dimanche 13 octobre 2019 23:53:02
D.R

Le coordonnateur sahraoui auprès de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO) et membre du secrétariat national du Front Polisario, M'hamed Kheddad, a confirmé que l’émissaire de l’ONU au Sahara occidental, Horst Köhler, avait démissionné pour des problèmes de santé, ajoutant toutefois que la France, qui a «carrément saboté» le travail de l'émissaire onusien, est aussi à l'origine de son départ précipité. S’exprimant dans un entretien à l'agence russe Sputnik sur la démission de M. Köhler, M. Kheddad a affirmé qu’en plus des raisons de santé évoquées par Horst Köhler dans sa lettre de démission, le diplomate onusien rencontrait également des «obstacles», dressés notamment par Paris et Washington.
«Effectivement, il y a les raisons de santé que M. Köhler a mentionné dans sa lettre d’adieu aux deux parties du conflit au Sahara occidental (le Maroc et le Front Polisario, ndlr) et à leurs voisins (l’Algérie et la Mauritanie, ndlr). Cependant, il faut bien signaler que depuis sa nomination au poste d’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu beaucoup d’obstacles ont été érigés sur sa route», a fait savoir le responsable sahraoui. Rappelant que l'ex-président allemand avait toutes les qualités et les compétences nécessaires pour réussir sa mission, notamment son expérience diplomatique ainsi que sa connaissance du continent africain et de ses problèmes, M. Kheddad a signalé que dès sa prise de fonction, le diplomate onusien «a insisté pour que l’Union africaine et l’Union européenne soient parties prenantes de la solution du conflit au Sahara occidental». Dans ce sens, il s'était rendu en Afrique plusieurs fois, notamment à Addis-Abeba et Kigali. Il s’était également déplacé à deux-trois reprises à Bruxelles. Toutefois, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’Onu a rencontré «beaucoup» d’entraves dans l’accomplissement de sa mission aux Nations unies et à l’Union européenne, a précisé M. Kheddad. A ce propos, le coordinateur sahraoui auprès de la Minurso a cité «la France qui a entravé et carrément saboté le travail» de l'émissaire onusien, notamment aux Nations unies, soutenant que «Paris ne voulait pas que le mandat de la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental soit réduit à six mois». Dans le même contexte, le responsable sahraoui a ajouté qu’ «également à Bruxelles, Paris a tout fait pour saboter les efforts de M. Köhler et ce n’est pas sans raisons qu’il n’a d’ailleurs jamais été reçu par les hautes autorités françaises durant son mandat».

Travail de sape

«C’est la France qui a pesé de tout son poids» pour que l’Union européenne signe de nouveaux accords incluant le territoire du Sahara occidental (accord d’association UE-Maroc et l’accord d’agriculture et de pêche UE-Maroc, ndlr) en violation flagrante des décisions de la Cours de justice de l’Union européenne (CJUE) (les arrêtés de 2015, 2016 et 2018), soulignant que le Sahara occidental et les eaux qui lui sont adjacentes ne faisaient pas partie du territoire du Royaume du Maroc. M'hamed Kheddad a évoqué, en outre, un second élément qui a pesé dans la décision de démission du diplomate onusien.
«A New York, M. Köhler a toujours cherché à ce qu’il y ait un consensus au Conseil de sécurité et que ses quinze membres apportent leur soutien en votant une résolution», a-t-il confié, regrettant encore une fois que «malheureusement, les efforts de l'envoyé spécial au Sahara occidental ont été sabotés par la France et les Etats-Unis, qui cette fois-ci n’ont pas cherché le consensus qu’a demandé M. Köhler au sein de cette institution internationale». «Donc au bout du compte, M. Köhler s’est trouvé sans soutien unanime du conseil de sécurité, sans soutien de l’Union européenne, en plus du travail de sape méthodique mené par le Maroc pour empêcher que l’Union africaine joue son rôle dans le résolution de ce conflit qui n’a que trop duré», a tenu à relever M. Kheddad. M. Kheddad n'a pas manqué de saluer, à l'occasion, l'honnêteté intellectuelle et la probité de M. Köhler, qui a subi, a-t-il appuyé, de «grandes pressions par certains membres du Conseil de sécurité, car il a refusé à ce qu’il soit instrumentalisé par certaines forces contre les droits légitimes du peuple sahraoui, notamment celui relatif à l’autodétermination et à l’indépendance, préférant jeter l’éponge, et c’est tout à son honneur d’avoir refusé".

« Système propagandiste. »

Pour sa part, l'ambassadeur de la RASD en Algérie, Abdelkader Taleb Omar, a fustigé l'opposition du colonisateur marocain à la participation de l'Union africaine (UA) au processus de paix, affirmant que l'attachement de l'UA aux principes de son Acte fondateur, notamment le respect des frontières héritées au lendemain de l'indépendance et le droit à l'autodétermination, était un gage pour la paix et la stabilité dans le continent. Intervenant lors d'une conférence organisée par le Parlement africain de la société civile, samedi à Alger, sous le thème «le Sahara Occidental, dernière colonie en Afrique", en célébration de la Journée de l'Afrique, M. Taleb Omar a dénoncé la persistance du Maroc à rejeter la participation de l'UA au processus de paix, "un position qui bat en brèche sa propagande médiatique sur le prétendu soutien acquis de l'Afrique, et qui prouve au demeurant que c'est ‘’un système propagandiste’’». Par ailleurs, le diplomate sahraoui a salué, lors de cette rencontre abritée par l'Association nationale des échanges entre jeunes (Anej), le rôle de l'UA dans le soutien de la cause sahraouie et du droit légitime du peuple sahraoui à l'indépendance.
La reconnaissance de la RASD, au début des années 80 du siècle dernier, par l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en tant que pays membre à part entière "s'inscrit en droite ligne avec l'histoire de libération sous-tendant les principes et la doctrine de l'organisation panafricaine», a-t-il relevé soulignant que "le Maroc qui avait accepté le principe du référendum en 1981, manœuvre toujours contre la décolonisation du Sahara Occidental". "L'Afrique est restée sur la même ligne, même après le retour du Maroc vers elle, 32 ans plus tard, une fois qu'il avait compris que le perdant c'était lui et que l'Afrique pesait de plus en plus sur la scène internationale", a ajouté M. Taleb Omar, précisant que "ce retour était une tentative, qui a échoué à ce jour, de ‘’semer la division entre les Etats membres’’». Pour lui, la preuve de l'échec de cette politique était que «la RASD a non seulement été maintenue en tant que pays membre mais elle est imposée dans toutes les rencontres de l'UA avec ses partenaires internationaux, dont Afrique-Japon, Afrique-Union européenne et Afrique-Ligue arabe».
R. I.
 

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