Marche des étudiants à Alger : Établir une bonne gouvernance

Principaux slogans : « Étudiants et police, une relation de partenariat et non d’animosité » et « Djeich, chaâb, khaoua-khaoua » (Armée et peuple sont frères).
PUBLIE LE : 11-06-2019 | 23:00

Les étudiants ont marqué hier, encore, leur présence en force, dans le 16e acte, baptisée «manifestation du retour». L’une des principales revendications de ce mardi de mobilisation : la transition démocratique. Les manifestations d’hier interviennent au lendemain d’une paralysie qu’a vécue l’université lundi, suite à l’incarcération de Tahkout, et la décision de sa société de transport universitaire obligeant ses employés de cesser de travailler, prenant les étudiants en otage et provoquant le report des examens, dans plusieurs établissements. En cette provocation, les étudiants ont vu l’illustration parfaite de l’emprise des caciques du régime, qui monopolisaient les services publics de l’Etat, pourtant des droits sociaux légitimement acquis.  Avec le prolongement des études jusqu’à la fin juillet, l’Université algérienne vivra encore des «moments historiques», car elle ne pourra rester à l’écart du mouvement populaire qui touche tous les segments de la société, sa communauté se mobilisant de plus en plus dans cette dynamique, malgré que les autres corps se sont retirés, comme les avocats, les syndicalistes, les médecins, remarque un observateur. Hier encore, les étudiants ont manifesté dans l’objectif d’opérer un changement radical de tout ce qui symbolise le système politique actuel. A partir de 10h du matin, les foules d’étudiants des différents établissements algérois se sont dirigées vers la place Audin, après un immense regroupement à la place des Martyrs, désormais «fief» des étudiants contestataires. «Nous revendiquons le départ du système et le passage vers un Etat démocratique et populaire, c’est une aspiration tout à fait légitime», crie Adnan Chebine, doctorant en sciences politiques, à l’université d’Alger 3, qui assure n’avoir raté aucune manifestation depuis le déclenchement du mouvement le 22 février dernier, et ce, malgré ses obligations à l’université. «C’est tout le peuple qui aspire de voir se concrétiser le rêve d’une nouvelle République», dit Adnane, qui ajoute : «Nous sommes là pour un changement radical du système, et le départ de tous les symboles de la corruption qui ont ruiné le pays des décennies durant.»
«Nous voulons manifester librement malgré les dispositifs et renforts qui visent à nous laminer», lance un autre au milieu de la foule. Voilà une volonté bien affichée de fissurer l’emprise des apparatchiks du système, pour reconnaître le droit des Algériens de ne pas être soumis à la domination, «dans un pays qui a payé sa libération avec un lourd tribut». Une réponse claire, nette et sans aucune ambiguïté : «pas de dialogue avec les imposteurs», lit-on dans l’une des banderoles.
Maintenant qu’ils restent seuls à manifester chaque mardi, pour maintenir la pression, cela aide à mesurer le rôle joué par eux dans le renouveau de la culture politique, car par leur énergie, ils sont ainsi engagés également dans un processus d’apprentissage de l’activisme politique. Naturellement, les étudiants ont la volonté de contribuer à l’émancipation politique, au progrès économique et au développement social de leur pays, c’est pourquoi ils ont scandé longuement «La transition est l’affaire du peuple». «Nous voulons passer à une République libre, il faut se libérer de cette bande mafieuse», lance Maya Kheloui, étudiante en première année à l’École de journalisme d’Alger. «Nous demeurons fidèles au slogan « Yetnahaw Gaâ » (qu’ils partent tous !), car nous sommes conscients de ne pas tomber dans le piège de la fausse conscience, en prêtant allégeance aux mêmes représentants du régime», lance-t-elle.
En improvisant des discussions, au milieu de la manifestation, les étudiants constatent que la classe politique s’est montrée incapable de détourner son regard de ses intérêts et privilèges liées à l’allégeance, et la soumission. «Ils roulent sur une fausse piste», ajoute Maya sur un ton sarcastique. Voilà comment les étudiants brocardent une élite démissionnaire, une classe politique complètement désorientée et incapable de penser l’engagement et l’activisme en dehors des cadres politiques traditionnels.
Tahar Kaidi
 


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