dimanche 18 aot 2019 06:04:38
D.R

« Le système économique algérien a montré ses limites et il faudrait maintenant changer totalement de paradigmes », c’est ce qu’a souligné, l’expert en finance internationale, M. Hachemi Siagh.
Convié à s’exprimer sur les ondes de la radio nationale sur la situation actuelle de l’économie du pays et les solutions pouvant permettre une sortie de crise, M. Siagh a indiqué que, pour remettre l’économie algérienne sur les bons rails, il faut revenir à la pratique de la bonne gouvernance qui « n’a rien de sorcier » « Il y a quatre principes fondamentaux qui doivent aller ensemble », a expliqué l’invité de la rédaction, qui évoque, en premier, la transparence, ensuite, la reddition des comptes « il faut que les agents rendent des comptes », a-t-il noté, ajoutant que « jusqu’à présent, personne n’a rendu des comptes ». L’expert cite en troisième position, le principe du contre-pouvoir, un élément essentiel pour challenger des décisions prises, enfin le quatrième principe c’est la compétence.
Revenant au premier principe, l’expert international, a indiqué que » le manque de transparence a été le frein du développement d’un marché financier en Algérie ».
Selon M. Siagh, « l’Etat n’a pas permis l’émergence d’un marché financier », précisant que « la bourse, le dépositaire d’argent et la Cosob qui existent, n’ont pas joué leur rôle pour réguler le marché financier ».
Poursuivant ses propos, l’expert a souligné que le rôle de ces instances, a été dominé par l’intervention exclusive du Trésor public pendant la période de l’aisance financière qu’a connu le pays, ce qu’on appelé « El bahbouha ». Il dira qu’à cette époque, l’Etat a commencé à distribuer l’argent de manière irrationnelle. En plus, « le fait d’avoir d’adopter le système de bonification est aussi, à l’origine de la situation que connait actuellement l’économie » a-t-il estimé. Pour appuyer ses dire, M. Siagh a fait savoir que « l’Etat qui est le risque souverain, le risque Zéro, empruntait avec un taux d’intérêt avoisinant les 5.5%, alors qu’une entreprise est subventionnée à 3%, « c’est impensable! », s’est-il insurgé. D’ailleurs, a-t-il dit, « il y a une anarchie dans les taux d’intérêt interbancaires, des trésors, le taux de l’emprunt obligataire, les reprises de liquidités de la banque centrale,….Un désordre où il n’a y a pas de cohérence et de concordance ». Pour l’expert international, «tous ces dérapages doivent être revus », notamment « la dépense publique qui constitue, selon lui, un grand problème et qui a pris une place prépondérante ».
«À cause de la dépense publique nous avons une économie qui est basée sur l’importation », a-t-il noté, poursuivant que «le développement d’un système informel démontre également que l’économie algérienne n’est pas en bonne santé ».
Le financier a également fait savoir que à cause du « manque de transparence et de la dépense publique, « le secteur de l’importation a explosé », précisant que l’Etat a été un « dépensier mais pas dans le secteur productif, » ce qui a encouragé l’importation qui veut dire transférer de l’argent, ce qui a provoqué cette double facturation, les marchés triangulaires, l’ouverture des comptes «paradis fiscaux » dans les centres financiers internationaux
 
Procéder à la création de caisses  de dépôt pour maintenir en vie  les sociétés en difficulté
 

« Rares sont les compagnies qui se sont lancées dans l’importation qui n’ont pas une société à l’étranger qui leur sert de moyen pour effectuer leurs opérations illégales», a expliqué M. Siagh.
Abordant la question relative aux outils financiers, l’intervenant a fait part de l’existence d’un véritable problème qui est le recours à la planche à billets : on a imprimé jusqu’à 55 milliards de dinars. « Nous sommes un pays qui s’est appuyé sur la dépense publique et le Trésor, donc tout ce qui est secteur privé et investissements étrangers a été délaissé, alors que ça aurait pu être le poumon de l’économie», a fait remarquer l’expert, tout en soulignant, au passage, le rôle joué par l’Etat «qui doit être régulateur et doit veiller au grain pour faire face aux dépassements ».
Il a, dans le contexte, indiqué que «l’Etat doit créer un environnement favorable susceptible d’assurer le développement économique du pays, en instaurant un climat de confiance pour que les Algériens qui détiennent de l’argent à l’étranger puissent revenir et investir en Algérie ».
M. Siagh citera, à ce propos, l’encouragement de l’investissement dans le secteur des services « qui peut être l’industrie de l’avenir». Il a, par ailleurs, souligné la nécessité d’opérer dés maintenant des réformes. «Il ne faut pas attendre l’élection du nouveau président de la République pour le faire, on doit mettre en place des équipes qui travaillent sur les reformes», a insisté l’invité de la Chaine 3.  Concernant les reformes à court terme, il précise que ces dernières consistent en la maitrise des dépenses et permettent, en outre, de dégager des ressources pour éviter le recours à la planche à billets ».
Pour ce qui est des reformes à long terme, «elles doivent commencer par la formation des bâtisseurs de l’économie nationale» qui sont, selon ses termes, les mathématiciens, les informaticiens, les ingénieurs, les polytechniciens... En réponse à la question d’un auditeur sur la lutte contre l’informel, M. Siagh dira que la seule façon de s’attaquer à ce problème c’est de réduire les importations en agissant sur le dinar parce que sa valeur réelle est très forte», alors qu’actuellement nous avons beaucoup de facteurs qui font que le dinar va perdre sa valeur ».
À une autre question sur la possibilité de récupérer les fortunes qui ont été transférés illicitement à l’étranger, il dira que c’est une
«démarche très difficile». « C’est possible mais ça prendra du temps quand on regarde ce que les voisins ont pu récupérer de la situation similaire ; citons le cas de l’Egypte et la Tunisie », a expliqué M. Siagh. Il suggère d’utiliser les comptables légistes dans l’opération de récupération des fortunes pour détecter le flux de l’argent dès le départ et de suivre son cheminement, soit où il a commencé et est parti.
Selon lui, avec les accords entre les pays, le secret bancaire n’est plus aussi hermétique qu’avant, « et c’est ici que l’Algérie doit jouer avec les relations qu’elle possède avec les autres pays pour faire valoir ce droit et rapatrier son argent .Il y a aussi les biens qui sont ici et qui ne sont pas négligeables, les personnes qui sont arrêtées leurs sociétés commencent à avoir des difficultés, l’Etat doit prendre en charge les effectifs en assurant l’accompagnement de ces entreprises ».
Enfin, l’expert financier a suggéré la création par l’Etat d’une caisse de dépôt pour prendre en charge les actifs de ces sociétés pour les maintenir en vie.
Kamélia Hadjib

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