samedi 20 juillet 2019 05:14:53

17e vendredi des marches populaires : Les manifestants saluent les décisions de la justice

Pour le 17e vendredi consécutif, des marches pacifiques ont été organisées dans plusieurs wilayas, pour réclamer un «changement radical» et saluer les décisions de la justice de juger les responsables impliqués dans les affaires de corruption et de dilapidation des deniers publics, ont constaté des correspondants de l’APS.

PUBLIE LE : 15-06-2019 | 0:00
Ph. T. Rouabah
Pour le 17e vendredi consécutif, des marches pacifiques ont été organisées dans plusieurs wilayas, pour réclamer un «changement radical» et saluer les décisions de la justice de juger les responsables impliqués dans les affaires de corruption et de dilapidation 
des deniers publics, ont constaté des correspondants de l’APS.
 
Les manifestants, en nombre inférieur par rapport aux précédents vendredis, ont également rejeté la participation des anciennes figures du système dans tout dialogue de sortie de crise, et appelé la justice à poursuivre sa mission dont le jugement des personnes ayant porté préjudice au pays et à l’économie nationale. En dépit des températures élevées, des citoyens sont sortis pour des marches à travers les wilayas de l’Est du pays, pour renouveler leurs revendications à leur tête «le départ des figures de l’ancien système». 
A Constantine, le premier groupe de manifestants a battu le pavé du boulevard Mohamed-Belouizdad, en saluant les décisions de la justice dans le traitement des affaires de corruption, les incarcérations de hauts responsables et réclamant aussi de réserver le même sort pour le reste de la «Issaba» (bande). «La Issaba à El Harrach (prison d’El Harrach, ndlr)», scandait la foule. La population était également au rendez-vous à Mila, où les citoyens ont sillonné les principales artères des principales villes de la wilaya, au rythme de «Oui à des élections chapeautées par des compétences nationales». Depuis Annaba, des citoyens ont investi le Cours de la Révolution au centre-ville et scandé : «Elections propres et honnêtes» en affirmant rester mobilisés jusqu’à satisfaction des revendications. 
A Oum El Bouaghi, Tébessa, Batna et Khenchela, des milliers de citoyens ont réinvesti les rues et marché dans le calme pour réaffirmer leur détermination à continuer leur lutte pacifique, pour «Un Etat civil, un Etat de droit». Les marcheurs ont également appelé à préserver l’unité de pays, «Chaoui, Kabyle, Tergui ou M’zabi, tous des Algériens», scandaient-ils. Sous les cris «Djazaïr Horra, démocratiya» (Algérie libre et démocratique) et «Silmiya, silmiya» (pacifique, pacifique), les manifestants depuis les villes de Sétif et Guelma ont réitéré leur appel pour le départ des «3B» (Bensalah, Bedoui et Bouchareb). Les manifestants ont réclamé à El Tarf «une transition démocratique conduite par des personnalités consensuelles». Des milliers de citoyens ont, également, battu le pavé à travers les wilayas du centre du pays malgré les fortes chaleurs enregistrées pour affirmer leur attachement à «l’instauration d’une véritable démocratie». Les manifestants, tout en affichant leur satisfaction suite à l’arrestation de certains responsables ont réclamé la poursuite de la lutte contre la corruption et les corrompus. 
A Tizi-Ouzou, une imposante marche a réuni des milliers de manifestants qui, en plus des revendications de changement de système, ont tenu à célébrer la grandiose marche du 14 juin 2001 à Alger. Des pancartes et banderoles brandies ainsi que des slogans scandés réclamaient justice pour les victimes du «Printemps noir» de 2001 en Kabylie. 
A Bouira et Boumerdès, des milliers de citoyens ont sillonné les principales artères des deux villes en réitérant leurs revendications de changement du système et du départ de toutes ses anciennes figures. Les manifestants ont arpenté plusieurs artères de la ville de Bejaia renouvelant les exigences habituelles, toutes articulées autour de la «démocratisation du pays» et «l’instauration d’un Etat de droit», ainsi que la mise en œuvre d’une «période de transition, conduite par des personnalités civiles, n’ayant pas eu, par le passé, des responsabilités importantes». Les mêmes revendications ont été, également, soulevées par les manifestants tant à Tipasa, Chlef, Djelfa, Blida que Médéa.  
 
 
Soulagement après l’incarcération de plusieurs personnalités et hauts responsables  
 
