Sommet des deux rives de la Méditerranée : Construire ensemble

M. Boukadoum : « L’appartenance à l’espace méditerranéen est un axe stratégique. »
PUBLIE LE : 25-06-2019 | 0:00

« L’Algérie s’est doté d’une stratégie ambitieuse pour le développement des énergies renouvelables. »

L’Algérie s’est doté d’une stratégie «ambitieuse» pour le développement des énergies renouvelables, a affirmé, hier à Marseille, le ministre des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, indiquant que d’importants financements et investissements ont été consentis dans ce domaine.

«L’Algérie a consenti d’importants financements et investissements dans des infrastructures modernes et fiables, et s’est dotée d’une stratégie ambitieuse en matière de développement des énergies renouvelables», a précisé le ministre, lors de la première séance des travaux du Sommet des deux rives, consacrée à la thématique: «Construire ensemble une Méditerranée durable». Pour le chef de la diplomatie, ce capital «non négligeable» sera d’un apport «utile» à la concrétisation des projets sous-régionaux portés «à bout de bras par tous les acteurs des deux rives». «Il demeure évident que la réussite de ces projets est tributaire de la mobilisation de financements suffisants et d’investissements conséquents pour en assurer l’opérationnalité, ainsi que d’un suivi rigoureux et régulier grâce à la mise en place d’un mécanisme d’évaluation et de suivi», a-t-il soutenu, affirmant que l’Algérie ne ménagera «aucun effort» pour apporter sa contribution à «cette approche innovante et inclusive pour le bien de tous». «L’Algérie, qui a toujours inscrit son appartenance à l’espace méditerranéen comme axe stratégique de sa politique étrangère et comme priorité de sa coopération internationale, ne ménagera aucun effort pour apporter sa contribution à cette approche innovante et inclusive pour le bien de tous», a-t-il dit. Par ailleurs, le ministre s’est attardé sur le gaz naturel, «qui a largement façonné le profil énergétique des deux rives», lequel, selon lui, offre dans la démarche algérienne d’ensemble «un modèle de partenariat réussi à plusieurs niveaux». Il a cité, pour preuve, l’approvisionnement de l’Union européenne en gaz algérien à travers les gazoducs euromaghrébins, qui illustre, a-t-il noté, «ce lien structurel entre nos zones voisines et qui sera demain conforté par la réalisation du projet de raccordement Lagos-Alger aux multiples retombées positives». Evoquant le Forum d’Alger sur les énergies, organisé le 8 avril dernier, le ministre des Affaires étrangères a rappelé que les quelque 300 participants, représentant les pays de la sous-région parties prenantes de ce processus, ont adressé des messages «forts» pour amorcer une «nouvelle» dynamique de coopération et de partenariat «gagnant-gagnant». Il a estimé que les idées et initiatives qui ont émergé des 45 propositions de projets issus du Forum d’Alger, notamment en ce qui concerne les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique ou encore les plateformes d’échanges de bonnes pratiques, «donnent une dimension concrète à notre feuille de route pour réussir notre transition vers un modèle économique durable et sobre en carbone». «Notre devoir et notre responsabilité est d’être à l’écoute et d’intégrer les propositions ainsi formulées dans nos politiques sectorielles», a-t-il souligné. M. Sabri Boukadoum conduit la délégation algérienne aux travaux du Sommet des deux rives, Forum de la Méditerranée,  à Marseille, et auquel 10 pays du Dialogue 5+5 Méditerranée prennent part, rappelle-t-on. Le sommet a l’ambition de relancer une nouvelle dynamique de coopération entre les pays de la Méditerranée occidentale.

