jeudi 18 avril 2019 12:21:22

L’ancien général major, Abdelaziz Medjahed : « La situation géopolitique impose davantage de vigilance »

"Il faut adopter une vision claire qui s’appuie sur les valeurs de notre peuple"

PUBLIE LE : 16-04-2019 | 0:00
D.R

El Moudjahid : Après huit vendredis de protestions, le Hirak ne semble pas perdre de son souffle, et les Algériens continuent à descendre dans la rue pour réclamer le changement du système. Pensez-vous que la persistance de ce mouvement serait en mesure de satisfaire l’ensemble des revendications ?

M. Medjahed : En fait, je vous dirai que, dans ce cas de figure, le citoyen se hisse à la hauteur de son devoir, de ses obligations et de son engagement patriotique. Nous l’avons vu, notamment avec les étudiants, les magistrats, les syndicats, les avocats… et d’autres franges de la société.
Autant de corporations  qui tiennent à s’exprimer et à dire leur mot. Hélas, ils agissent séparément. La bonne volonté et la persistance de ce mouvement citoyen restent insuffisantes pour réaliser les objectifs assignés au Hirak.
 La mobilisation est certes admirable, elle a cependant besoin d’une représentativité. Mais où sont donc ces élites, leaders, porte-parole ? Sans eux, le Hirak reste un corps sans tête.

Au milieu de tous ces événements qui se succèdent, la DGSN a publié un communiqué inquiétant. Elle affirme avoir déjoué un complot contre le mouvement populaire, en arrêtant des étrangers. L’Algérie est-elle en danger ?

Ce n’est un secret pour personne que, par sa ferme volonté d’indépendance, sa position géographique importante  et sa stratégie nationale et internationale, l’Algérie entrave sérieusement les desseins et les politiques néocoloniaux et hégémoniques des puissances occidentales au Maghreb, au Sahel, en Afrique.  A-t-on déjà oublié le tragique attentat de  Tiguentourine ?  Les mercenaires terroristes durant la décennie noire ? L’Algérie a de tout temps été une convoitise. Est-ce un hasard ou une coïncidence ? Sur le plan régional, il y a aussi  les manœuvres du makhzen sur les lieux des combats de la guerre des sables de 1963 et l’offensive du général Haftar sur l’ouest de la Libye, sans oublier les détachements français qui l’appuient ou une manière sournoise et indirecte de faire pression sur notre pays. Je vous laisse faire le constat vous-même !

«Djeich, Chaâb, khaoua khaoua» est l’un des slogans phare des manifestations, ce qui traduit la relation très forte entre l’armée et le peuple. D’après vous, le général major Gaïd Salah devrait-il intervenir encore une fois pour faire appliquer les articles 7 et 8 de la Constitution ?

«Djeich, Chaâb, khaoua khaoua» n’est pas seulement un slogan, mais une conviction, une foi. Le peuple a joué un rôle majeur et il a été exemplaire.
C’est aux élites de se réveiller maintenant.  Pour ce qui concerne l’intervention du chef d’état-major de l’ANP pour l’application des articles 7 et 8 de la Constitution, je me demande pourquoi c’est seulement à lui qu’on s’adresse. Pourquoi ce silence de la part des autres institutions qui sont en charge de ces questions ?
À ce que je sache, l’Algérie est dotée de toutes les institutions républicaines. Alors, en ces moments cruciaux, il est impératif que chacun se hisse à la hauteur de ses fonctions et assumer pleinement ses responsabilités.  

Dans quelle mesure pensez-vous que l’instabilité et les conflits qui prévalent dans tout l’espace entourant l’Algérie pourraient se répercuter sur la situation dans notre pays ?

L’instabilité qui caractérise notre voisinage nous impose plus que jamais de porter la vigilance à son plus haut degré et de préparer  au mieux la mobilisation de l’ensemble des capacités nationales.
Ce n’est que par notre union, cohésion et la formation d’une force nationale décisive que l’on pourra dissuader toutes intentions belliqueuses, c’est ma conviction.

Quelle serait la solution à votre avis ? Une nouvelle république ou un changement dans les mœurs politiques ?

L’édification de la République nouvelle exige une justice sous toutes ses formes, culturelle, politique, économique et sociale… La justice, c’est la colonne vertébrale de l’État et le ciment qui lie la société.
En fait, il faut adopter une vision claire qui s’appuie sur les valeurs de notre peuple… non seulement préserver nos constantes nationales, mais aussi revenir au plus profond de notre histoire.                          
Propos recueillis par :
Sarah A. Benali Cherif


 

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