Entretien avec Mourad Preure, expert pétrolier international, président du Cabinet EMERGY (Suite) : « L’Algérie a besoin d’une véritable révolution énergétique »

La mouture finale du projet de révision de la loi sur les hydrocarbures sera adoptée le deuxième semestre de l’année en cours.
PUBLIE LE : 16-04-2019 | 0:00

La mouture finale du projet de révision de la loi sur les hydrocarbures sera adoptée le deuxième semestre de l’année en cours. Outre les facilités à accorder aux investisseurs étrangers, quel sera l’apport de ce texte en cette conjoncture politique particulière ? N’est-il pas judicieux d’en prévoir des mécanismes particuliers pour une meilleure protection de la production nationale énergétique ?

Je n’ai pas encore lu le projet de loi. Mais je sais que cette loi revient vers les contrats de partage production et de service, ce qui est une évolution essentielle. J’ai toujours critiqué la loi de 2005 et ses amendements de 2006. Les amendements de 2013 n’ont pas traité en profondeur les aspects négatifs de cette loi qui a fait perdre à notre pays près de quinze ans de développement pétrolier et gazier. J’ai toujours appelé au retour vers la loi 86/14 dont le cœur est le contrat de partage production. De fait, le contrat de partage production et le contrat de service consacrent la souveraineté nationale sur les ressources en hydrocarbures. Le partenaire étranger dans les opérations d’exploration-production ne détient aucun droit sur le titre minier, il intervient dans un cadre contractuel régi par le droit commercial. Alnaft détient le permis d’exploration ou de production s’il y a découverte, Sonatrach, propriété de l’Etat signe avec un partenaire étranger un contrat aux termes desquels le partenaire étranger investit et amène sa technologie et ses moyens. S’il n’y a pas découverte, le partenaire prend tout le risque ; s’il y a découverte, Sonatrach rembourse l’investissement sous forme de « costoil » et accorde une rétribution pour le risque pris par son partenaire étranger sous forme de « profit oil ». Le « costoil » et le « profit oil », qui ne peuvent, dans la loi 86/14, dépasser les 49%, sont payés en nature. Le partenaire prend possession au point de comptage à la frontière algérienne des hydrocarbures dus, et qui sont comptabilisés par Sonatrach comme une dette pour le cas où il y a découverte.
Il semble que la nouvelle loi revienne vers ces principes que j’ai toujours défendus. Pour ce qui est des incitations fiscales, nécessaires pour l’attractivité du domaine minier national (considérant la grande compétition aujourd’hui entre pays producteurs pour attirer les compagnies pétrolières internationales qui ont sérieusement réduit leurs investissements d’exploration) je n’en sais pas grand-chose. Il reste que la loi est encore en chantier tant qu’elle n’a pas été approuvée par le gouvernement et le Parlement. Je pense qu’il nous faut être en même temps vigilants mais aussi réalistes car nous avons besoin de relancer les investissements étrangers en exploration-production pour remettre dans un sentier d’expansion notre secteur des hydrocarbures. Il en a grand besoin, nous voyons aujourd’hui la production plafonner, sinon décliner du fait du manque d’investissements, quinze ans durant, du fait des manipulations intempestives du cadre réglementaire de la production pétrolière et gazière.
Des manipulations qui ont produit des aberrations et ont aussi brouillé sévèrement l’image de notre pays et son attractivité pour l’industrie pétrolière internationale. Le partenariat international est indispensable, faut-il le souligner, dans les hydrocarbures car il s’agit d’une industrie qui nécessite d’importants investissements rentables à long terme, une industrie à risque, géologique, commercial, financier, géopolitique.
 Sonatrach ne peut pas s’y engager seule, ce serait une erreur. Elle doit partager le risque avec des partenaires étrangers qui disposent en outre de la technologie et des capitaux nécessaires pour des projets de grande envergure. La force de notre pays doit résider dans la puissance de Sonatrach qu’il convient de consolider, elle réside aussi dans une législation attractive, transparente et qui ne fait aucune concession pour tout ce qui concerne la souveraineté nationale. Renforcer Sonatrach sur les plans managérial et technologique et créer les conditions pour qu’elle s’impose parmi les compagnies énergétiques qui modèlent le paysage énergétique mondial de demain doit être considéré comme un impératif stratégique national suivi au plus haut niveau de l’Etat. 
Renforcer Sonatrach c’est aussi valoriser et faire confiance en ceux qui, dans l’anonymat, chaque jour, dans les gisements, dans les installations de production du Nord, dans les structures centrales, construisent sa puissance et la puissance de notre pays. Cette ressource humaine, compétente et patriote, doit être respectée et encouragée. Elle est une richesse pour notre pays et le prolongement de ses aînés qui ont remporté le formidable défi du 24 février 1971, s’inscrivant dans la glorieuse trajectoire des héros de Novembre.
  Interview réalisée par : Fouad Irnatene
 


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