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Bejaïa : «Le littoral n’a pas la côte»

La saison estivale entame son troisième mois dans une ambiance morose et une affluence à la baisse dans la wilaya de Bejaia où plusieurs contraintes se sont répercutées sur le bien-être des estivants.

PUBLIE LE : 07-08-2019 | 1:00
D.R

La saison estivale entame son troisième mois dans une ambiance morose et une affluence à la baisse dans la wilaya de Bejaia où plusieurs contraintes se sont répercutées sur le bien-être des estivants.

 Chaque wilaya a sa propre stratégie pour attirer le plus grand nombre de visiteurs afin de redynamiser le secteur du tourisme qui demeure mal exploité pour aider le développement des communes. La wilaya de Bejaia fait partie des 14 wilayas côtières à vocation touristique. Avec ses huit communes littorales, Melbou, Souk El Tenine, Aokas, Tichy et Boukhelifa pour la côte Est et Bejaia, Toudja et Beni Ksila pour la côte ouest, la wilaya n’offre guère les commodités nécessaires pour une saison estivale meilleure que les années précédentes. Deux mois après l’ouverture de la saison estivale, le 1er juin, les plages appelées à accueillir les estivants sont dans un état lamentable.

Canettes, détritus et eaux usées....

Des ordures ménagères et toutes sortes de détritus jonchent le littoral : canettes, sachets d’ordures et eaux usées qui se déversent un peu partout. C’est un constat amer et un véritable gâchis sur le plan économique et financier en termes de recettes pour ces communes qui ne semblent pas plus motivées à faire de cette activité créatrice de richesse et d’emploi sa priorité. Chaque année, les services du tourisme attendent des millions «d’estivants» qui affluent vers les plages mais ces statistiques ne reflètent pas du tout la réalité du terrain. Ces services ne font aucune distinction entre estivants, baigneurs et touristes et ne font aucun effort pour promouvoir le tourisme dans leur commune. En effet, les estivants sont ces vacanciers venus des autres wilayas pour s’éloigner du vacarme de leur ville et qui louent des appartements chez des particuliers. Ces locations illicites ne sont jamais déclarées par un bail de location, c’est du donnant-donnant. Le locataire passe inaperçu et la commune ne bénéficie d’aucune taxe de location.
La catégorie des «baigneurs » est la plus visible. Chaque matin des personnes arrivent par taxi, transport public, moto, véhicule personnel en emportant sous leurs bras toute la logistique du baigneur.

Des «souvenirs» inoubliables

Ils s’installent dans un endroit en bordure de mer, passent la journée sur le sable, à barboter dans l’eau et consommer une nourriture préparée. En quittant les lieux, il n’est pas étonnant que ces campeurs d’un jour laissent «un petit souvenir», des sachets d’ordures abandonnés sur les lieux. D’ailleurs cette catégorie de baigneurs ne passe pas inaperçue durant toute la période estivale. Elle concerne ces individus qui faute de moyens viennent passer la nuit à la belle étoile, dans leurs voitures, leurs camionnettes, sur des cartons ou des matelas de fortune à même le sable ou tout simplement sur les trottoirs, enveloppés dans leur couverture  et allongés  l’un à côté de l’autre créant un paysage désolant et inquiétant qui dérange énormément d’ailleurs et instaure une anarchie totale affectant la sécurité de la commune.
La troisième catégorie de gens que l’on aime appeler les touristes sont surtout ceux qui préfèrent louer des chambres à l’hôtel, prendre leurs repas dans les restaurants et aller visiter quelques endroits touristiques en dehors des heures prisées pour la baignade. Ce sont des gens qui dépensent un budget réservé aux vacances annuelles. Beaucoup de pays tablent sur cette dernière catégorie qui dépense de la devise sur les lieux de séjour et même qu’ils échangent en monnaie locale mais à condition d’offrir à ces touristes les meilleures conditions d’accueil égales au budget dépensé. Cette notion n’est pas acquise tant que la culture du tourisme n’est pas instaurée dans les différentes régions du pays. En effet, excepté les régions du Sud, qui sont mieux organisées, les guides touristiques et les offices de tourisme sont inexistants dans plusieurs wilayas, alors qu’ils ont -et peuvent jouer- un rôle important dans le développement du secteur. Bien qu’une saison estivale se prépare plusieurs mois à l’avance, chaque année il est plus que nécessaire de faire le bilan de la saison précédente en remédiant à toutes les défaillances et insuffisances enregistrées. 
Cependant le constat est pratiquement le même et les modes de préparation se ressemblent au fil des années. Ainsi 12 plages sur les 46 que compte la wilaya de Bejaia sont interdites à la baignade cette année. L’ex-wali avait promis en 2017 de prendre toutes les dispositions nécessaires pour enregistrer «zéro» plage interdite pour la saison estivale 2018. Deux ans se sont écoulés et les choses ont empiré avec l’insalubrité qui prolifère sur tout le littoral.
Le problème du squatt des plages par des parkings sauvages, des entrées payantes dans le silence des communes qui n’arrivent pas à éradiquer le phénomène, revient chaque année, au détriment des libertés individuelles, avec la prolifération d’une multitude d’activités commerciales informelles ne répondant à aucune norme d’hygiène. Malgré la démolition en juin dernier de 100 baraques sur la plage de Tichy, le commerce informel bat son plein. En matière d’environnement il n’existe aucun bac à tri sélectif le long des plages, ni caissons à ordures. Des promesses qui n’ont jamais été concrétisées. L’autre grand point noir est le rejet d’eaux usées dans la mer. Pour se déplacer, le transport public se complique à chaque période d’été surtout sur la côte ouest. 

Rafistolage et badigeonnage

 Il est inconcevable de parler de saison estivale réussie tant que les conditions d’accueil font défaut, à commencer par l’insalubrité qui ronge les villes et particulièrement le chef-lieu de wilaya où à longueur de journée, des poubelles débordent de sachets d’ordures, des décharges à ciel ouvert fleurissent à travers toutes les cités, avec des trottoirs crasseux, des routes endommagées et entrecoupés de ralentisseurs anarchiques, des parking sauvages qui pullulent, des trottoirs squattés par des commerçants qui exposent leur marchandises, des quartiers plongés dans le noir faute d’éclairage…
 Les défaillances sont nombreuses et il appartient aux élus locaux et aux responsables des secteurs concernés d’y remédier dans l’urgence en changeant les mentalités au lieu de changements superficiels par le rafistolage, le  badigeonnage et toutes ces actions provisoires qui perdurent. Indéniablement, cette wilaya a trop souffert des négligences et du laisser-aller des uns et des autres. Le tourisme est une activité qui nécessite des compétences à tous les niveaux. Ressource inépuisable, le tourisme fait vivre des millions d’habitants ailleurs que chez nous, plus que le pétrole. La saison estivale enregistre également des comportements d’incivisme avec les conduites en état d’ivresse, la consommation d’alcool, la prostitution qui se répand sur les lieux de baignade et dans les cabarets et la création de lieux de débauche avec la location illicite d’appartements durant cette période. Il va sans dire que ce constat amer ne favorise pas cette activité. La saison estivale se prépare... Des mesures doivent être prises rigoureusement. La loi doit être appliquée pour que chaque citoyen se conforme au respect du mode de vie de la wilaya d’accueil, mais aussi pour que tous les habitants et riverains des communes côtières trouvent toute la quiétude et le respect de leur cadre de vie. Ceci dit, il reste encore beaucoup d’efforts dans le secteur pour que la saison estivale prochaine à Bejaïa soit plus attractive, car cette année le littoral n’a pas la côte.

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