vendredi 13 dcembre 2019 10:24:25

Patrons incarcérés : L’état sauvegardera les entreprises concernées

Le gel du financement non conventionnel confirmé

PUBLIE LE : 14-07-2019 | 0:00
D.R

«L'État a pris les mesures nécessaires pour sauvegarder l'outil de production et les postes d'emploi des entreprises économiques,  dont les propriétaires sont incarcérés pour des affaires de corruption et autres», a assuré le ministre des Finances, Mohamed Loukal.

«Nous sommes en train de travailler au niveau du gouvernement pour dégager des solutions juridiques concernant ces entreprises et je peux vous assurer que l'outil de production et les postes d'emploi au niveau de ces entreprises seront sauvegardés coûte que coûte», a-t-il affirmé dans un entretien accordé à l'APS. Rappelant que les entreprises constituaient les principaux agents économiques créateurs de richesse, M. Loukal a souligné que la poursuite de leur fonctionnement et de celui des projets industriels, confrontés à des mesures conservatoires dans le cadre de procédures judiciaires, était «au centre des préoccupations du gouvernement».
Selon lui, le gouvernement, qui ne pouvait pas rester passif à ce qui se passe sur la scène économique, a décidé de mettre en place un dispositif de sauvegarde pour prévenir les éventuelles turbulences susceptibles d'impacter l'emploi, la production et le climat des affaires en général en Algérie. Le dispositif de sauvegarde est supervisé par un Comité intersectoriel ad hoc, placé auprès du ministère des Finances. Il est composé des membres du gouvernement et du gouverneur de la Banque d'Algérie, a-t-il rappelé, sans pour autant avancer plus de détails sur la nature des mesures qui seraient prises dans ce cadre.

L’endettement extérieur  n’est pas une priorité

L'endettement extérieur ne constitue pas une priorité pour l'Algérie, mais pourrait être envisagé pour financer des projets structurants et rentables, a indiqué aussi le ministre. «Le recours au financement extérieur ne constitue pas, à l'heure actuelle, une option prioritaire, mais il pourrait être envisagé pour assurer, de manière ciblée, le financement de projets structurants et rentables», a-t-il répondu à une question sur un éventuel recours à cette option, après le gel du financement non conventionnel pour l'exercice 2019.
 Pour M. Loukal, une éventuelle mobilisation de financements extérieurs devra, en outre, «se soumettre à des dispositions particulières en termes de délais, dans le cadre de crédits assortis de conditions avantageuses et ciblées». Invité à répondre à certains analystes qui redoutent un recours imminent de l'Algérie au FMI (Fonds monétaire international) pour faire face à ses obligations budgétaires, le ministre a catégoriquement écarté une telle démarche. «L'Algérie n'est pas sous la menace du FMI. Nous avons des réserves de changes assez confortables, un endettement externe ne dépassant pas 1% du PIB et des sources alternatives qui nous permettent de continuer à assurer les dépenses de l'Etat sans aggraver le recours au financement non conventionnel», a-t-il soutenu. «Notre marge de manœuvre (en matière de possibilités de financement) reste préservée», a-t-il rassuré.

