lundi 23 septembre 2019 03:38:47

S.E.M. Pham Quoc Tru, ambassadeur du Vietnam

«La coopération est au dessous du potentiel des deux pays»

PUBLIE LE : 02-09-2019 | 0:00
D.R
À l’occasion du 74e anniversaire de la fête nationale de son pays, S.E.M Pham Quoc Tru, ambassadeur du Vietnam en Algérie, est revenu 
sur l’importance que revêt le 2 septembre pour les vietnamiens. L’occasion sera aussi saisie pour évoquer la coopération bilatérale et ses perspectives. «Il faudrait des efforts visant à relever les obstacles majeurs (…) surtout dans le domaine économique, et aussi des mesures nécessaires à prendre afin de promouvoir cette coopération», estime le diplomate.  
 
Le 2 septembre, le Vietnam célèbrera sa fête nationale. Que signifie cette date pour les vietnamiens ?
Il y a 74 ans, la Révolution d’Août a triomphé au Vietnam après deux semaines de soulèvements généraux entrepris par le  peuple vietnamien dans le pays entier contre le joug de la domination féodo-coloniale pour se libérer. Le 2 septembre 1945, devant un million de Vietnamiens rassemblés à la place Ba Dinh, dans la capitale Hanoï, le   président Hô Chi Minh a solennellement proclamé l’indépendance du Vietnam vis-à-vis de la France et l’établissement de la République Démocratique du Vietnam — le premier État démocratique indépendant en Asie du Sud-Est. Depuis cette date, le 2 septembre est devenu la Fête Nationale du Vietnam. Pour le peuple vietnamien, il s’agit d’un tournant remarquable de son histoire, qui a ouvert une nouvelle ère —  celle de l’indépendance et de la liberté du peuple vietnamien.  
 
En 2018, le PIB du Vietnam a connu   le taux de croissance économique le plus   élevé en Asie du Sud-Est, avec 7,08%. Des économistes considèrent votre pays comme le "miracle asiatique". Quelles sont les clés de cette réussite ?
Pendant plus de 30 ans depuis le lancement du Doi moi (renouveau), le Vietnam a enregistré des succès remarquables dans   le   développement économique en maintenant un taux moyen de croissance de 6.8% par an. L’année dernière, le taux a dépassé 7% malgré toutes les difficultés auxquelles le pays faisait face. Une telle réussite a été possible grâce à une bonne politique de réformation et de nombreux efforts entrepris   continuellement par le Vietnam dans le but   de libéraliser et d’ouvrir son économie tout en l’intégrant à l’économie régionale ainsi qu’à celle mondiale. 
 
En 2019, votre pays prévoit d'accélérer la mise en œuvre de son plan de développement socio-économique pour la période 2016-2020, et d'en poser les bases d'une stratégie plus vigoureuse pour les dix années suivantes. Pouvez-vous nous en dire plus ? Quels sont les défis qui attendent encore d'être relevés ?
La récente revue de la réalisation du plan vietnamien de développement socio-économique pour la période 2016-2020 a donné des résultats très positifs dans la plupart des domaines, à savoir particulièrement le maintien du taux de croissance économique élevé, la stabilité macroéconomique, les faibles taux d’inflation et de chômage, la transformation positive de la structure économique nationale vers l’industrialisation et la modernisation, l’amélioration   du niveau de vie de la population, la baisse du taux des familles vivant sous le seuil de  pauvreté et l’augmentation du nombre de personnes couvertes par l’assurance de santé, etc. 
Toutefois, il nous reste encore beaucoup à faire pour achever ce plan quinquennal en atteignant tous les objectifs fixés. De plus, notre pays doit faire face à un grand nombre de défis et surtout dans les dix années qui viennent après. Il est à noter en particulier les quelques défis majeurs suivants : D’abord, parlons de ceux venant de l’extérieur. L’économie mondiale risquerait de tomber dans une  prochaine récession, surtout dans le contexte d’une guerre commerciale accrue entre les États-Unis et la Chine et d’une tendance mondiale croissante du protectionnisme. Étant grandement ouverte sur le monde et donc très sensible au changement de cet environnement, l’économie vietnamienne, qui a pour partenaires les plus importants; la Chine et les Etats-Unis, devrait subir de conséquences très négatives de cette conjoncture mondiale. De plus, le Vietnam est parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique dont le rythme est devenu de plus en plus rapide.   Ce défi énorme le forcera à mettre une importance   beaucoup plus accentuée dans l’élaboration de sa stratégie de développement dans les années à venir. Passons maintenant aux  défis  internes. Premièrement,  il y a le problème démographique qui devient de plus en plus sérieux du fait que la proportion des personnes âgées dans la population vietnamienne a augmenté rapidement au cours des trois dernières décennies, alors que le taux de natalité a beaucoup baissé. Selon les prévisions de l’ONU, la proportion de la population âgée de plus de 65 ans au Vietnam sera supérieure à celle de nombreux autres pays régionaux. Cela soulève des inquiétudes quant à la pression exercée sur le futur système national de santé et celle de protection sociale et de retraite. Deuxièmement, la productivité du travail au Vietnam est nettement faible par rapport à d’autres pays d’Asie. A titre d’exemple, elle est équivalente à 1/18 de Singapour, 1/16 de la Malaisie et 1/3 de la Thaïlande et de la Chine. Troisièmement, la modeste qualité de la croissance économique du Vietnam reste un autre problème important à résoudre pour améliorer sa compétitivité internationale et soutenir son développement durable. Quatrièmement, l’insuffisance des infrastructures continuera d’empêcher considérablement la croissance économique du Vietnam. 
 
