Un secteur en question(s) : De la culture touristique

Voici répertoriées au moins six questions censées, aujourd’hui, être posées à n’importe quel responsable au niveau du secteur touristique national, car ayant trait d’abord à la saison estivale 2019.
PUBLIE LE : 20-06-2019 | 0:00

Voici répertoriées au moins six questions censées, aujourd’hui, être posées à n’importe quel responsable au niveau du secteur touristique national, car ayant trait d’abord à la saison estivale 2019. Et forcément, par extension, à la problématique du rapport de notre pays — société et structures comprises — à la chose touristique d’une manière générale. Qu’on en juge plutôt :

1/ S'agissant de tourisme dans notre pays, que devoir penser à présent du fait récurrent que, depuis pratiquement les années 1960-70, on continue ça et là de parler seulement de saison estivale —en ayant précisément et exclusivement à l’esprit le tourisme balnéaire— et, par la même, continuer de parler aussi d'ouverture officielle de la saison  en question, alors que partout ailleurs dans le monde —du moins dans les pays qui ont une industrie et de solides traditions touristiques— on parle plutôt de haute, moyenne et basse saisons et ce, quelque soient les régions et zones touristiques concernées. Ne trouve-t-on pas que le tourisme en Algérie, à l’image de ce qui se passe partout ailleurs dans le monde, ça devrait être pratiqué —plutôt— durant toute l'année et non se limiter seulement à la saison estivale, de surcroit en bord de mer ?

2/ Toujours concernant le tourisme, en l’occurrence balnéaire, qui d’ordinaire intéresse de nombreux nationaux durant la saison estivale, comment expliquer qu’en dépit des multiples recommandations formulées ou réitérées par les pouvoirs publics, très peu de mesures visant la préservation effective —notamment sous l’angle environnemental— des sites et stations balnéaires sont suivies d’effet au plan local, ou traduites sur le terrain par les collectivités locales ? N’y a-t-il pas, dans ce domaine, un hiatus criant entre ce qui se proclame au sommet et le rafistolage de dernière minute qui se fait —ou, quelque fois, ne se fait même pas- à la base ?

3/ En dépit d'une situation sécuritaire revenue globalement à la normale, autrement dit une situation dont on peut penser qu'elle est censée, depuis peu, avoir contribué à améliorer l'image de notre pays au plan international, on observe que les flux touristiques ainsi que les investisseurs étrangers ne sont toujours pas attirés massivement par la destination Algérie. Comment expliquer cet état de fait et quelles mesures radicales faudrait-il prendre dans l’urgence pour, à tout le moins, faire redémarrer les choses dans le bon sens, à savoir une fréquentation conséquente de notre pays tant par les touristes que par les investisseurs étrangers, lesquels, dès lors, pourraient redevenir des éléments clés dans ce qu’on appelle le tourisme d’affaires ?
Lequel segment aussi, par extension, est effecteur —c’est notoirement connu- d’un tourisme global, pour ne pas dire d’un tourisme de masse ?

4/ Dans le même ordre d'idées, comment battre en brèche, voire inverser le rapport concernant cette triste image qui, pour ainsi dire, continue de «coller à la peau» de l'Algérie et semble faire dire que notre pays, pour de multiples raisons d'ordres socio-économique et culturel, voire sécuritaire, aurait tourné le dos au tourisme, ou tout au moins n'en attend plus grand-chose ? Doit-on continuer de partager le lieu commun qui consiste à estimer que les politiques en la matière qui, pratiquement depuis l’indépendance, se sont jusque-là succédé, ont certes été généreuses en termes d'objectifs et d'offres, mais rarement mises en œuvre en raison notamment de leur «approche» par trop bureaucratique, voire à présent à caractère idéologique ?

5/ L’une des conditions minimales pour faire admettre l’attractivité touristique d’un pays donné étant la stabilité socio-économique et politique traduite, entre autres critères, par une sécurité de jour comme de nuit, un marché national qui ne soit pas tendu, un réseau de communication et télécommunications dense et régulier, un bon climat des affaires et sachant que, précisément dans le cas de figure algérien, l’ennemi numéro 1 de la pratique touristique étant —dans de trop nombreux cas— la violence sociétale, voire l’intolérance à résonnance religieuse, comment pouvoir envisager de faire du tourisme dans un pays où l’inculture touristique et la surenchère moralisatrice règnent en maitresses absolues des lieux, à fortiori dans des régions que, tout récemment encore, autrement dit il y a quelques années à peine, le terrorisme a fortement marquées de son empreinte ?

6/ Toujours dans le même ordre d’idées, pourquoi cet acharnement des collectivités locales à prendre, en dépit de tout bon sens, des décisions de fermeture de toutes sortes d’établissements, en l’occurrence hôtels, bars et restaurants, à travers l’ensemble du territoire national au motif fallacieux que ces entités ont commis des manquements aux normes et règlements en vigueur ? Ce type de mesures —et surtout la manière avec laquelle ces autorités ont procédé, qui manifestement participe d’une surenchère moralisatrice des plus insidieuses- ne préfigure-t-il pas, en réalité, une intention beaucoup plus dangereuse pour la suite des événements, à savoir l’enfermement idéologique du pays par touches successives alors que celui-ci a plutôt besoin, plus que jamais d’ailleurs, d’ouverture aux idées modernistes et universelles ? Autrement dit, pour reprendre l’expression usitée, a plutôt besoin —à l’image de la démocratie—«d’une mer d’huile et d’un vent de demoiselle» ?
Voila donc, s’agissant du secteur touristique dans notre pays, quelques questions posées à tout responsable, au sein du secteur concerné, qui voudrait bien y répondre. En tout état de cause, seul l’avenir nous dira si elles sont pertinentes ou non.
Kamel Bouslama

 


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