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Marches populaires : hâter les réformes

Des foules immenses sont descendues pacifiquement, hier, dans la rue aux quatre coins du pays, pour une manifestation contre le système, avec des slogans dénonciateurs en fer de lance.

PUBLIE LE : 17-05-2019 | 23:00
D.R

Des foules immenses sont descendues pacifiquement, hier, dans la rue aux quatre coins du pays, pour une manifestation contre le système, avec des slogans dénonciateurs en fer de lance.

Dans le rassemblement géant au cœur de la capitale, une forêt de pancartes affichaient des slogans anti-pouvoir, tels que : «Tatnahaw gaâ», «Restituez la souveraineté au peuple», «Mekenche intikhabet ya l issabet». Ils étaient nombreux à appeler à «la fin du système et de la dictature». 
Les images, en tout cas, sont impressionnantes. Et comme d’habitude, il n’y avait pas que les habitants d’Alger dans la rue. Tant d’autres sont descendus en masse pour dénoncer le système et le pouvoir en place, en ce moment, et appelant les fidèles du mouvement à sauver cette révolution pacifique inédite. Les rues d’Alger se sont remplies de manifestants mécontents, d’un moment à un autre, la tension montait d’un cran, était vive, mais sans provoquer un quelconque mouvement de panique ni de violence qui aurait obligé la police à charger ou à disperser la foule, bien encadrée par un groupe de jeunes secouristes qui s’affairaient de temps en temps à apporter aide et assistance à des personnes malades ou autres manifestants en difficulté. 
Des centaines de milliers de citoyens étaient au rendez-vous, et partout les jeunes en tête comme force d’impulsion, bien que jusqu’à présent, aucun porte-voix ne se présente en meneur de ce mouvement. Équipés de drapeaux aux couleurs du pays, de sifflets ou de tambours, jeunes et vieux, étudiants ou retraités, riches ou pauvres, femmes et enfants, sont venus en masse, souvent en famille, pour crier leur colère contre le système. Des manifestants auraient tenté de franchir les cordons de sécurité place de la Grande-Poste. Depuis le début de journée, on s’attendait de voir les forces de l’ordre procéder à des interpellations ou assister à des affrontements, finalement plus de peur que de mal, il n’y en a rien eu de tout ça. Ce devait être la manifestation de tous les dangers, au regard du dispositif de sécurité déployé, notamment au niveau de la Grande- Poste, lieu symbolique où se rassemblent les manifestants dès les premières heures du matin de chaque vendredi. Mais, comme d’habitude, ce fut une démonstration citoyenne massive, pacifique et émouvante... Il n’y a eu ni casse ni provocation. Mais un mouvement sans précédent, déterminé à faire tomber, coûte que coûte, le système en place et ses représentants hyper-contestés, et parfois en allongeant la liste à d’autres personnalités militaires. Nous avons vu et entendu des slogans les ciblant, en particulier, les considérant désormais persona non grata. «Rangez-vous du côté du peuple !» ont mis en garde les manifestants. Bref, à Alger, une marée humaine a investi les avenues et les rues menant à la Grande-Poste, théâtre du mouvement d’origine spontané, depuis son déclenchement le 22 février dernier. «Il y avait plus de personnes que lors de la 13e édition de ces manifestations», se réjouit Nabil G. «Pas d’élection», «Système dégage», «État civil et non un État militaire», «République, pas une caserne», «Plus jamais ça !», «Trop, c’est trop»… étaient les mots d’ordre fédérant toutes les personnes rassemblées. Des adultes et adolescents, exaspérés par l’entêtement du pouvoir en place. Oscillant entre détermination et revendications politiques, ils ont affiché une détermination tournée vers l’avenir. Cristallisant cette émotion, les femmes nombreuses à prendre part à cette manifestation ont lancé un appel à fraterniser entre les forces de l’ordre et les citoyens, suscitant l’admiration des manifestants. Ces derniers ont crié leur frustration et leur colère, alimentées par les décisions qu’ils qualifient d’impopulaires et destinées à nuire au hirak. 
Ils accusent l’armée d’être réticente à agir contre la mafia qui a mis à genoux le pays. «Faisons primer l’Algérie sur les intérêts personnels», lit-on sur une grande pancarte. C’est curieux, mais on a l’impression que plus le pouvoir fait la sourde oreille et s’entête à refuser le changement radical réclamé, plus le mouvement est  soudé. «Si vous tendez l’oreille, vous pouvez entendre que les personnes au pouvoir tremblent et ne savent pas quoi faire face à l’ampleur du mouvement, c’est une question d’honneur et avec ça les Algériens sont intraitables», a expliqué Rachid A. «Notre message, c’est que nous n’allons pas rester silencieux, nous allons continuer à nous battre. Le mouvement est soutenu par de nombreuses personnalités», a assuré Toufik S., représentant d’une association de jeunes. Ainsi, selon les déclarations glanées çà et là, beaucoup de citoyens pensent que le succès du mouvement tient d’abord à son assiduité qui ne doit pas faire oublier que le pouvoir reste très peu disposé à bouger dans le sens souhaité par le hirak. «J’espère que les citoyens ont bien à l’esprit qu’ils s’inscrivent dans un mouvement sur le long terme. Ils n’obtiendront pas justice dans un État où les institutions sont contrôlées par la bande au pouvoir. Certains n’ont pas tenu parole, il faut déloger du pouvoir tous les anciens responsables, y compris les militaires», a averti un militant d’un parti qui a requis l’anonymat, se référant aux revendications du hirak. En effet, la foule des opposants au système était dense. Cette fois, elle était énorme avec de surcroît le maintien des mêmes revendications de changement radical du système.
Farid Bouyahia
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