dimanche 16 juin 2019 08:54:55

L’ancien Doyen de la faculté de droit d’Alger, Madjid Benchikh : «Renoncer à l’élection ne signifie pas le chaos»

Le renoncement à l'organisation de l'élection présidentielle du 4 juillet prochain «ne signifie pas avancer vers le chaos, mais engager un processus politique pour construire un ordre à même de répondre aux aspirations du peuple algérien, notamment de sa jeunesse», a indiqué l'ancien doyen de la faculté de droit d'Alger, Madjid Benchikh.

PUBLIE LE : 27-05-2019 | 0:00
D.R


Le renoncement à l'organisation de l'élection présidentielle du 4 juillet prochain «ne signifie pas avancer vers le chaos, mais engager un processus politique pour construire un ordre à même de répondre aux aspirations du peuple algérien, notamment de sa jeunesse», a indiqué l'ancien doyen de la faculté de droit d'Alger, Madjid Benchikh. «Renoncer à l'organisation des élections du 4 juillet c’est, non pas avancer vers le chaos, mais, au contraire, engager un processus politique qui permettrait de quitter un ordre constitutionnel autoritaire et sans légitimité populaire pour construire un ordre qui réponde aux aspirations de notre peuple et notamment de sa jeunesse», a déclaré M. Benchikh dans un entretien accordé au quotidien national El-Watan publié hier. Dans le même contexte, cet éminent juriste a ajouté que «continuer à vouloir organiser ces élections contre la volonté mille fois exprimée de dizaines de millions d’Algériens et maintenir Bensalah (chef de l'Etat), Bedoui (Premier ministre), le Parlement et le Conseil constitutionnel indique un attachement au système actuel sur lequel il est légitime de s'interroger, surtout lorsque de tels discours viennent de ceux qui ont soutenu le 4e et le 5e mandats». «Tout bien considéré, il n’y a donc aucun danger à annuler les élections», a-t-il dit, estimant que «cela va diminuer la pression, et, du coup, permettra d’engager un dialogue avec la société civile, avec les syndicats autonomes, avec les personnalités indépendantes qui aspirent à la construction de la démocratie et peuvent, dès lors, apporter leur contribution à cette construction». Selon lui, il ne s'agit pas de «se projeter dans le vide» mais de «s’engager dans la voie de la construction d’une nouvelle République qui reposera sur l’adhésion des populations». «Un jour ou l'autre, nous aurons besoin d’aller vers des élections libres et honnêtes», a-t-il encore asséné, soulignant que «c’est une exigence de la vie démocratique (...) mais il faut préparer sérieusement ces élections, et, avant, il faut préparer ou créer le cadre et les conditions dans lesquels elles se dérouleront. Il faudra du temps. Il faudra négocier la durée nécessaire à cette préparation». Revenant sur les marches et manifestations populaires enclenchées le 22 février dernier, M. Benchikh a relevé que «la mobilisation populaire a obtenu des victoires d'étape importantes qui doivent être soulignées», estimant que «le Hirak est devenu rapidement un véritable soulèvement populaire qui montre un peuple debout, qui affirme sa dignité et revendique les droits humains et les libertés démocratiques». Notant que la mobilisation populaire a «bouleversé les données de la scène politique», il a appelé le peuple à «continuer à se mobiliser pour arriver à une transition démocratique».
Pour M. Benchikh, «les partis politiques actuels seront probablement balayés, d'autant qu’ils sont pour la plupart très peu représentatifs», affirmant qu'à tous points de vue, «ce soulèvement marque un tournant dans la vie politique de notre pays». Sollicité par un Collectif de la société civile pour une transition démocratique pour l'aider à l’élaboration d'une feuille de route, il a indiqué avoir fait des propositions à ce Collectif qui a adopté une «Déclaration de principes gouvernant la transition démocratique».
Cette Déclaration, a-t-il détaillé, propose la création d’une instance présidentielle collégiale, un gouvernement de compétences, un conseil de la transition de 20 à 30 membres et une instance indépendante pour l'organisation et le contrôle des élections. «Il s'agit d’instances largement admises devant être créées dans le cadre d’un compromis historique établi par le dialogue entre les forces attachées au soulèvement populaire et les représentants du pouvoir politique», a conclu l'ancien directeur de l'Ecole doctorale de droit et de sciences humaines de l'université de Cergy-Pontoise (Paris, Val d'Oise) et auteur de plusieurs ouvrages.
 

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