Le gel du financement  non conventionnel confirmé

Le recours au financement non conventionnel, dès la fin 2017, pour pallier les rétrécissements des liquidités bancaires, suite à la chute des cours du pétrole, a été «gelé» pour l'année 2019, mais restera un instrument de financement valable jusqu'à 2022, a indiqué le ministre. «Le financement non conventionnel a été gelé pour l'exercice en cours (2019), mais il reste un levier important, mais non exclusif, de financement pour le Trésor jusqu'à 2022», a-t-il déclaré. M. Loukal a, dans ce sens, fait savoir que la décision de «suspendre temporairement» le recours à ce mode de financement, communément appelé «planche à billets», a été prise lors d'une réunion du gouvernement, tenue le 26 juin dernier. Rendu possible grâce à un amendement de la loi sur la monnaie et le crédit, autorisant le Trésor public à s'endetter directement auprès de la Banque d'Algérie (BA), le financement non conventionnel était programmé pour une période transitoire de cinq ans (2017-2022). Cette période devait voir la concrétisation de réformes structurelles importantes. «Le gouvernement a décidé de satisfaire les besoins de financement de l'exercice 2019 sans recourir, de nouveau, au financement non conventionnel qui restera figé à son niveau de janvier 2019, soit à 6.553,2 milliards (mds) de dinars», a précisé M. Loukal.
S'agissant de la prise en charge des besoins de financement au titre de l'année en cours, le ministre a expliqué qu'elle sera assurée par des «sources alternatives», disponibles sur le marché, avec une politique budgétaire basée sur une rationalisation soutenue des importations. M. Loukal a indiqué que sur les 6.553,2 mds DA mobilisés dans le cadre du financement non conventionnel, appelé communément «la planche à billets», environ 5.500 mds de DA ont été injectés dans l'économie. «Il reste donc 1.000 mds de DA environ, mobilisés depuis le 18 janvier 2019, qui sont destinés à financer une partie du déficit du Trésor de l'exercice en cours», a-t-il souligné.
La crise financière sévère, induite par un déclin drastique des prix pétroliers, s'était traduite par l'épuisement du Fonds de régulation des recettes (FRR), en février 2017, et l'enregistrement de 1.400 mds de DA d'arriérés de paiement à fin 2017. Le déficit du Trésor avait atteint 1.590,28 mds de DA à la fin 2017 (8,5% du PIB).
En dépit de cette situation financière fragile, l'année 2017 a été marquée par le retour à l'expansion budgétaire due à la relance de la réalisation de projets socio-économiques dans les secteurs de l'Education, la Santé et des Ressources en eau. «Cette situation s'est traduite par des tensions accrues sur la trésorerie de l'Etat faisant naître un besoin de financement conséquent, alors que le budget avait utilisé tous les instruments dont il pouvait disposer», rappelle M. Loukal pour justifier le recours au financement non conventionnel en 2017. La poursuite de l'expansion budgétaire et la prise en charge du déficit de la Caisse Nationale des Retraites (CNR) a aggravé le déficit du Trésor en 2018, lequel a atteint 1.952,57 mds de DA (9,6% du PIB), dont 900 mds de DA ont été couverts par le recours au financement non conventionnel. Avec les 570 mds de DA mobilisés en 2017, la couverture du déficit du Trésor par le biais de ce financement avait atteint 1.470 mds de DA à fin 2018, a relevé encore le ministre.

Une situation financière « relativement » confortable

L'Algérie dispose d'une situation financière «relativement confortable», lui offrant une «grande» marge de manœuvre, malgré le gel du financement non conventionnel, a affirmé le ministre des Finances, Mohamed Loukal. «Avec des réserves de changes de 72,6 milliards (mds) de dollars à la fin avril 2019 (soit deux ans d'importation), un endettement extérieur équivalant à 1% du PIB, une dette publique interne à 37,2% du PIB à fin 2018 (contre 26,7% en 2017), un prix moyen du baril de pétrole à 63,93 dollars      (-6,4% par rapport à la même période en 2018) et un taux d'inflation à 3,6% à fin mai 2019, la situation financière de l'Algérie reste relativement confortable», a-t-il expliqué. «Nous avons encore une grande marge de manœuvre pour répondre à nos engagements budgétaires et financiers», a-t-il assuré, rappelant que le gouvernement avait opté, à cet effet, pour une rationalisation soutenue des dépenses publiques. Pour plus d'éclairage, le ministre a fait savoir que le gouvernement allait se projeter sur une meilleure ère budgétaire, une meilleure utilisation des dividendes, du marché financier, tout en assurant un suivi plus rigoureux des mobilisations des ressources du FNI (Fonds National d'Investissement). «Nous allons ensuite, a-t-il poursuivi, recourir aux techniques de l'ingénierie financière, s'appuyant sur un large domaine d'intervention». Interrogé sur les conséquences du financement non conventionnel, le ministre a indiqué que malgré son gel à la fin mai dernier, des surliquidités bancaires engendrées par cet instrument, «demeuraient au niveau des banques». Pour éviter les «effets négatifs» liés à cette surliquidité bancaire, l'autorité monétaire s'est vue contrainte d'intervenir sur le marché monétaire, pour absorber un excès estimé à 1.951,1 mds de DA, à fin avril 2019, a-t-il expliqué. «Cette trésorerie est propice au système bancaire pour continuer à assurer, dans des conditions normales, le financement de l'économie nationale notamment par les crédits à l'investissement», a souligné M. Loukal. Par ailleurs, le ministre a appelé les banques à se mobiliser pour développer l'inclusion financière, estimant qu'un «changement» au niveau des ressources humaines de ces établissements «s'avère nécessaire». M. Loukal a rappelé que 1.500 à 2.000 mds de DA d'épargne des ménages et des particuliers se trouvaient en dehors du circuit bancaire et ne pouvait donc pas répondre aux besoins immédiats en matière de couverture budgétaire. A une question sur un éventuel recours à un emprunt obligataire national pour collecter une partie de cette épargne, le ministre a laissé entendre que cette approche n'était pas envisagée puisqu'elle a été déjà essayée «mais n'a pas permis une collecte importante de ressources, notamment pour ce qui est de l'argent thésaurisé».

