La grève des étudiants le 19 mai 1956, à notre forum : un impact important sur la guerre de libération

Une génération qui veut être la digne héritière de ses aînés de l’UGEMA
PUBLIE LE : 15-05-2019 | 23:00

La Journée de l’étudiant, célébrée en Algérie le 19 mai, intervient, cette année, en des circonstances qui rappellent l’esprit militant et engagé qui a jalonné le glorieux parcours de la guerre de Libération nationale.

Al’occasion du 63e anniversaire de la journée nationale de l’étudiant, le Forum de la mémoire d’El Moudjahid, a organisé conjointement avec l’association  Machaâl Chahid, une rencontre commémorative, pour rendre hommage à toutes celles et ceux qui ont déserté les bancs d’école et d’université, un certain 19 mai 1956, pour participer activement à la lutte pour la liberté
Invité à s’exprimer sur le sujet, l’historien, Mohamed Lahcen Zeghidi a mis en exergue les affinités étroites et la corrélation existant entre le mouvement de contestation et d’affirmation de soi par les lycéens et étudiants durant la guerre de Libération, et le sentiment d’appartenance et d’épanouissement intellectuel qui caractérise les campus algériens depuis l’avènement du mouvement populaire du 22 février 2019.
Le chercheur universitaire a estimé que «la participation de l’étudiant à n’importe quel mouvement populaire donne une crédibilité, et apporte une plus-value en matière d’engagement». Appréciant la participation active des étudiants et leurs efforts fournis chaque mardi  en vue d’accompagner le mouvement populaire «pour le changement politique», M. Lahcen Zeghidi a estimé que c’est là «le rôle naturel que doit jouer l’élite pour la concrétisation des aspirations du peuple».
Après avoir rappelé le taux faible de scolarité des Algériens durant la période coloniale, l’historien a affirmé qu’en parallèle à la souffrance matérielles affligée aux «indigènes», le colonisateur, a tout fait pour empêcher l’accès des Algériens à l’école «et perpétuer ainsi la dépendance de ce pays, essayant de le bloquer dans sa sphère géographique et civilisationnelles».
«Le 19 Mai 1956 a été un moment de rupture dans l’évolution de la guerre de Libération nationale. C’est une date mémorable qui signe l’entrée des étudiants algériens dans l’action révolutionnaire» a-t-il dit, précisant que «aux premières prémices de la Révolution de Novembre 1954, cette frange, à vrai dire, n’était pas nombreuse dans un pays qui comptait une seule université à Alger. Les 400 étudiants d’origine algérienne étaient noyés dans la masse des Européens dont le nombre avoisinait les 4.500».
 En effet le 19 mai est la date qui acte la naissance du «maquis universitaire». La maturité des étudiants algériens a confirmé que l’université ne pourrait en aucun cas «être séparée de l’environnement contextuel», explique encore l’historien, en ajoutant que «par leur grève, les étudiants ont adressé plusieurs messages au colonisateur, aux sceptiques dans le monde, et au reste des Algériens que «la Révolution est en marche et son message est humain et universel».

Une génération qui veut être la digne héritière de ses aînés de l’UGEMA
 
En répondant à l’appel du Front de libération national, en pleine Révolution «les étudiants ont donc assumé dignement, leur devoir historique de faire de l’université le haut lieu de l’engagement politique», a estimé l’historien.
L'appel du FLN à une grève des études est intervenu dans un contexte où, sous la houlette d’Abane Ramdane, le mouvement insurrectionnel faisait appel à toutes les franges de la société. C'est en cette année 1956 que les travailleurs vont également, mettre en place une structure syndicale dont le dirigeant, Aïssat Idir, sera torturé à mort par les sbires du colonialisme. Faisant un bref historique de cette période charnière de l’histoire de l’Algérie contemporaine, l’historien dira que «l’engagement des étudiants était plus ancien car ils faisaient partie des instances dirigeantes du PPA- MTLD, à l'instar de Belaïd Abdeslam et Mohamed Harbi.
L'appel à la grève du 19 Mai 1956 était d'ailleurs le couronnement d'un processus où rien n'aura été épargné à l'élite. La décision de la grève a été d'ailleurs précipitée par l'enlèvement et l'assassinat «en vue d’étouffer le mouvement des étudiants» témoigne pour sa part Mahmoud Aïssa El Bey, qui explique aussi que la première organisation estudiantine en Algérie était «l’Union générale des étudiants musulmans algérien (UGEMA)» qui constituait déjà un cadre de mobilisation et d'engagement pour l'émancipation dans le cadre nord-africain.
Pour le syndicaliste et moudjahid Abdelmadjid Azzi, «l’université est source de la production du savoir dont on s’abreuve pour penser notre présent». Abondant dans ce sens, M. Azzi n’a pas omis de mettre en exergue l’importance d’associer les universitaires dans les processus de décision. Les étudiants sont le moteur des changements au sein de leur société», a-t-il ajouté.
Dans son intervention Laid Lechguer, a ajouté que l’apport des étudiants au processus de libération n’est pas à négliger, «rien qu’a évoquer les Taleb Abderrahmane, Lamine Khane, Lakhdar Ibrahimi, Mouloud Kassim et tant d’autres qui des campus ont grimpé un à un les échelons pour devenir futurs dirigeants et haut cadres au sein de l’ALN.
 En somme, le 19 mai de cette année ne pouvait passer inaperçu, car nos étudiants sont aujourd’hui animés par une volonté de marquer encore une fois, l’histoire. Les étudiants algériens doivent en ces moments méditer à ce que Rudi Dutschk, ce marxiste allemand, et représentant le plus connu du mouvement étudiant d'Allemagne de l'Ouest, avait écrit il y a quelques décennies que «la fraction sérieuse des étudiants considère le temps des études, non comme l’engloutissement d’un tas de connaissance sans importance, non comme un passage vers la promotion sociale dans une société répressive, non comme un passe-temps joyeux, mais comme la possibilité systématiquement refusée à la majorité des êtres de se libérer par un effort intense des intérêts de domination nés du passé et de l’éducation, et de transformer l’activité intelligente spécifiquement humaine, en une raison explosive contre la raison actuelle», et c’est justement  dans cet état d’esprit que se trouve notre jeunesse estudiantine, celui de relever dignement le défi soulevé et brillamment porté par ses aînés en 1956.
    Tahar Kaïdi
 


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