Une nouvelle ambition en Méditerranée

Les ministres des Affaires étrangères des dix pays du Dialogue 5+5 en Méditerranée occidentale se sont engagés dimanche soir à Marseille pour une nouvelle ambition «positive et inclusive» en Méditerranée. La déclaration a été signée, à l’issue d’une réunion préparatoire au Sommet des deux rives d’hier, par les 10 chefs de la diplomatie de l’Algérie, la Libye, la Tunisie, le Maroc et la Mauritanie, la France, l’Espagne, l’Italie, Malte et le Portugal. L’Allemagne et l’Union européenne étaient associées à cette réunion, ainsi que la Banque européenne d’investissement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, la Banque mondiale, l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’Union pour la Méditerranée et la Fondation Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures. Se disant «convaincus que ce qui unit les deux rives est plus important que ce qui les divise», les MAE ont souhaité proposer un agenda «positif» pour la Méditerranée et la promouvoir comme «une mer de toutes les opportunités», soulignant l’urgence à aider à inspirer une génération solidaire face aux enjeux transnationaux. «Nous sommes attachés aux mêmes valeurs, notamment de tolérance et de respect de l’égalité entre les femmes et les hommes. Nous souhaitons partager nos bonnes pratiques de gouvernance, de vivre- ensemble et de bon voisinage», ont-ils affirmé, exprimant leur souhait de contribuer à la définition de solutions «pratiques», à travers leur soutien à plusieurs projets d’avenir «structurants». A cet effet, ils ont décliné leur ambition commune en cinq grandes séries d’actions à mener conjointement. Il s’agit d’abord d’engagements pour une Méditerranée de la connaissance et de la mobilité, dans lesquels la dimension humaine est une «priorité». «Nous pensons que l’intégration entre nos deux rives (…) doit passer plus encore par la jeunesse», ont-ils soutenu, appelant à un nouveau discours sur l’éducation, l’employabilité et la mobilité. Les MAE se sont engagés également pour une Méditerranée «durable», «vivante, sans déchets et à faibles émissions carbone», affirmant déployer leurs efforts pour la mise en œuvre des Objectifs du développement durable (ODD) et leur attachement à l’Accord de Paris sur le changement climatique. A cet effet, ils se sont également engagés pour la protection de l’environnement et de la biodiversité ainsi que des écosystèmes terrestres et marins méditerranéens. «Nous nous engageons à partager toutes les actions que les pays de la rive sud entreprendront en matière de préservation de l’environnement et qui pourraient servir de modèle pour les pays de la rive nord», ont-ils souligné. Par ailleurs, les participants ont souligné leurs engagements pour une Méditerranée pluriculturelle, précisant que le patrimoine «doit être préservé, promu, servir de laboratoire de dynamique régional et être mis en valeur par un tourisme responsable inclusif, respectueux des populations locales et de l’environnement». «Pour dépasser les barrières mentales existantes, nous soutenons l’idée de manifestations culturelles et sportives communes, comme la création de festivals de cinéma, de théâtre et de musique sur les deux rives», ont-ils ajouté, affirmant par ailleurs leurs engagements pour une Méditerranée innovante, numérique et entrepreneuriale. Enfin, les chefs de la diplomatie des dix pays ont plaidé pour une redistribution «équitable» entre leurs territoires associant les communautés agricole et rurale, souhaitant développer les échanges de bonnes pratiques à travers des instituts ou des formations à l’adresse des élus locaux méditerranéens.

Intenses activités du MAE

Le ministre a eu d'intenses activités en marge des travaux du Sommet. Il a rencontré le président français Emmanuel Macron avec qui il a eu des discussions, ainsi que des entretiens avec plusieurs de ses homologues de la France, Jean-Yves Le Drian, de l'Espagne, Josep Borell, de Malte, Carmelo Abela et la secrétaire d'Etat portugaise, Margarita Marques. Les discussions ont porté sur les relations bilatérales en examinant les voies et les moyens pour leur renforcement, ainsi que sur les questions d'intérêt commun, comme la crise libyenne, la situation au Sahel et la question du Sahara occidental. «J'ai rencontré séparément chacun de mes homologues et j'ai eu, avec eux, de longues discussions sur toutes les questions d'intérêts commun, en particulier les relations bilatérales dans toute leur dimension», a indiqué le ministre.
«Nos discussions ont porté sur les voies et les moyens de développer nos relations bilatérales pour aller plus loin et également en tant que partenaires de la Méditerranée occidentale», a-t-il ajouté, précisant qu'il est évident que «nous avons eu des discussions sur toutes les questions liées à notre région, notamment la Libye, le Mali, le Sahara occidental, la stabilité et l'immigration clandestine».
M. Boukadoum a rencontré plusieurs de ses homologues présents au Sommet des deux rives de la Méditerranée. «J’ai rencontré séparément chacun de mes homologues, et j’ai eu, avec eux, de longues discussions sur toutes les questions d’intérêt commun, en particulier les relations bilatérales dans toute leur dimension», a indiqué le ministre dans une déclaration à l’APS et à la Télévision nationale. «Nos discussions ont porté sur les voies et les moyens de développer nos relations bilatérales pour aller plus loin et également en tant que partenaires de la Méditerranée occidentale», a-t-il ajouté, précisant qu’il est évident que «nous avons eu des discussions sur toutes les questions liées à notre région, notamment la Libye, le Mali, le Sahara occidental, la stabilité et l’immigration clandestine». Le ministre s’est entretenu avec son homologue italien, Enzo Moavero Milanesi. «Nous avons abordé plusieurs dossiers, en particulier les relations bilatérales. Comme vous savez, l’Italie est un partenaire important de l’Algérie», a déclaré le chef de la diplomatie, précisant que les deux parties ont examiné tous les axes de coopération et les voies de la renforcer «davantage». «Nous avons également abordé les questions régionales, notamment la crise libyenne, dans le but de coordonner nos efforts, avec tous les voisins de la Libye, pour mettre un terme au conflit armé dans ce pays voisin et frère». Pour sa part, le ministre italien a affirmé que les relations entre l’Italie et l’Algérie sont «essentielles». «Nous sommes tous les deux des pays de la Méditerranée, presque l’un en face de l’autre, nous avons des liens millénaires et des liens actuels très importants», a-t-il déclaré, annonçant qu’il doit effectuer prochainement une visite en Algérie. «Nous nous sommes convenus de nous voir à Alger. Je vais alors organiser ma visite pour discuter des relations bilatérales et des relations dans le cadre de notre région méditerranéenne», a ajouté le ministre italien.

