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Une guerre fratricide (1)

Une guerre de plusieurs décennies a opposé deux familles descendant d'un même ancêtre, Wâ'il, et vivant au départ dans les mêmes campements. Cette guerre, passée à la postérité, a fortement marqué la conscience arabe.

PUBLIE LE : 03-06-2019 | 23:00
D.R

Une guerre de plusieurs décennies a opposé deux familles descendant d'un même ancêtre, Wâ'il, et vivant au départ dans les mêmes campements. Cette guerre, passée à la postérité, a fortement marqué la conscience arabe.
Les guerres étant incessantes entre tribus arabes, le sort des armes pouvait renverser les situations les mieux établies.
Ainsi, à ce qu'ils prétendent, les Yéménites dominèrent-ils les 'Adnânites durant plusieurs siècles, avant que ces derniers ne prissent leur revanche. Ce qui fut fait au jour dit «Jour de Kha-râz ».
On raconte qu'un roi du Yémen avait capturé une troupe de 'Adnânites. Des notables de leurs tribus étaient venus le voir pour lui demander de libérer les prisonniers. Non content de refuser, il commit une félonie. Au mépris des coutumes, il retint certains des notables comme otages et dit aux autres :
— Ramenez-moi vos chefs, afin qu'ils prennent devant moi un engagement d'obéissance. Sinon vos amis seront tués.
Lorsque les 'Adnânites apprirent ce que le roi avait fait, et ce qu'il avait dit, ils éprouvèrent une grande colère. Ils décidèrent de se venger sans tarder. Ils rassemblèrent leurs hommes et nommèrent pour les commander Kulayb ibn Wâ'il, puis ils s'élancèrent à la rencontre des armées du roi du Yémen.
 Kulayb fit poster au sommet du mont Kharâz des hommes chargés de l'avertir :
—Si l'ennemi passe par là, allumez deux feux. Lorsque les troupes yéménites s'avancèrent, les émissaires de Kulayb les virent et, comme convenu, allument deux feux. Cela permit à Kulayb d'attaquer ses ennemis par surprise et, au bout d'un combat qui fut acharné et sanglant, de remporter une victoire décisive. Le Jour de Kharâz entra alors dans la légende arabe, comme celui où les 'Adnânites vainquirent les Yéménites pour la première fois. Par la suite, dans tous les combats qui les opposeraient, les 'Adnânites sortiraient victorieux.
Les gens fêtèrent le triomphe de Kulayb. Ils firent tous allégeance à sa personne et à sa couronne et lui jurèrent obéissance. Il régna ainsi sans partage. Au bout de quelques années, il fut pénétré d'orgueil et commença à opprimer son peuple. Il prit les décisions les plus étranges, comme d'empêcher les gens de faire paître leurs bêtes dans l'ombre de certains nuages, ou de ne plus tolérer que l'on passât devant lui lorsqu'il était assis. Il interdit à quiconque de chercher refuge auprès d'un protecteur, ou de mener une attaque sans son autorisation, ou de mêler ses chameaux aux siens, ou d'allumer un feu en même temps que lui. Ses gens ne pouvaient être punis que sur son ordre et ses alliés ne pouvaient être protégés que par lui.
C'était lui qui désignait à chaque clan son territoire et nul ne pouvait s'établir ou se déplacer sans son ordre. Il poussait l'arbitraire jusqu'à lâcher un de ses chiots sur des champs de plantes fourragères et, si le chiot aboyait, à décréter qu'aucune bête ne pourrait y paître sans son autorisation. Il agissait de même avec les points d'eau, où l'on ne puisait qu'avec son accord et avec le gibier de certaines régions, dont il interdisait la chasse. On raconte qu'un jour, voyant une alouette qui venait de pondre et qui, à son approche, se mit à battre des ailes, il s'écria :
— Qui donc te dérange, alors que tu es placée sous ma protection?
 Son pouvoir et son ascendant devinrent proverbiaux. On se mit à dire : puissant comme Kulayb ibn Wâ'il...
Kulayb avait épousé Jalîla, fille de Murra, et leurs deux clans, les Bakr et les Taghlib, issus d'un ancêtre commun nommé Wâ'il, étaient si proches l'un de l'autre qu'ils vivaient dans un même campement, afin d'affirmer la force de leur lien de parenté.
Kulayb entra un jour chez sa femme et lui demanda :
—Y a-t-il parmi les descendants de Wâ'il un homme dont la parole soit plus respectée que la mienne ?
Jalîla ne répondit pas. Il répéta sa question, qui resta sans réponse. Il la posa une troisième fois. Alors sa femme:
—Oui. Il y a mes deux frères, Jasâs et Humâm.
Kulayb dégagea sa tête des mains de sa femme et sortit  furieux. Il vit un superbe chamelon, paissant dans les environs. Il savait que ce chamelon appartenait à une tante maternelle de Jasâs, nommée al-Basûs, venue récemment habiter chez son neveu. Il décocha une flèche qui tua le chamelon. Les gens d'al-Basûs, voulant éviter un conflit avec Kulayb, fermèrent les yeux. Mais l'affaire n'en resta pas là. Kulayb vint à croiser le fils d'al-Basûs et lui demanda :
—Qu'est-il donc arrivé au petit de votre chamelle?
—C'est toi qui l'as tuée, nous privant du lait de sa mère.
Quelque temps après, se trouvant avec sa femme qui lui peignait les cheveux après les avoir lavés, Kulayb demanda soudain à Jalîla :
—Parmi les descendants de Wâ'il, y en a-t-il un dont la parole soit plus respectée que la mienne ?
Elle répondit :
— Il y a mes deux frères Jasâs et Humâm.
Kulayb ne dit rien mais se promit de se venger. Voyant la chamelle d'al-Basûs qui paissait au milieu du troupeau de Jasâs, il dit à ceux qui l'entouraient :
— Qu'est-ce que cette chamelle ?
—C'est la chamelle d'al-Basûs, la tante de Jasâs.
—Jasâs oserait-il la laisser paître ici sans mon autorisation ?
Il se tourna vers un jeune homme de sa suite, qui était arm  d'un arc et lui dit :
— Vise sa mamelle, garçon !

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