Béjaïa : Le congrès de la Soummam à Ifri Ouzellaguène : Une étape majeure dans la lutte pour l’indépendance

Le Congrès de la Soummam est présenté comme l’acte fondateur de l’État algérien moderne et un pilier déterminant pour la réussite de la Révolution algérienne
PUBLIE LE : 20-08-2019 | 0:00

La commémoration du double anniversaire du 20 août 1955 /1956 constitue incontestablement un événement éminemment historique, celui de l’offensive du Nord-Constantinois, en 1955, et la tenue, le 20 août 1956, du Congrès de la Soummam, première réunion des chefs de zones militaires de l’Armée de libération nationale, pour instaurer une stratégie contre l’ennemi colonial.

Le Congrès de la Soummam est intervenu après  le premier coup de feu  tiré le premier novembre 1954  suite à  la Déclaration qui appela le peuple algérien à se mobiliser et à s’unir pour répondre à l’appel des moudjahidines qui ne voulaient plus vivre dans la clandestinité  mais affronter l’occupant malgré les modestes moyens militaires dont ils disposaient, notamment des fusils de chasse,  animés toutefois d’une volonté inébranlable, un courage sans faille et la foi en Dieu. Le peuple algérien savait pertinemment que lorsque
« le peuple un jour veut la vie, force est au destin de répondre, aux ténèbres de se dissiper et aux chaînes de se briser ». Le coup de feu du 1er Novembre a chauffé les cœurs des Algériens qui savaient que la lutte et le combat seront rudes, mais que l’indépendance allait être arrachée. Après deux années de lutte sur le terrain, l’Armée de libération nationale (ALN) décide de mettre en place une organisation et une stratégie militaires pour contrer l’ennemi, et l’organisation sur le terrain est plus que nécessaire.  C’est à partir de cette idée que fut organisé le Congrès de la Soummam le 20 août 1956. La tenue de ce congrès à Ifri Ouzellaguène ou Ighzer Amokrane, en plein cœur de la vallée de la Soummam, a été un moment décisif de la guerre de Libération face à l’ennemi colonial. Le Congrès de la Soummam, organisé par Abane Ramdane et Larbi Ben-Mhidi, entourés des chefs de zones militaires et de combattants chevronnés, est souvent présenté comme l’acte fondateur de la Révolution algérienne autant que pour le futur Etat indépendant.  C’est, en effet, à cette occasion qu’ont été édictés les grands principes et recommandations structurant l’organisation de la Révolution ainsi que les modalités d’organisation administrative et militaire du mouvement de Libération. « Le Congrès de la Soummam a été bien préparé et ce, des semaines avant sa  tenue. Il fallait  adopter une méthode réfléchie pour contrer l’ennemi  et lui montrer que les moudjahidines étaient déterminés à mener une guerre pour recouvrer l’indépendance de l’Algérie, ce pays colonisé qui leur appartenait. 

Le Congrès de la Soummam est présenté comme l’acte fondateur de l’État algérien moderne et un pilier déterminant pour la réussite de la Révolution algérienne

Le Congrès de la Soummam est présenté comme l’acte fondateur de l'État algérien moderne et un pilier déterminant pour la réussite de la Révolution algérienne.  Il est organisé principalement par Abane Ramdane qui a réussi à rallier à sa cause Ben Mhidi et Krim Belkacem.  Les partisans du congrès de la Soummam étaient Krim Belkacem, Omar Ouamrane, Si M'hamed Bougara, Youcef Zighout, Bentobbal, Slimane Dehilès, Azzedine, Si Lakhdar, Ali Khodja, Ali Mellah, etc. Mostefa Ben Boulaïd ne sera pas présent lors du congrès. La délégation extérieure dirigée par Ahmed Ben Bella n'a pu rejoindre le territoire. La stratégie mise en place par les dirigeants de la Révolution armée algérienne a prouvé que  le déclenchement du Premier Novembre  nécessite impérativement un plan d’action à mettre en œuvre pour affronter l’armée coloniale, qui était mieux équipée sur le plan armement mais qui aurait tout le mal  à se dessaisir des combattants héroïques algériens qui ne voyaient en cette guerre  que la souveraineté et l’indépendance du pays, malgré tous les sacrifices qui les attendaient. Il fallait s’organiser sur le terrain et occuper rationnellement le territoire où la présence coloniale s’affiche plus dense afin d’infliger plus de pertes à l’ennemi, mais surtout mettre en échec toutes ses tentatives de représailles sur les populations innocentes. Ainsi, cet événement historique a permis de jeter les premiers jalons de la Révolution algérienne et de mettre en place une plateforme pour mener et poursuivre héroïquement la lutte, ce qui a permis à l’Algérie de recouvrer son indépendance et sa souveraineté nationale.  La tenue du premier congrès du FLN, plus précisément le Congrès de la Soummam, constitue incontestablement l’une des pages les plus glorieuses de la lutte armée menée par le peuple algérien contre le colonialisme français. Certes, le choix de ce village situé dans la commune d’Ouzellaguen, dans la localité d’Ighzer Amokrane et à 8 km du chef-lieu de la commune, au milieu de ces chemins difficilement accessibles et des montagnes fortement boisées, n’est pas fortuit, mais il a été minutieusement étudié, car cette région très boisée est encerclée d’une chaîne de montagnes qui s’étendent jusqu'à la forêt d’Akfadou, d’où une facilité de repli des moudjahidines en cas de danger et ce, malgré une forte présence des troupes coloniales sur l’axe Tazmalt-Bejaia. 

