mardi 25 juin 2019 21:51:31

Libye : Crainte d’une « longue guerre sanglante »

L’embargo sur les armes, violé

PUBLIE LE : 23-05-2019 | 0:00
D.R

Les combats ont gagné en intensité au sud de la capitale libyenne, au moment où l'émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, mettait en garde devant le Conseil de sécurité contre «le début d'une guerre longue et sanglante».

Plus de six semaines après le début de leur assaut sur Tripoli, le maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'est du pays, et son autoproclamée Armée nationale libyenne (ANL) font toujours face à la résistance des forces du Gouvernement d'union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et basé dans la capitale. Cette bataille «pourrait conduire à la division permanente du pays», a averti Ghassan Salamé. «La Libye est sur le point de tomber dans une guerre civile», a-t-il ajouté. Il a, par ailleurs, exhorté le Conseil de sécurité de l'ONU à stopper le flot d'armes arrivant dans le pays, tandis que les canons tonnaient au sud de la capitale libyenne. L'émissaire de l'ONU pour la Libye a réaffirmé qu'«il n'y a pas de solution militaire en Libye», soulignant qu'il est indispensable d'avoir un retour à un processus politique sous l'égide de l'ONU» pour sortir le pays de la crise. Ghassan Salamé a réclamé des actions des Nations unies pour mettre fin à l'agression menée par les troupes de Khalifa Haftar contre Tripoli. Des tirs à l'artillerie lourde ont été entendus depuis le centre de Tripoli. Il s'agit des affrontements les plus violents depuis le début du mois du Ramadhan, le 6 mai. Des affrontements ont eu lieu notamment dans le quartier de Salaheddine, en banlieue sud où les forces pro-GNA ont gagné du terrain, selon leur porte-parole Moustafa al-Mejii. Depuis le début de l'assaut des forces du maréchal Haftar le 4 avril, les combats ont fait 510 morts et 2.467 blessés, selon un bilan communiqué lundi par l'Organisation mondiale de la santé. Selon l'ONU, plus de 75.000 personnes ont aussi été obligées de fuir et plus de 100.000 autres sont prises au piège des combats aux abords de Tripoli. Et les appels de la communauté internationale à un cessez-le-feu ont été ignorés jusqu'ici par les deux camps. Selon des diplomates, lors de discussions, mardi, à huis clos après la réunion publique du Conseil de sécurité, l'idée de séparer aux abords de Tripoli les belligérants en établissant un «couloir» a été évoquée. Dans ce cadre, chaque partie serait amenée «à reculer» et la ligne de délimitation créée serait garantie par un mécanisme international à définir, a précisé un diplomate. Aujourd'hui, les positions militaires des deux camps sont quasiment figées,  notamment en banlieue-sud, même si les pro-GNA ont desserré un peu l'étreinte de l'ANL avec une contre-attaque lancée le 20 avril.

L’embargo sur les armes, violé

Depuis, plusieurs livraisons d'armements aux deux camps ont été signalées en dépit de l'embargo sur les armes décrété par l'ONU pour ce pays depuis 2011. Le maréchal Haftar est notamment soutenu par les Emirats arabes unis et l'Egypte alors que la Turquie et le Qatar appuient le GNA. Face au conflit, le positionnement des Occidentaux, Etats-Unis en tête, et de la Russie reste ambigu. Si tous les membres du Conseil de sécurité ont publiquement soutenu Ghassan Salamé, la réunion à huis clos n'a pas permis d'y voir beaucoup plus clair sur qui appuie qui, selon un diplomate ayant assisté aux discussions. Côté américain, un entretien téléphonique, à la mi-avril, entre le président Donald Trump et Khalifa Haftar a provoqué des spéculations sur le camp choisi par Washington. Côté russe, Moscou a affiché son soutien au maréchal Haftar. En séance publique, Ghassan Salamé a vivement déploré que des armements arrivent en masse en Libye. Sans les citer nommément, il a souligné que «des pays alimentaient ce conflit sanglant». «Les Nations unies doivent y mettre un terme», a-t-il exhorté. «Sans un mécanisme robuste pour le faire appliquer, l'embargo sur les armes en Libye va devenir une farce cynique», a-t-il insisté. Il y a quelques semaines, l'émissaire de l'ONU avait critiqué les approches divergentes de la communauté internationale qui n'a pas réussi, en avril, à s'entendre sur une résolution britannique réclamant un cessez-le-feu. «Toutes les parties doivent rejoindre la médiation de l'ONU», a affirmé l'ambassadeur américain Jonathan Cohen. S’exprimant devant le Conseil de sécurité, le chef de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a fait part de sa grande inquiétude face à l’intensification des combats, accusant certains pays de «se nourrir de ce conflit». Salamé a indiqué que plusieurs rapports font état de la présence au sein des deux camps rivaux d’extrémistes et de personnes qui font l’objet de mandats d’arrêt par la Cour pénale internationale (CPI). Pour le représentant permanent de la Chine auprès des Nations unies, Ma Zhaoxu, les sanctions à l'encontre de la Libye doivent être gérées de manière appropriée.
    M. T. et Agences
 

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