Evoquons maintenant les relations entre nos deux pays. En présentant vos lettres de créance au chef de l’Etat, M.  Abdelkader Bensalah, vous avez fait part de votre engagement à «faire tout votre possible» pour contribuer au renforcement de l'amitié et de la coopération entre le Vietnam et l'Algérie dans le temps à venir. Pour ce faire, quelle stratégie  comptez-vous mettre en œuvre ?
Je concentre mes efforts d’abord sur l’amélioration du cadre juridique en le complétant et renforçant par la signature des accords nécessaires pour le rendre plus favorable au développement de la coopération entre nos deux pays dans divers domaines dont surtout le commerce, l’investissement, l’agriculture, le tourisme, la culture et la main d’œuvre. Je cherche aussi à promouvoir davantage les échanges entre nos deux pays aussi bien que dans les divers domaines qu’à tous les niveaux possibles (national, local, gouvernemental, non-gouvernemental, parlementaire, populaire, entreprisse, etc.). J’œuvre de tout mon mieux possible pour que le peuple algérien comprenne mieux mon peuple et vice versa, et que nos deux pays soient toujours amis proches comme des frères. 
 
Quelle évaluation faites-vous de l'état actuel des relations bilatérales ?
Le Vietnam et l’Algérie entretiennent des relations d’amitié traditionnelle de longue date. La coopération entre eux a connu des progrès notables dans certains domaines. Les deux pays ont signé plus de 30 accords jetant la base juridique à la coopération bilatérale dans un nombre de domaines. Une commission mixte co- présidée par les ministres des deux pays a été établie afin de coordonner et de promouvoir la coopération bilatérale. Lors de sa 11e session tenue à Alger en 2017, à l’occasion du 55e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays, un grand nombre de mesures ont été décidées par les deux parties dans le but de donner une plus grande impulsion à leur coopération bilatérale dans un grand nombre de domaines. D’autres mesures ont été aussi prises dans le même but à l’issue de la visite officielle du ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, au Vietnam, en juillet 2018. La plus substantielle coopération entre les deux pays réside dans les domaines suivants : Sur le plan de la coopération politique, outre les échanges de délégations de haut niveau en visite, les deux pays ont procédé à des consultations politiques régulières au niveau vice-ministériel des affaires étrangères. Ces consultations ont contribué au renforcement de la compréhension mutuelle et de la collaboration des deux pays dans les instances internationales. Les deux pays se sont aussi réservés le statut d’exemption de visa pour leurs citoyens titulaires de passeports diplomatiques et de passeports de service et aussi le statut d’exemption de frais de visa pour leurs citoyens titulaires de passeports ordinaires. De plus, le Groupe d’Amitié avec l’Algérie, le quel est composé de députés au sein de l’Assemblée Nationale du Vietnam et l’Association d’Amitié Vietnam-Algérie ont été créés. Du côté algérien, il existe aussi le Groupe d’Amitié avec le Vietnam au sein de l’Assemblée Populaire Nationale et l’Association d’Amitié Algérie-Vietnam. Ces groupes et Associations entreprennent diverses activités contribuant à renforcer les liens et les échanges entre les parlements et les peuples des deux pays. Sur le plan économique, les deux pays ont entrepris ensemble des investissements du montant de plus d’un milliard de USD dans le projet commun d’exploitation de pétrole au gisement de Bir Seba, dans la wilaya d’Ouargla. Ce projet a commencé à produire du pétrole en 2015 avec la capacité de production de 20.000 barils par jour. À l’heure actuelle, les parties procèdent à effectuer d’autres investissements visant à doubler la production du projet. Sur le plan commercial, les échanges entre les deux pays ont connu un essor considérable durant ces dernières années. Le volume des exportations vietnamiennes vers l’Algérie a augmenté de 233 millions de USD en 2015 à 271 millions de USD en 2016 et à 281 millions de USD en 2017, ce qui fait que l’Algérie est devenue le 3e marché importateur des produits vietnamiens en Afrique. Toutefois, ce volume a chuté 30% en 2018 en raison des interdictions d’importations appliquées par la partie algérienne. Cette chute de nos échanges commerciaux a continué encore dans le premier semestre de 2019. Ceci rend beaucoup plus difficile la réalisation de notre objectif d’un milliard de USD du volume des échanges commerciaux bilatéraux par l’an 2020. Sur le plan de la main-d’œuvre, depuis plusieurs années, le Vietnam fournit à l’Algérie chaque année des centaines d’ouvriers travaillant dans la construction.
 
Quels sont, selon vous, les obstacles qui freinent la coopération actuelle entre les deux pays?
Malgré un développement notable de la coopération entre nos deux pays dans plusieurs domaines lors de ces dernières années, cette coopération reste encore au dessous du niveau de la relation politique et du potentiel des deux pays. Il leur faudrait des efforts visant à relever les obstacles majeurs à la coopération bilatérale, surtout dans le domaine économique et aussi des mesures nécessaires à prendre afin de promouvoir cette coopération. Le principal obstacle consiste dans la faiblesse du cadre juridique actuel pour la coopération économique bilatérale. Il s’agit d’abord de hautes barrières tarifaires et d’un grand nombre de mesures non-tarifaires qui sont actuellement appliquées par les gouvernements des deux pays dans leur commerce bilatéral; il s’agit aussi de l’insuffisance de la réglementation bilatérale dans le domaine de l’investissement et du financement, et encore du manque d’un mécanisme de règlement efficace des disputes (litiges) entre les deux parties. 
Entretien réalisé par Nadia Kerraz
 
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