dimanche 26 mai 2019 15:23:01

Commentaire : L’onde de choc

Le mouvement citoyen, massif et imprévisible, qui s’est manifesté il y a près de deux mois pour exprimer un ras-le-bol général et dire non aux dérives constitutionnelles, avec la cinquième mandature, puis le report inexpliqué et injustifiable de l’élection présidentielle, n’a pas cessé de produire ses impacts sur la scène politique.

PUBLIE LE : 17-04-2019 | 0:00
D.R

Le mouvement citoyen, massif et imprévisible, qui s’est manifesté il y a près de deux mois pour exprimer un ras-le-bol général et dire non aux dérives constitutionnelles, avec la cinquième mandature, puis le report inexpliqué et injustifiable de l’élection présidentielle, n’a pas cessé de produire ses impacts sur la scène politique. Outre la démission du président de la République, après vingt de règne, obtenue avec le soutien et l’appui de l’Armée nationale populaire, faut-il le rappeler, son onde de choc, d’une rare intensité, n’a pas épargné les principales formations politiques, que celles-ci appartiennent à la défunte alliance présidentielle ou à des partis d’opposition. Cela a commencé par le FLN, dont le prestigieux héritage de la guerre de Libération nationale lui a servi d’être une vitrine crédible et dont se sont servis quasiment tous les régimes qui se sont succédé depuis l’indépendance. C’est le parti du Président qui vient de quitter la scène. Il fait face à des démissions en cascade, depuis quelque temps, semble montrer des signes de faiblesse, traversé qu’il est par des contradictions révélées par le mouvement citoyen vis-à-vis duquel il cherche à se dédouaner en affirmant qu’après tout l’exécutif n’a jamais été entre les mains du parti. Cela est d’autant plus vrai que son parcours a été une suite de «coups d’État scientifiques», où les secrétaires généraux changeaient sur un simple coup de téléphone ! Malgré les appels de certains à le faire entrer dans le musée de l’histoire, car le sigle qu’il porte constitue un patrimoine commun à tous les Algériens, il conserve une formidable capacité de mobilisation et a toujours fait montre d’une exceptionnelle capacité de résilience, et sa présence est loin d’être symbolique. Des cadres contestent aujourd’hui la direction, demandent la tenue d’un congrès extraordinaire et n’hésitent pas à affirmer que le parti longtemps «unique» est prêt à jouer la carte démocratique, et, au cas où il est battu dans des élections transparentes, il rejoindra le camp de l’opposition. C’est aussi le cas de son parti frère au sein de l’alliance présidentielle, le Rassemblement national démocratique (RND), qui lui aussi soutient le mouvement populaire de contestation, et connaît des tiraillements en son sein, notamment entre son secrétaire général et son porte-parole.
La situation également chaotique vécue, ces derniers jours, par le Front des forces socialistes, le plus vieux parti de l’opposition, qui rencontre toutes les difficultés du monde à survivre dans la quiétude, notamment après le décès de son fondateur. Après la survenue de scènes de violences au siège du parti à Alger, son premier secrétaire vient de démissionner, afin, dit-il, d’éviter «à mon cher parti, l’implosion et l’humiliation». Il faut dire que cette formation connaît des soubresauts structurels, même si son instance présidentielle collégiale attribue ce déchirement à «des forces hostiles à la position du parti en faveur du mouvement citoyen». Si l’on ignore jusqu’à présent l’impact réel de l’onde de choc provoquée par le mouvement citoyen sur ces formations politiques, mais aussi sur l’ensemble de la classe politique, il est peut-être trop tôt d’évaluer l’importance des nouvelles formes de militantisme, à travers les réseaux sociaux, notamment, que la jeunesse essaye d’inventer, sur la pratique politique. Une chose est toutefois certaine, c’est que la jeunesse en marche ne veut plus des figures emblématiques du régime, ne veut plus du régime tout court et exige l’avènement d’une nouvelle République. Une telle exigence n’a de chance d’aboutir que si elle passe du stade de la revendication et de la rue, au stade de ce que la sociologie politique appelle le «moment politique», celui non pas des slogans, mais de la structuration, de la discussion, de la négociation et donc du sens du réalisme et du compromis. C’est sans doute une autre étape non moins importante et dont on ne peut faire l’économie si l’on veut des réformes structurelles et profondes du système politique. Après l’onde de choc, pour les uns, et l’euphorie, pour les autres, doit-on s’attendre à un plus de sérénité et avancer ensemble sur le bon chemin, celui du vivre ensemble en paix et celui de la démocratie ?   
Cherif Jalil
 

  • Publié dans :
DONNEZ VOTRE AVIS

Il n'y a actuellement aucune réaction à cette information. Soyez le premier à réagir !

S'inscrire
Presedant
Suivent
 

Donnez votre avis

Aidez nous à améliorer votre site en nous envoyant vos commentaires et suggestions