Valeur ajoutée : un réel challenge pour l’économie

Selon le ministre, l'accroissement des recettes budgétaires d'hydrocarbures en dinars à travers la dépréciation du taux de change de la monnaie nationale, utilisé en tant que levier d'ajustement des ressources budgétaires, «pourrait être un moyen d'ajustement partiel et artificiel des recettes du Trésor». Cependant, cette approche concrétisée durant la période allant de juin 2014 à juin 2016, avec une dépréciation de 28% du taux de change du dinar par rapport au dollar américain, n'a pas été appuyée par un programme global d'ajustement, «ce qui a fortement altéré sa pertinence économique», a-t-il analysé. De surcroît, la dépendance structurelle de l'économie algérienne à l'égard des importations, soutient-il, pourrait annihiler le bénéfice de cette éventuelle «manœuvre financière». «En tout état de cause, la politique de change ne peut être guidée par le seul objectif budgétaire mais elle devrait accompagner le processus de réformes structurelles et de stabilisation macro-économique». Pour le premier Argentier du pays, le réel challenge de l'économie algérienne aujourd'hui est l'amélioration de la productivité et de la création de la valeur ajoutée. C'est dans cet objectif que l'Etat avait pris les mesures nécessaires pour sauvegarder l'outil de production et les postes d'emploi des entreprises économiques, dont les propriétaires sont poursuivis en Justice, a-t-il assuré. «Nous sommes en train de travailler au niveau du gouvernement pour dégager des solutions juridiques concernant ces entreprises, et je peux vous assurer que l'outil de production et les postes d'emploi au niveau de ces entreprises seront sauvegardés coûte que coûte», a-t-il affirmé. L'encouragement de la production nationale et la rationalisation des dépenses passeront également par une panoplie de mesures adoptées récemment par le gouvernement pour contenir le déficit de la balance commerciale, à travers l'encadrement des activités de production et montage CKD/SKD, la régulation des importations des céréales par l'OAIC et l'instauration du paiement différé des importations. Compte tenu de l'importance de la balance des services dans le déficit de la balance des paiements, une «attention particulière» est actuellement accordée à ce compartiment, qui connaîtra, à son tour, des mesures de rationalisation, selon M. Loukal.
L'autre dossier important actuellement en étude au niveau du gouvernement, est celui des subventions. «La démarche visant à rationaliser la dépense publique, sera confortée, de manière progressive, par la mise en œuvre de la réforme des subventions de l'Etat, avec le ciblage des populations éligibles à la compensation monétaire afin d'atténuer l'impact de la baisse graduelle des subventions sur leur pouvoir d'achat», a-t-il souligné. Interrogé sur la date de mise en œuvre de cette réforme, accompagnée d'une expertise externe institutionnelle, M. Loukal s'est contenté d'assurer que «toutes les conditions sont là» pour la concrétiser.
 

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