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abdallah ibn ja’ân

Après avoir été un Vagabond, 'Abd Allah ibn Jad'ân devient un seigneur riche et respecté. D'une générosité proverbiale, il entretient le poète Umayya ibn Abûal-Salt.

PUBLIE LE : 13-05-2019 | 23:00
D.R

Après avoir été un Vagabond, 'Abd Allah ibn Jad'ân devient un seigneur riche et respecté. D'une générosité proverbiale, il entretient le poète Umayya ibn Abûal-Salt.

'Abd Allah ibn Jad'ân était l'un des notables les plus en vue de La Mecque, l'un de ses seigneurs les plus écoutés et respectés. Il était d'une grande richesse et d'une extrême générosité.
Pourtant, à ce qu'on raconte, il avait très mal commencé. Rebelle et violent, commettant sans cesse des délits, il avait été désavoué par sa famille et chassé par son père, pour se trouver finalement exclu de son clan. Il avait alors longtemps erré dans les collines environnant La Mecque, se joignant à ces Vagabonds que leurs familles avaient reniés ou qui avaient eux-mêmes renié leurs familles et qui n'avaient plus de protecteurs ou d'alliés. Ces hommes devenaient des brigands, vivant de vols et de rapines et se réfugiant dans des grottes. Ils finissaient par connaître les moindres recoins du désert, pour pouvoir tendre des pièges aux caravanes, leur couper les routes et les attaquer en position favorable, puis s'enfuir sans laisser de trace.
Une nuit, alors qu'il cherchait un endroit pour dormir à la fin d'une journée harassante, 'Abd Allah ibn Jad'ân trouva une faille étroite au flanc d'une colline. Il s'y glissa, tout en sachant qu'un serpent pouvait s'y loger. Il espérait peut-être se faire piquer par ce serpent, car il était las de la vie. Mais la faille protégeait l'entrée d'une tombe, celle d'anciens rois de Jurhum, qui contenait des trésors inestimables, des objets précieux tels qu'un serpent en or aux yeux incrustés de rubis. Les cadavres des rois reposaient sur des couches recouvertes d'étoffes comme 'Abd Allah n'en avait jamais vues, mais dès qu'il les toucha, elles s'effritèrent entre ses mains.
Il prit quelques objets précieux, se glissa hors de la tombe, en boucha l'entrée avec des pierres puis, avant de partir, grava sur la faille un signe qui lui permettrait de la reconnaître par la suite. Il fit parvenir les objets précieux à son père, en demandant son pardon. Après l'avoir obtenu, il put revenir dans son clan, dont il devint bientôt le chef.
Il puisa largement dans son trésor, pour donner à manger aux gens, faire le bien autour de lui et se lancer dans le commerce. Chaque fois que le besoin s'en faisait sentir, il revenait à sa grotte, entrait dans la tombe, prenait ce qu'il lui fallait et s'en revenait chez lui. Il ne tarda pas à devenir l'un des hommes les plus riches de La Mecque.
Marchand d'esclaves, il louait aux hommes la compagnie de ses femmes et comme il était propriétaire des enfants qui naissaient de ce commerce, il pouvait les vendre ou les garder pour lui. Il lui arrivait aussi d'affranchir des esclaves.
On raconte que c'est 'Abd Allah ibn Jad'ân qui introduisit à La Mecque la friandise connue sous le nom de Jalûdh. Il l'avait découverte à la cour de Khusrû à Madâ'in et avait demandé :
—De quoi est faite cette friandise ?
On lui avait dit :
—C'est une pâte faite d'un mélange de froment et de miel d'abeilles.
Il avait aussitôt demandé :
— Trouvez-moi un garçon qui sache la faire.
Il emmena le garçon à La Mecque, qui confectionna de grandes quantités de Jalûdh. Puis 'Abd Allah ibn Jad'ân fit dresser des tables autour de la Mosquée et les crieurs allèrent partout annoncer :
— Que celui qui veut goûter au Jalûdh se présente.
Les gens se pressèrent nombreux.
Par ailleurs, 'Abd Allah ibn Jad'ân offrait à manger à tous ceux qui venaient chez lui. La nourriture était placée dans une cuve si grande qu'un enfant, dit-on, s'y était un jour noyé. Les hommes pouvaient s'y approvisionner sans avoir besoin de descendre de leurs chameaux. Muhammad ibn 'Abd Allah y avait mangé et se souvint plus tard qu'il s'était reposé à l'ombre de la cuve.
'Abd Allah ibn Jad'ân aimait le vin et il lui arrivait d'en boire en compagnie de 'Umayya ibn Abu al-Salt, de Thaqîf. Ce dernier se leva un jour, après une nuit d'ivresse, l'œil enflé. 'Abd Allah lui demanda :
—Qu'as-tu donc à l'œil ?
Umayya refusa de répondre, mais devant l'insistance de son hôte, il finit par dire :
