dimanche 18 aot 2019 04:06:41
D.R

CARE : une feuille de route pour bien mener la transition économique en Algérie.

Des experts d’Europe Centrale, réuni hier à Alger, ont présenté les expériences de leurs pays en période de transitions politiques et économiques. Intervenant lors d’un séminaire organisé par le Cercle d’Action et de Réflexion autour de l’Entreprise (CARE), en collaboration avec leurs ambassades respectives, des experts, représentant la Pologne, la Hongrie et la République Tchèque, les séminaristes ont expliqué que les conditions dans lesquelles les périodes de transition sont mise en œuvre diffèrent d’un pays à un autre. Ils étaient tout de même unanimes à souligner les bienfaits de la transition d’une économie dirigée vers l’économie de marché, entamée dans ces pays à la fin des années 1980, notamment pour ce qui est du niveau de développement et de productivité de leurs économies respectives, tout en reconnaissant qu’il y avait toujours un prix à payer et à assumer sur le plan social. Ces experts ont également reconnu que les réformes structurelles concrétisées dans leurs pays ont été accélérées par leurs adhésions à l’Union Européenne (UE) qui a fortement soutenu la transition dans ces pays.  Filip Mudyna, expert polonais en droit des affaires a rappelé que son pays avait opté pour une «thérapie de choc» visant à se débarrasser rapidement de l’économie dirigée. Ce choix a été rendu possible grâce à l’existence d’une forte volonté politique qui ne s’est pas amenuisée avec le temps, selon lui. La transition économique entamée en Pologne en 1989 a été, pour lui, un «franc succès» sur le plan économique. Mais il a fallu attendre plus de 25 ans après, pour entamer, il y a 4 ans seulement, les grandes réformes de la politique sociale du pays. Entre 1989 et 2019, la croissance économique du pays est ainsi passée de -11,6% (soit une grande récession) à +4,6%, le PNB est passé de 228 milliards de dollars (mds usd) à 1.193 mds usd, les exportations de 19 mds usd à 262 mds usd, le réseau autoroutier de 100 km à 3.370 km et l’inflation de 251,1% à 2,3% seulement. Mais du fait des privatisations, le taux de chômage a grimpé de 0,3% en 1989 à 20,6% en 2003 avant de redescendre à 5,6% en 2015. En plus, la grande ouverture de la Pologne sur les IDE a fait que les deux tiers des exportations soient contrôlées par les capitaux étrangers, privant l’Etat d’une bonne partie de ressources en devises, laquelle est rapatriée à l’étranger. En Hongrie, la transition a été plus progressive mais avec «un coût social important» et «beaucoup d’inégalités», selon l’économiste hongrois Árpád Kovacs. Il explique pour sa part que la transition économie dans son pays avait suivi un processus plus graduel. Une tentation d’une transition de choc a été d’ailleurs vouée à l’échec en 1996, après avoir été rejetée par la population. Les banques hongroises étaient incapables de soutenir le processus des privatisations, ce qui a conduit à une liquidation massive des biens de l’Etat et une ouverture massive sur les IDE dans la perspective d’avoir les capitaux nécessaires au développement. D’une économie où le privé représentait 40% en 1990, le pays est passé à une économie privatisée à 90% actuellement. Les 10% restant sont gérés par l’Etat et portent sur le secteur pétrolier, l’électricité, l’industrie Automobile et certaines industries manufacturières, a-t-il indiqué. Et pour réussir sa transition, le pays s’est fait accompagné par des institutions de contrôle qui ont supervisé le processus et empêché la survenue de dérives majeures, selon lui. A son tour l’économiste tchèque Tomáš Sedláček a présenté les contours de la transition dans laquelle son pays s’était engagé depuis 30 ans. La République Tchèque, s’est, quant à elle, basée sur son secteur bancaire qui était le seul secteur à échapper à la privatisation, tout en s’appuyant sur une politique d’encouragement des IDE. «Nous avons voulu éviter que le capital politique se transforme en capital économique, éviter une redistribution des ressources au profit des oligarques, nous avons donc opté pour une ouverture massive sur les IDE «, a-t-il souligné. Selon lui, la réussite de la transition économique doit reposer sur trois piliers que sont la connaissance des forces du marché, le maintien du rôle régalien de l’Etat et notamment le respect de l’éthique économique.
 De son côté, le président du CARE, Slim Othmani, a fait savoir, dans une déclaration à la presse, que les experts du Cercle travaillent sur l’élaboration d’une feuille de route, inspirée des expériences d’autres pays, pour bien mener la période de transition économique en Algérie. «Aujourd’hui, on va s’assoir ensemble pour réfléchir sur la question. Nous savons pertinemment que ces pays sont très différents de l’Algérie, mais il est toujours utile de tirer les leçons de leurs expériences «, a-t-il dit. Selon lui, «un processus de transition économique doit être impérativement lancé dans les plus brefs délais en Algérie pour ne pas compromettre l’avenir du pays «. Le contenu de cette feuille de route sera rendu public dans deux ou trois semaines, a-t-il avancé.

