mardi 18 juin 2019 06:56:03

Patrimoine archéologique vandalisé : Des déprédations préjudiciables à plusieurs titres !

Célébrer chaque année le mois du patrimoine dans notre pays est certes une excellente chose.

PUBLIE LE : 25-05-2019 | 0:00
D.R

Célébrer chaque année le mois du patrimoine dans notre pays est certes une excellente chose. Encore faut-il ne pas perdre de vue que bon nombre de nos sites historiques et préhistoriques, paradoxalement épargnés par l'érosion du temps -qui pourtant ici se compte en millénaires- ne sont malheureusement pas suffisamment protégés aujourd'hui dans la mesure où, pour certains d'entre eux, ils ne sont même pas ceinturés par de solides clôtures de protection. 

Ce qui rend ces sites d'autant plus facilement accessibles à n'importe quel quidam. Certes, il est toujours bon de savoir qu'on peut y accéder et les visiter à sa guise. Mais cette accessibilité est une «arme à double tranchant» en raison précisément de la facilité qu'elle permet à n'importe quel individu de porter atteinte à des pans on ne peut plus sensibles -et donc vulnérables- du patrimoine culturel et historique algérien ; pour tout dire, à des pans de l'identité multimillénaire de son peuple. Le drame, c'est que cette accessibilité on ne peut plus «néfaste» pour la sauvegarde de notre patrimoine archéologique concerne également des vestiges beaucoup plus éloignés ou qui sont censés l'être. D'où cette lancinante 

interrogation : pourquoi ?
D'abord, parce que notre pays n'est pas seulement riche de ces vestiges-là, car quelque soit l'endroit du territoire national, il en regorge. Il suffit en effet -pour reprendre l'expression consacrée-, de «creuser un tant soit peu» et hop ! C'est un ou plusieurs pans jusque-là 
enfouis de l'histoire de l'Algérie qui resurgissent. À telle enseigne, d'ailleurs, que le territoire de notre pays aura mérité le qualificatif de «livre ouvert», non seulement eu égard à notre propre histoire en tant qu'Algériens, mais aussi à toute l'Histoire de l'humanité depuis la nuit des temps. Ensuite, parce que l'Algérie est, pour reprendre l'expression de feu Mohamed-Salah Mentouri, ancien ministre du Tourisme, «une terre où l'on retrouve tous les âges de la Terre».
 
Toujours est-il que, pour ceux qui veulent en savoir davantage sur la «carte archéologique» de notre pays, les documents concernant nos sites existent bel et bien et il suffit de s'adresser à bonne enseigne pour se les procurer. À ce titre, de nombreux documents indiquent précisément les lieux chargés d'histoire, voire de préhistoire dans les musées, dans les ouvrages anciens, archives, forums internet, accessoirement dans la presse spécialisée quand elle existe. La «carte archéologique» de notre pays renferme ainsi une foultitude d'informations sur les sites historiques et archéologiques de notre pays. Mais ces mêmes documents n'indiquent malheureusement pas -ou pas assez- les sites qui ont subi des dégradations, afin que les potentiels visiteurs avisés sachent ce qu'ils ont le droit de faire ou pas. Il s'agit donc d'un manque d'information et là, la ou (les) structure(s) en charge de ces sites se doit (doivent) d'agir en ce sens. Car si certains visiteurs sont de mauvaise foi, la plupart d'entre eux ne connaissent pas bien le sujet et peuvent, par pure inadvertance, dégrader sans en avoir l'intention.
 
Les déprédations sont préjudiciables à plusieurs titres à notre pays      
Prenons seulement pour exemple le site renfermant les gravures rupestres de Zaouia Tahtania, éloignées de 18 kilomètres au sud de la localité de Taghit, dans la région de Béchar. A priori rien n'indique que ce site renferme -sur une étendue de 500 hectares- des gravures de l’ère néolithique qui datent de plus de 5000 ans ; et dont les dessins sur les roches mettent en évidence, outre des représentations humaines, plusieurs espèces animales ayant vécu jadis dans la région, notamment des antilopes, des éléphants, des autruches, des gazelles, des chameaux et des girafes, selon le schéma de leur protection.
 
Eh bien, il faut pourtant savoir que, non seulement, ces précieux témoins de l'ère néolithique dans notre pays existent et se trouvent à portée de main, sans protection aucune, mais qu'elles ont forcément subi, conséquence prévisible, des dégradations à la limite du réparable et pour cause : elles ont été souillées à la peinture ou/et avec une intervention directe sur la roche.
 
Ce qui est d'autant plus regrettable que des esprits criminels ont ainsi peint ou «gravé» des graffitis à coté ou carrément sur les gravures, dénaturant irréversiblement des dessins qui remontent pourtant à l'ère néolithique, pour ne pas dire à l'aube de l'humanité. Sous d'autres cieux, de tels actes criminels, perpétrés par des individus -conscients ou non- de la portée humaine de ces gravures rupestres, auraient été qualifiés comme tels par les pouvoirs publics concernés et leurs auteurs auraient écopé des lourdes peines d'emprisonnement prévues par leur législation.
 
Chez nous, et nonobstant le devoir d'appliquer la législation en vigueur, il y aurait lieu de (re)mettre au moins en route une campagne de sensibilisation auprès des élus locaux, de la Gendarmerie nationale et de la population, notamment par les biais des canaux télévisuels. Il faudrait, en ce sens, (ré)expliquer pourquoi ces déprédations sont préjudiciables à plus d’un titre à notre pays ; et que cela nécessite davantage de contrôle plus strict et de poursuites, voire une interdiction pure et simple des visites tant que les sites en question ne sont pas encore suffisamment sécurisés. Cela dit, restent les archéologues et leurs inquiétudes.
 
Car ils savent pertinemment qu'il s'agit là d'un patrimoine rare et fragile. Ce qui n'est malheureusement pas le cas dans l'esprit du tout-venant.
Kamel Bouslama
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