—C'est toi qui as fait cela, hier soir.
'Abd Allah en fut stupéfait et dit :
—La boisson m'aveugle-t-elle au point que je puisse nuire à mon compagnon ?
Il donna à Umayya dix mille dirhams pour se faire pardonner et déclara :
—Dorénavant, la boisson m'est interdite. Je n'en boirai plus jamais.
Il ne but plus une goutte de vin par la suite.
Umayya était un poète reconnu, qui récitait des vers louant les qualités de son hôte et qui était pour cela généreusement récompensé. Un jour il vint voir 'Abd Allah, qui lui demanda :
—Qu'est-ce donc qui te préoccupe ?
—Quelques chiens sans pitié, qui ne cessent de me harceler.
—N'aie point de souci. Je rembourserai ta dette, quel qu'en soit le montant. Mais tu devras patienter un peu, car tu me prends au dépourvu. J'ai moi-même quelques échéances à honorer.
Puis ils commencèrent à manger et Umayya récita, comme à son habitude, des vers louant la générosité de 'Abd Allah. Deux belles esclaves leur tenaient compagnie, bien connues des hommes de La Mecque, qui les avaient surnommées les deux sauterelles. 'Abd Allah dit à son ami :
—Prends celle des deux qu'il te plaira.
Umayya emmena l'une d'entre elles et partit. Mais en route, il rencontra un groupe de Qurayshites qui reconnurent la sauterelle et reprochèrent à Umayya de l'avoir prise :
—Tu es allé trouver 'Abd Allah en un moment de grande difficulté. Il a quand même tenu à t'aider. Mais cette femme lui est fort utile. Tu devrais la lui rendre.
Ces paroles touchèrent Umayya, qui revint sur ses pas et voulut rendre l'esclave à 'Abd Allah. Ce dernier lui dit :
—Sans doute viens-tu me la rendre, après avoir rencontré quelques Qurayshites qui t'ont parlé de mes difficultés ?
Umayya répondit :
—Par Dieu, tu ne t'es pas trompé.
—Eh bien ! Qu'as-tu à dire de cela ?
Umayya récita de nouveaux vers louant la perspicacité de 'Abd Allah. Alors celui-ci dit :
— Prends l'autre esclave aussi.
Umayya emmena les deux sauterelles et, cette fois, ne revint pas sur ses pas.
Mais l'extrême générosité de 'Abd Allah finit par contrarier ses proches, qui s'employèrent à l'empêcher de dilapider ainsi sa fortune. Us allaient voir les bénéficiaires de ses prodigalités et leur demandaient de rendre ce qu'il leur avait offert. Pour déjouer leur dessein, 'Abd Allah prévenait celui à qui il voulait faire un don :
— Je te ferai un affront devant les gens.
Il lui donnait une gifle en public et réparait son geste par un don, que sa famille ne pouvait plus réclamer à l'offensé. Vers la fin de sa vie, 'Abd Allah épousa une riche veuve, encore jeune et belle, qui se nommait Dubâ'a. Elle vécut avec lui le temps que Dieu voulut. Puis un jour, alors qu'elle tournait autour de la Ka'ba, elle croisa Hishâm ibn al-Maghîra, qui était aussi fortuné que séduisant et qui lui dit :
— Pourquoi faut-il que tant de beauté et de jeunesse soient réservées à un vieillard tel que 'Abd Allah ibn Ja'dân? De-mande-lui la séparation et je t'épouserai. Elle alla voir son mari et lui dit ;
— Pourquoi faut-il qu'une femme aussi jeune que moi reste avec un homme aussi vieux que toi ? Il lui répondit :
— Pourquoi cela t'a-t-il soudain frappé? Par Dieu, on m'a rapporté que tu avais eu une conversation avec le jeune Hishâm ibn al-Maghîra en tournant autour de la Mosquée. Eh bien, je ne me séparerai de toi que si tu jures de ne jamais épouser le jeune Hishâm. Ou alors, si tu veux l'épouser, il te faudra tourner nue autour de la Mosquée, sacrifier cent chameaux et filer du poil de ces bêtes sur le parcours reliant les deux monts Akhshab, ce qui t'est interdit comme à tous ceux de ta tribu.
Dubâ'a fit parvenir à Hishâm les exigences de 'Abd Allah et Hishâm lui fit répondre :
—Accepte ces exigences. Pour ce qui est de tourner nue autour de la Mosquée, tu le feras avant l'aube et je demanderai à Quraysh de vider pendant ce temps la Mosquée. Personne ne te verra. Les cent chameaux, je les sacrifierai pour toi. Quant au filage du poil de chameau, pourquoi ne le ferais-tu pas ? C'est un interdit dont personne ne se rappelle l'origine, ce n'est pas un interdit religieux édicté par un prophète.
 
Ainsi Dubâ'a put-elle dire à 'Abd Allah ibn Jad'ân qu'elle acceptait de se soumettre à ses conditions. Il se sépara d'elle et Hishâm l'épousa après qu'elle eut fait tout ce que 'Abd Allah avait exigé d'elle.
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