Des mesures de surveillance draconiennes  qui ont permis au congrès de se tenir  dans une totale sécurité

L’ennemi ne se doutait guère qu’au petit village d’Ifri une réunion pouvait avoir lieu, car en avril 1956, cette même armée avait farouchement bombardé cette localité (Ibouzidene, Timeliouine et Tiouririne) où plusieurs maisons ont été détruites et plusieurs personnes tuées. Mais dès l’approche de la tenue du Congrès de la Soummam, qui a nécessité une préparation minutieuse et secrète de la part des moudjahidines, les villages d’Ifri et Tiouririne connurent une présence et une activité inhabituelles des troupes de l’armée de Libération nationale (ALN).
Une surveillance rigoureuse sur tous les villageois était mise en place. Le moindre soupçon risquait d’entacher l’organisation et les préparatifs du congrès.  D’ailleurs, les villageois ignoraient totalement ce qui se passait dans leur propre village. A quelques jours de la tenue du congrès, l’ALN avait chargé les militants de la région de demeurer très vigilants et d’informer les moudjahidines de tout mouvement suspect de personnes étrangères au village. Chaque crête été surveillée, dans chaque ravin était posté un moudjahid, tandis que les femmes poursuivaient leurs tâches en préparant la nourriture qui sera acheminée vers le maquis.  
Sur place, il fallait repérer un lieu plus sécurisé et difficile d’accès pour se rassembler et définir les grandes lignes de ce conclave. Après une longue et minutieuse inspection des lieux, la maisonnette de Da Meziane, constituée de deux pièces, isolée et cachée par une montagne, a été choisie pour abriter les travaux de ce congrès.  Un lieu idéal et sécurisé pour accueillir les organisateurs. Les travaux se sont déroulés du 13 au 22 août (et non au 20 août), soit plus d’une semaine. Car les réunions du congrès ont été achevées par les dirigeants de l’armée algérienne présents au conclave le 20 août 1956. C’est la date historique. Il fallait attendre la signature des documents).
 Donc, une fois la cérémonie d’ouverture a été faite au village d’Ifri, les travaux des jours suivants se sont poursuivis à Tiouririne. La maisonnette de Da Meziane servait de secrétariat du congrès où tous les rapports manuscrits devaient être acheminés pour la frappe avec deux petites machines dactylographiques.  Ainsi, ce congrès a permis l'institution et l'organisation de l'Etat algérien, et débouché sur la création de plusieurs de ses organes dont le Conseil de la révolution, composé de 34 membres, le Comité de coordination et d'exécution (CEE) et le Gouvernement provisoire de la République Algérienne (GPRA), dirigé par Ferhat Abbas, outre l'organisation des organes administratifs et politiques et l'internationalisation de la question algérienne au niveau de l'Organisation des Nations-Unies (ONU).

La maisonnette de Da Meziane est entrée dans la légende de la Soummam

Le 22 août, les chefs de la Révolution se sont regroupés de nouveau dans cette maison pour parachever les documents. De là l’organisation de l’ALN est définie et les objectifs de la Révolution sont codifiés. Certes, le 20 Août 1956 a été le couronnement de tous les efforts de cette Armée de libération par cette réunion historique où un plan de lutte armée a été mis en place. Alors que tous les congressistes ont déjà rejoint leurs zones respectives, l’armée française, ayant appris la nouvelle, s’est lancée dans une répression farouche qui s’est abattue de nouveau sur les villageois d’Ifri et des douars environnants. Le bilan s’est alourdi en quelques jours, des maisons détruites, plusieurs morts et des arrestations ont eu lieu, mais la détermination de ces villageois pour la cause nationale a été encore plus importante.  Dès lors, la vallée de la Soummam était plus que visée par l’armée coloniale, mais les moudjahidine étaient plus nombreux à occuper les montagnes de la région et faire des descentes en villes pour infliger des pertes à l’ennemi. Ainsi, de Tazmalt en passant par Akbou, Béni Mansour, Seddouk et Bougie, des opérations militaires sont déclenchées chaque jour et la notion d’échec gagnait de plus en plus l’armée coloniale.  Après une guerre sans répit, une lutte implacable et un lourd sacrifice d’un million et demi de glorieux martyrs, l’Algérie a recouvré son indépendance et sa souveraineté et l’armée française n’avait aucun autre choix que de quitter le sol algérien, car l’Algérie appartient désormais aux Algériens.  
Ainsi, l’Armée de libération nationale a su donner l’indépendance, la souveraineté et la dignité au peuple algérien à travers sa lutte héroïque et sa détermination incontestable, comme l’a bien cité le grand poète de la Révolution algérienne, Moufdi Zakaria, à travers ses extraits : « Nous avons occupé la scène de l’Histoire, en déclamant des vers ainsi qu’une prière dont les invocations jaillissent de ton âme, Algérie ».  A travers ce conclave, la maisonnette de Da Meziane est entrée dans la légende, et côtoie le grand musée du moudjahid où sont exposés les archives du Congrès, des photos souvenirs des chefs de la Révolution et des tenues militaires et où se dresse également une stèle commémorative portant les noms des glorieux martyrs de la région où l’histoire témoignera toujours du combat héroïque des villageois d’Ifri pour l’indépendance du pays.               Mustapha Laouer
 


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