieuse, notamment dans les grandes villes. «Dans le Sud où j’ai grandi avant de m’installer à Oran après mon mariage, la fête d’Al Achoura durait jusqu’à une semaine et son aspect était strictement religieux et spirituel. A Oran, c’est plutôt l’aspect commercial de cet évènement qui s’impose. Je dirai que pour la majorité des habitants de cette ville, surtout les jeunes, c’est une journée chômée et payée, sans plus», dit-elle. Al Achoura, c’est aussi l’occasion pour de nombreuses familles pour rendre visite à leurs défunts ainsi qu’aux vieilles personnes parmi leurs proches. Dans les quartiers populaires, Al Achoura se fête collectivement. De nombreuses familles dans ces quartiers habitent dans des grands Haouches (maison collective ancienne) qu’elles transforment, pour l’occasion, en lieux de regroupement des voisins, à qui, on offre le couscous préparé par les maîtresses de maison. D’autres, préfèrent le Maârouf  qu’elles distribuent dans les moquées où dans les centres d’accueil des personnes âgées.
Amel Saher

 
Constantine
La « Kachkcha » a toujours la côte
Depuis déjà quelques semaines, beaucoup de marchands de fruits et légumes avaient amorcé leur reconversion coutumière en vendeurs de fruits secs, annonçant du coup l’une des plus populaires célébrations en cours dans la région de Constantine, la fête de l’Achoura, dixième jour du mois de Moharem, qui coïncide avec la journée d’aujourd’hui résiste encore, nonobstant les campagnes infondées de dénigrement la rangeant tantôt du côté des manifestations chiites, tantôt du côté des coutumes juives. Que ce soit au niveau des principaux marchés du centre-ville, ou ceux des localités périphériques, à l’image du Khroub et de la nouvelle ville Ali Mendjeli, les étals se sont parés d’arachides, de fruits à coque (amandes, noix, pistaches, etc.), de fruits séchés (figues, pruneaux) et confits (abricots, cerises), ainsi que de différentes friandises. C’est dire si la demande est importante en cette période et que l’assortiment de toutes ces denrées, appelé «Kachkcha», a encore de beaux jours devant lui.
 Abordé alors qu’il s’apprêtait à passer commande auprès d’un marchand, Fateh, 40 ans, père de deux enfants, est un farouche partisan de la sauvegarde des traditions anciennes : «Aussi loin que je me souvienne, nous avons toujours fêté Achoura chez nous. Je me rappelle surtout de l’ambiance particulière qui régnait ce jour-là à la maison, de la joie des enfants que nous étions et de toute l’ardeur que mettaient ma mère et mes tantes pour que tout soit prêt pour le repas, à l’heure de la réunion de tous les membres de notre grande famille.
 C’est cet état d’esprit, basé sur la fraternité et l’union que je voudrais inculquer à mes enfants, et je sûr qu’à leur tour, ils feront tout pour perpétuer cette tradition», a-t-il affirmé. Cela dit, c’est cette même demande qui a fait grimper de manière spectaculaire des prix déjà élevés, ce qui n’a pas manqué de susciter la réprobation de clients finissant souvent par se plier au fait accompli. À titre d’exemple, le prix du kilogramme de cerneaux de noix variait entre 2.200 et 2.500 DA, alors que la figue sèche était cédée à 900, voire 1.000 DA. Même les plus avisés d’entre les citoyens, lesquels ont préféré se rendre au quartier de la Souika, situé dans la vieille ville et réputé pour ses prix abordables, n’ont pu réaliser de substantielles économies. «Après les saignées du ramadhan, de l’Aïd el-Fitr, de la rentrée scolaire et de l’Aïd el-Kébir, vient aujourd’hui le tour de l’Achoura. On s’habitue à tout, finalement ! », a commenté avec dérision une dame d’âge vénérable. Pour en revenir à la célébration à proprement parler, il convient de mentionner que les Constantinois ont l’habitude de se réunir en famille autour du rituel plat de pâtes traditionnelles (chakhchoukha, mais aussi tridat el-keskes ou couscous) garni préférentiellement de viande de poulet, en guise de dîner de la veille ou en repas de rupture de jeûne pour ceux qui auraient respecté la sunna instituée par le prophète (QSSSL). Ensuite vient, au grand bonheur des tous les petits, l’heure de la «kachkcha». Les fruits et les bonbons sont disposés sur une grande «sinia» en cuivre, et servis avec du thé, préambule à une veillée se prolongeant souvent jusqu’aux premières lueurs de l’aube, émaillée d’évocations nostalgiques des plus âgés, lesquels se souviennent encore d’un temps où enfants, ils faisaient le tour du voisinage pour quêter des friandises en chantonnant : «Hadi Dar Sidna, Koul Âam Etzidna» (c’est la demeure de notre seigneur, elle nous en offre davantage chaque année), tradition qui, hélas, a bel et bien disparu depuis. 
Issam Boulksibat
 
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