A l’Ouest du pays, des citoyens ont marché pour la poursuite en justice des impliqués dans les affaires de corruption. A Oran, les marcheurs ont sillonné les principales artères de la ville partant de la place du 1er-Novembre jusqu’au siège de la wilaya, puis se dirigeant vers le pont Zabana, avant de se s’orienter vers le boulevard de l’ALN (Front de mer). Les manifestants, hommes, femmes, enfants brandissant le drapeau national, ont scandé notamment «Instance présidentielle pour la gestion de la période transitoire». 
A Mostaganem, les manifestants ont commencé à se rassembler après la prière du vendredi sur la place de l’Indépendance, pour passer après par des artères de la ville à l’instar des rues Mohammed-Khemisti et Mohamed-Bouazza. Ils ont également salué les poursuites judiciaires entreprises par la justice contre les personnalités impliquées dans des affaires de corruption et de dilapidation de deniers publics. Les manifestants ont brandi des banderoles telles que «Yetnahaw Ga3» (partez tous), et «Pas d’élections avec El Isaba». 
A Relizane et ses principales villes, les manifestants ont exigé «le départ de tous les symboles du régime» et le jugement de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Ils ont scandé des slogans appelant à la nécessité d’un «changement global et radical» et «d’un Etat civil démocratique» ainsi que «le Peuple, c’est l’autorité», «Le peuple, bâtisseur de l’Etat» et «Pas d’élections sans réformes». 
A Tissemsilt, des dizaines de citoyens ont marché pacifiquement avec des banderoles appelant au «départ de Abdelkader Bensalah et de Noureddine Bedoui», «la poursuite de la lutte contre la corruption», le «jugement des corrompus», «le peuple et l’armée Khawa Khawa». 
A Naâma, Mecheria, Ain Sefra, des dizaines de citoyens ont défilé avec le drapeau national en brandissant des slogans appelant au changement radical du régime et au dialogue comme moyen de sortie de la crise actuelle, soutenant les efforts de la justice pour lutter contre la corruption, et saluant l’appuie de l’ANP au mouvement populaire. Les wilayas de Sidi Bel-Abbès, Saida, Tiaret, Tlemcen, Mascara, El Bayadh ont également connu des marches pacifiques saluant le jugement des personnes impliquées dans les affaires de corruption.
Au Sud, de petits groupes de quelques dizaines de manifestants sont sortis après la prière à Ouargla et Laghouat, drapés de l’emblème national, pour appeler au changement politique. Ils ont hissé des pancartes et scandé des slogans appelant notamment au départ des figures du système, à la lutte contre la corruption, à l’édification d’un Etat civil et à la préservation de l’unité nationale. 
     Au vu des fortes chaleurs affectant actuellement la région, la plupart des manifestants préfèrent attendre après la prière de l’Asr, en toute fin d’après-midi, à l’instar des populations des wilayas d’El-Oued, Adrar, Ghardaïa et Tindouf, pour sortir manifester. 

Alger 
Restitution des fonds dilapidés par la bande
Les manifestants n'ont pas dérogé à leurs habitudes en sortant massivement pour le 17e vendredi consécutif dans des marches pacifiques à Alger, saluant les dernières décisions de la justice et réitérant leur refus au dialogue avec les symboles de l'ancien système. Dès 11h, les premiers rassemblements ont commencé à prendre forme. Que dire de l’ambiance justement ? Il faut reconnaître que ce vendredi se démarquait un petit peu de ses précédents en étant un peu plus «joyeux». 
Les manifestants ont eu, en effet, du mal à cacher leur bonheur de voir des anciens hauts responsables de l’Etat en prison, à commencer par les ex-Premiers ministres sous Bouteflika, Sellal et Ouyahia. 
D’ailleurs, le ‘‘yaourt’’ a ravi la vedette, hier, dans toutes les marches, comme pour rappeler à Ouyahia ses propos lorsqu’il avait répondu, à une question sur le pouvoir d’achat des Algériens, que les citoyens ne sont pas obligés de manger du yaourt chaque jour. C’est dire que le sens de l’humour n’a jamais quitté les manifestations, s’érigeant même comme une règle depuis le début du mouvement populaire.
A propos des poursuites judiciaires qui ont marqué le pays ces derniers jours, les manifestants exigent à ce que personne ne soit épargné, quel que soit son rang et son statut. «Ce n’est qu’à cette seule condition qu’on peut rétablir définitivement la confiance entre les gouvernants et les gouvernés», estime une mère de trois enfants qui se dit «fidèle» aux rendez-vous des vendredis. Un quinquagénaire abonde dans le même sens et souhaite l’ouverture de toutes les affaires liées à la corruption, et surtout la restitution de tous les fonds détournés et dilapidés par ‘‘el Issaba’’ (la bande).
Au fil des minutes, le nombre des manifestants ne cessait de croître en dépit des tentatives d’empêcher les manifestants de rallier la capitale. Noires du monde, les principales artères du centre-ville n’ont pu supporter la formidable déferlante humaine qui s’est abattue juste après la fin de la prière. De la place du 1er-Mai à la Grande-Poste, en passant par la rue Hassiba-Ben Bouali et le boulevard Amirouche, jusqu’à la place Audin et la rue Didouche-Mourad, on a longtemps vibré au rythme des chants et slogans anti-système. «Pour un Etat civil et démocratique», «Djeich-chaâb khawa-khawa» ou encore «Yetnahaw Ga3» (qu’ils partent tous). Autant de cris qui ont beaucoup fusé ce vendredi dans les places fortes de la contestation. 
S’ils approuvent la détention de Sellal, Ouyahia, Benyounès et toute la «bande», les manifestants ont tenu en revanche à affirmer que ceci ne va pas leur faire oublier la principale revendication pour laquelle ils sont dans la rue depuis le 22 février dernier, à savoir le changement «radical» et «réel» du système politique en place depuis 1962 et le départ de «toutes» les figures symbolisant le régime de Bouteflika, dont Bensalah et Bedoui.
«Nous ne nous arrêterons pas avant que nos revendications soient satisfaites», soutiennent quelques jeunes.
A noter enfin que ce 17e vendredi a coïncidé avec le 14 juin, date commémorative du 18e anniversaire du Printemps noir de la Kabylie. Des événements douloureux qui se sont soldés par la mort de 126 personnes et des centaines de blessés suite à la répression des nombreuses manifestations organisées à Tizi-Ouzou et Bejaia, notamment après l’assassinat du jeune Massinissa Guermah. 
Un vibrant hommage a été rendu aux victimes à travers plusieurs banderoles sur lesquelles, on pouvait lire : «Pour que nul n’oublie», «Ulac Smah ulac» ou encore «L’Algérie pleure ses martyrs».
S. A. M.
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