mardi 21 mai 2019 00:54:04

Hind bint ‘Utba et Abû Sufyân Ibn Harb

Hind bint ‘Utba est une femme de tête. Elle défend son honneur, mis en cause par son premier époux, puis obtient de son père le droit de choisir son second époux.

PUBLIE LE : 15-05-2019 | 0:00
D.R

Par : Mahmoud Hussein

Hind bint ‘Utba est une femme de tête. Elle défend son honneur, mis en cause par son premier époux, puis    obtient de son père le droit de choisir son second époux. Ce sera Abu Sufyân, richissime commerçant et chef de guerre de Quraysh.

Al-Fâkih ibn al-Mughîra al-Makhzûmî, fils de l'une des grandes familles de La Mecque, venait d'épouser Hind, fille de 'Utba ibn Rabî'a, celui-là même qui avait réussi à ramener la paix entre Thaqîf et Quraysh après leur interminable guerre.
Al-Fâkih possédait une maison d'hôte où ses amis entraient sans avoir besoin d'y être invités. Il s'y rendit un jour avec Hind pour y faire la sieste, puis en sortit laissant sa femme endormie. Durant son absence, un de ses amis entra et, voyant Hind seule, se dépêcha de repartir. Alors qu'il s'en allait, al-Fâkih revenait, qui l'aperçut de loin. Il réveilla aussitôt sa femme et lui demanda :
—Qui cet homme qui sort de chez toi ?
Elle dit :
—Par Dieu je n’ai vu personne…
Il répondit :
—Retourne chez ton père. Je te répudie.
Hind revint chez son père, qui lui dit :
—Ma fille, je veux savoir ce qu'il en est. Si tu me dis que ton mari a raison, j'enverrai quelqu'un tuer l'homme qui t'a surprise pour laver l'affront qu'il t'a fait. Si tu me dis que ton mari est dans son tort, j'exigerai qu'il se soumette au jugement d'un devin...
Hind répondit :
—Par Dieu, mon père, il est dans son tort.
'Utba ibn Rabî'a alla voir al-Fâkih ibn al-Mughîra et lui dit :
—Tu fais peser sur ma fille un soupçon terrible. Cela ne peut durer. Si tu ne confirmes ce soupçon par une preuve, tu dois accepter de soumettre l'affaire à l'arbitrage d'un devin du Yémen.
Al-Fâkih accepta de s'en remettre à un tel arbitrage et ils partirent pour le Yémen, accompagnés d'hommes et de femmes de leurs familles respectives. Lorsqu'ils se trouvèrent à proximité de la maison du devin, le visage de Hind pâlit. Son père le remarqua et dit :
— Que se passe-t-il, ma fille ? Si tu crains la sentence, ne valait-il pas mieux le dire avant que tous les gens ne sachent pourquoi nous sommes venus ? Elle répondit :
— Par Dieu, mon père, je n'ai rien à me reprocher. Mais nous allons voir un être humain, qui peut se tromper comme il peut voir juste. Or il va porter sur ma réputation un jugement qui restera dans la mémoire des Arabes.
Son père acquiesça :
— Tu dis vrai. Je vais d'abord éprouver son pouvoir. Il siffla son cheval, qui s'arrêta et sortit sa verge pour uriner. 'Utba enfonça un grain de froment dans la verge et remit le cheval en marche. Ils furent fastueusement reçus par le devin, qui fit égorger un mouton en leur honneur. Puis 'Utba dit :
— Nous sommes venus te consulter sur une affaire et nous avons dissimulé quelque chose à ton regard.
Quelle est cette chose et où est-elle dissimulée ? Le devin répondit :
—C'est un fruit dans un gland.
—J'aimerais que tu sois plus clair.
—C'est un grain de froment dans la verge d'un poulain.
— Tu as dit vrai. Examine donc le cas de ces femmes. Toutes les femmes qui étaient venues passèrent à tour de rôle devant le devin, qui caressa les cheveux de chacune d'elles et dit:
—Va à ton affaire.
Lorsque ce fut au tour de Hind, il lui caressa longuement les cheveux et dit :
—Va, tu n'as commis aucune faute. Et tu enfanteras un roi nommé Mu'âwiya. Al-Fâkih vint alors vers elle et voulut lui prendre la main. Elle le repoussa et dit :
 —Par Dieu, j'entends que l'enfant à venir ne soit pas de toi.
Puis elle se tourna vers 'Utba :
—Père, tu m'as donnée en mariage à cet homme sans te soucier de ce que je ressentais. Il m'a fait ce qu'il m'a fait. La prochaine fois, ne me marie à aucun homme avant de me dire ce que tu sais de lui et quelles sont ses qualités.
Son père le lui promit.
Dès qu'ils furent rentrés à La Mecque, deux prétendants se présentèrent, Suhayl ibn 'Amrû et Abu Sufyân ibn Harb ibn Umayya. Hind demanda à son père de lui parler de chacun d'eux. Puis elle choisit Abu Sufyân.
Fils de Harb et petit-fils de Umayya, Abu Sufyân allait devenir, à la mort de son père, le chef des Banû Umayya et le chef de guerre

de Quraysh. C'était un commerçant qui voyageait beaucoup et qui avait amassé une grande fortune par le négoce. Il possédait des caravanes dont il était le chef apprécié, car il avait une vaste expérience des routes et des passages. Toutes les expéditions qu'il avait prises en charge avaient été menées à bien, les échanges ayant été effectués en toute sécurité.
Aussi la conduite des guerres de La Mecque lui avait été confiée, quoique Quraysh détestât les guerres et s'efforçât autant que possible de les éviter, car elles nuisaient à son commerce.
Le couple formé par Abu Sufyân et Hind va jouer un rôle essentiel dans la période de naissance de l'islam. Abu Sufyân s'efforcera constamment de ménager des positions moyennes entre les seigneurs de La Mecque et Muhammad, mais son épouse s'affirmera pendant longtemps comme une adversaire acharnée du Prophète. Ils finiront par choisir tous les deux l'islam, donnant à leur fils Umayya l'occasion de devenir, plus tard, le cinquième Calife, fondateur de la dynastie des Umayyades.
 

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