mercredi 21 aot 2019 08:40:50
D.R

La situation s'aggrave de jour en jour en Libye. L'offensive militaire du maréchal Khalifa Haftar, entamée en fin de semaine dernière, pour marcher sur Tripoli, ravive gravement la crise dans le pays, et suscite, par ailleurs, l'inquiétude de la communauté internationale. L’universitaire Hocine Gahem livre, ici, une lecture fort probante sur ce qui se déroule dans ce pays voisin, avec lequel nous partageons près de mille kilomètres de frontière. 

M. Gahem vous êtes universitaire auteur de plusieurs ouvrages notamment sur les questions internationales. Pouvez-vous nous faire, par la même occasion, une rétrospective des derniers événements ?
En fait, depuis 2011, force est de constater que la Libye a connu une déstabilisation ainsi qu’une intervention étrangère qui ont engendré le chaos. Il faut souligner aussi que les réseaux sociaux ont joué un rôle très néfaste dans la suite des événements. En effet, ces derniers, infiltrés par des activistes de tous bords, issus d’organisations occultes, ont poussé au pourrissement ainsi qu’à la destruction de l’entité de ce grand pays africain. Ces activistes ont les a vus ensuite, se faire recevoir par les grandes chancelleries occidentales. Un travail sur les masses a été effectué pour les orienter, via des slogans virulents qui ont gravement affecté la stabilité de cette nation et provoqué la chute irréversible de l’ensemble des institutions et des structures étatiques.
Résultat des courses, la Libye est devenue un Etat en faillite ouvrant, ainsi, la porte au néo-colonialisme et faisant voler en éclats les aspirations populaires. Ainsi, la chute de ce grand pays voisin a permis aux groupes terroristes de s’implanter et de déstabiliser l’ensemble de la sous-région.
A propos des derniers développements, pour répondre pleinement à votre question, une conférence nationale devait se tenir pour une entente générale et donc rassembler les deux camps rivaux. Des camps qui ne sont autres que le gouvernement d’union nationale soutenu par la communauté internationale et dirigé par Faycal Al Sarraj et les forces du maréchal Haftar. La décision surprise de ce dernier de lancer une telle opération qui consiste à marcher sur Tripoli et à s’emparer du pouvoir, soulève de nombreuses interrogations.

Pourquoi une telle accélération des événements ? Qui en sont les instigateurs ?
Cette question est centrale dans la mesure où Haftar est soutenu par des puissances qui ont à plusieurs degrés participé à la déstabilisation de plusieurs pays dans la région laissant ainsi beaucoup de zones d’ombre quant à l’accélération intrigante des événements.
La décision de marcher sur Tripoli a été soumise à une volonté étrangère ou est-ce une initiative proprement interne ? Le danger dans tout cela réside dans le fait que si ce maréchal répond à un agenda externe,  la situation doit être abordée avec gravité.       

Quelles sont les ambitions du maréchal Haftar ? Le timing n’est-il pas suspect, selon vous ?
En réalité, les ambitions du maréchal Haftar demeurent inconnues. Ce dernier invoque la lutte contre les groupes terroristes mais il faut se demander pourquoi maintenant ? Les prochains jours nous apporterons concrètement des éclairages. Vous savez le timing est effectivement suspect. On se demande même si les derniers développements chez nous n’ont pas été des éléments qui ont favorisé cette accélération ? D’autant plus, qu’il ne faut pas oublier que notre voisin de l’ouest, le Maroc a procédé, il y a de cela quelques jours, à des manœuvres militaires avec des pays membres de l’OTAN et ce non loin de notre frontière. Je pense que cela n’arrive pas par accident. Aussi, la réponse de nos forces armées ne s’est pas fait attendre. Le chef d’état-major de l’Armée Nationale Populaire (ANP) et vice-ministre de la Défense nationale a effectué récemment une visite de quatre jours, dans l’ouest du pays et plus précisément dans la 2e Région militaire où il a supervisé un exercice de combat pour lancer un message clair et net à ceux qui veulent porter atteinte à la sécurité et à la stabilité de notre pays.

Quelles sont, selon vous,  les conséquences que ces derniers développements ont sur la sécurité régionale ?
A mon humble avis, les conséquences de ces derniers développements sont d’abord tragiques pour la Libye. Il faut savoir que depuis le lancement de l’offensive sur la capitale Tripoli, plus d’une soixantaine de citoyens de se pays frère ont péri lors des combats. La Libye est plus que jamais affaiblie. Concernant la sécurité régionale, il convient de signaler que l’ensemble de la région sahélo-saharienne risque de ressentir les violentes secousses qui agitent le pays d’Omar Al-Mokhtar. N’oublions pas que les problèmes que le Mali a connus sont en partie dus à l’effondrement de l’Etat libyen. Ainsi, l’escalade de la violence est une conjoncture qui peut favoriser la résurgence de cellules terroristes dans cette région, ô combien convoitée pour ses ressources naturelles très importantes.

Et en ce qui concerne la sécurité de l’Algérie ?
Cette donne exige de notre pays de redoubler de vigilance. Il faut, à cet effet, redoubler la surveillance des frontières car il est à craindre que des groupes terroristes dirigés par des forces inconnues seraient tentés de s’infiltrer sur notre territoire. Il ne faut pas oublier, ici, que notre pays est visé par un plan de déstabilisation. A cet égard, l’attaque terroriste contre le complexe gazier de Tinguentourine est venue illustrer que des forces occultes saisissent la moindre occasion visant à attenter à notre souveraineté.  A ce titre, le dernier communiqué de la Direction Générale de la Sureté Nationale (DGSN) qui fait état de l’arrestation d’étrangers incitant les jeunes à la violence et à recourir à des formes d’expressions radicales nous interpelle sur le fait que des puissances veulent profiter de la crise actuelle dans notre pays pour manipuler les manifestants et entraîner le pays vers le pire. Je reste, cependant, convaincu que la maturité politique de notre peuple fera échouer ces vaines tentatives.

Notre pays s’est toujours attelé à favoriser un dialogue inclusif entre toutes les parties libyennes sous l’égide de l’ONU loin de toutes ingérences étrangères et reste convaincu que seule une solution politique acceptée par l’ensemble des protagonistes est à même de préserver les intérêts suprêmes du peuple libyen. Un commentaire là dessus ?
La position officielle de l’Algérie est une démarche sage, en profonde conformité avec le droit international et la Charte des Nations unies respectant les aspirations du peuple libyen.  Il faut savoir que les conflits armés ont été de tout temps élaborés par des laboratoires visant à permette, in fine, un retour de la colonisation par un autre moyen qui n’est autre que la plantation de graines de la Fitna pour leurs intérêts.  Aussi, il faut faire très attention, rester vigilants, parce que, de par notre position centrale, plein de pays nous envient notre stabilité et les ressources dont nous disposons.
Propos recueillis pa : Sami Kaïdi
 

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