La société civile appelle à bâtir ensemble une Méditerranée durable

Les représentants de la société civile du pourtour méditerranéen occidental ont appelé les dirigeants et les bailleurs de fonds à bâtir ensemble une Méditerranée durable. Les Cent personnalités «qualifiées», issues de la société civile de la Méditerranée occidentale, dont une délégation algérienne, qui ont déjà participé à l’ensemble des forums préparatoires thématiques, ont insisté sur un travail collectif des pays du bassin occidental de la Méditerranée pour le lancement de projets innovants et concrets. La cheffe de file du Comité de pilotage des Cent personnalités qualifiées, Ouided Bouchamaoui, prix Nobel de la paix en 2015, a déclaré qu’il y a eu plus de 170 initiatives de projets émanant de la société civile, qualifiant cet élan d’inédit. Nombre de projets seront mis, a-t-elle dit, sur des plateformes pour permettre aux bailleurs de fonds d’y contribuer, soulignant que certaines idées sont le maillage, le travail d’une équipe méditerranéenne.
«Nous avons besoins de former toutes les générations, de dépolluer la Méditerranée, devenue une grande poubelle, réhabiliter nos villes et mettre en valeur l’artisanat pour ouvrir des horizons à la jeunesse», a-t-elle expliqué, soutenant que le problème de l’immigration doit être conçu dans le cadre d’un échange dans une «Méditerranée de partage et de vie».   Le président français Macron a fait savoir que l’histoire des peuples de la Méditerranée est «complexe», notant que la Méditerranée est un «rêve et un mythe». «On a tâtonné depuis des décennies, la Méditerranée était fracassée par une histoire coloniale, par le problème palestinien et actuellement par les problèmes liés à l’immigration clandestine, avec en lame de fond le radicalisme et le terrorisme», a-t-il dit, appelant à retravailler l’histoire commune de la région et à la construction d’une nouvelle mythologie qui montre «notre héritage commun». «On doit réussir à progresser. Ces projets, nous allons les suivre en tant que gouvernements. On doit continuer sur les projets que vous avez portés», a-t-il dit en direction des membres de la société civile, affirmant qu’il comptait sur les bailleurs de fonds pour la concrétisation des projets retenus.

Cinq engagements pour une Méditerranée durable

Le Sommet des deux rives du pourtour méditerranéen occidental a adopté cinq engagements pour une Méditerranée durable, du vivre-ensemble, de partage et de co-développement. La rencontre, à l'initiative du président français Emmanuel Macron, avait pour ambition de relancer une nouvelle dynamique de coopération entre les 10 pays de la rive nord et de la rive sud de la Méditerranée occidentale, en tenant compte des défis de la région. Les défis sont nombreux, a-t-on souligné, au cours des travaux, citant le manque de stabilité dans la région sud, le manque d'écoute de la région nord, la jeunesse, l'emploi, la formation, l'environnement qui obligent les pays de la région à revoir leur vision de la coopération autour du bassin méditerranéen, berceau de la civilisation européenne.
Ce sommet, qui a donné toute l'importance à la société civile, se veut un acte fondateur d'une nouvelle façon de faire et de vivre ensemble dans le bénéfice des peuples de la région, avec des projets innovants et concrets. D'ailleurs, les organismes internationaux, bailleurs de fonds, ont pris part à cette rencontre afin d'examiner les projets porteurs, d'où la proposition du président français de faire le point dans six mois, par souci de suivi et d'efficacité. C'est dans ce sens qu'un agenda «positif» a été proposé pour promouvoir la Méditerranée comme «une mer de toutes les opportunités» dans un contexte d'urgence afin d'inspirer une génération solidaire face aux enjeux transnationaux. Le maître mot est en quelque sorte le partage des «bonnes pratiques» de gouvernance, de vivre-ensemble et de bon-voisinage entre les pays de Méditerranée occidentale, à travers des solutions «pratiques» et le soutien de plusieurs projets d'avenir «structurants». Dans ce cadre, la dimension humaine dans la nouvelle vision méditerranéenne devra nécessairement prendre en charge la connaissance et la mobilité, où la jeunesse est au centre de l'intégration entre les deux rives. La question environnementale a constitué une des préoccupations majeures du sommet qui souhaite une Méditerranée «durable», «vivante, sans déchets et à faibles émissions carbone».
Dans cet élan ambitieux, reste cependant la question des mentalités qui, pour les dix pays participants, constitue une véritable barrière. Afin de dépasser cet obstacle, le sommet propose l'idée de manifestations culturelles et sportives communes, comme la création de festivals de cinéma, de théâtre et de musique sur les deux rives, avec comme engagement pour une Méditerranée innovante, numérique et entrepreneuriale. Tous les intervenants se sont accordés sur le suivi de ce projet ambitieux, fruit d'un labeur ininterrompu de la société civile et des dirigeants, tenant compte du mort-né processus de Barcelone. En tout cas, les plaidoiries vont dans le sens d'une nouvelle vision de coopération et construction d'un espace de co-développement, de vivre-ensemble et de paix. Reste à savoir si cette volonté commune ne va être affectée par les défis qui demeurent toujours posés, a-t-on estimé.


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