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Exploiter toutes les opportunités

En marge de la  rencontre-débat,  et dans une déclaration à El Moudjahid, Omar Berkouk, consultant et expert financier, a indiqué que «dans un contexte où la restructuration de l’économie algérienne devient nécessaire, l’expérience des ex-pays communistes est intéressante, puisque ces derniers sont passés au niveau de cette transition par une période de crise similaire à celle qu’on est en train de traverser».
Il a précisé que «l’économie de l’Algérie avant la chute de mur de Berlin ressemblait à l’économie de ces pays», donc, a-t-il dit, «il est intéressant de savoir comment ils ont réglé le manque de capital et le manque de compétence, et surtout le caractère inéluctable d’une transition d’une économie administrée planifiée à une économie de marché». Il a insisté à cet effet sur la nécessité de mettre en place une véritable économie de marché, pour créer de richesses et régler les problèmes d’inflation, d’emploi et de croissance économique. «Il n’y a pas de solutions prêtables pour un pays, mais on peut s’inspirer de ce qui est déjà fait et regarder les erreurs, pour ne pas les reproduire, pour gagner de temps», a-t-il souligné, avant d’ajouter que «malgré que l’Algérie ne soit pas endettée, la volatilité des prix de pétrole expose notre pays à des difficultés plus compliquées que celles que les trois ex-pays communistes ont connues». Pour faire sortir l’Algérie de la crise actuelle, M. Berkouk estime qu’il est nécessaire de faire en premier lieu des reformes structurelles politiques et d’aller ensuite vers une transition économique. De son côté, Slim Othmani, PDG de NCA Rouiba, a souligné que l’expérience des ces trois pays constitue une opportunité pour voir comment on peut mener notre transition économique : « Nous sommes, en train de se basculer d’un système d’État-providence, à un système où le peuple aura un rôle beaucoup plus important dans la société», a-t-il indiqué.
Il a ajouté que «concernant le secteur privé qui produit la majorité de la valeur ajoutée dans l’économie algérienne, il n’y a aucune raison de continuer dans un système complètement bridé où il y a beaucoup d’opportunités économiques qui ne sont pas exploitées». Mettant à profit cette occasion, l’homme d’affaires a insisté sur la nécessité de simplifier l’environnement des affaires, et d’accompagner toutes la jeunesse qui a des idées créatives énormes pour l’éclosion d’une autre économie où le citoyen est impliqué et joue un rôle primordial. Selon lui, la crise économique actuelle n’est pas encore totalement perçue par le citoyen, mais, a-t-il dit, «il commercera, sans nul doute, à en sentir les effets si l’on ne met pas rapidement une feuille de route qui en conséquence va amortir le choc et surtout installer l’Algérie dans une autre dynamique économique». Appuyant ses dires, M. Othmani a cité la transition économique en Chili qui constitue, selon lui, un très bon exemple à suivre pour l’Algérie.
    Makhlouf Ait Ziane
 

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